Bitcoin en Égypte : la monnaie interdite prospère malgré la répression
Quick Look
Malgré l'interdiction légale et religieuse du Bitcoin en Égypte depuis 2020, les échanges pair-à-pair ont plus que triplé en raison de l'effondrement de la livre égyptienne, tombée sous 52 pour un dollar au printemps 2026 avant de se stabiliser autour de 50, poussant les citoyens à chercher refuge dans des actifs hors du contrôle de l'État.
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Why It Matters
Le Bitcoin est interdit en Égypte depuis 2020 par la loi bancaire et condamné par une fatwa de Dar al-Ifta depuis 2018, passible de prison et d'amendes pouvant atteindre 10 millions de livres égyptiennes.
Il n’y a pas de moyen plus subtil, plus sûr, de renverser les bases existantes de la société que de corrompre la monnaie. En Égypte, le Bitcoin (BTC) est théoriquement hors-la-loi. Interdit depuis 2020, condamné par une fatwa depuis 2018, passible de prison. Et pourtant, les volumes échangés en pair-à-pair (de particulier à particulier, sans passer par une plateforme centralisée) ont plus que triplé. La coïncidence n’en est pas une. Elle suit de près la chute de la livre égyptienne, retombée sous les 52 pour un dollar au printemps avant de se stabiliser un peu au-dessus de 50. Un pays qui traque le Bitcoin d’une main pousse ses citoyens dans ses bras de l’autre.
Bitcoin en Égypte, la case prison avant la case départ
Depuis 2020, l’article 206 de la loi bancaire n°194 interdit l’émission, l’échange et la promotion de cryptomonnaies sur le sol égyptien. Le texte prévoit la prison et une amende pouvant grimper à 10 millions de livres égyptiennes. Sur le papier, la sanction fait peur. Dans les faits, elle a fondu avec la monnaie qu’elle est censée protéger. Ces 10 millions valaient environ 636 000 dollars au taux de 2020 (15,7 livres pour un dollar). Au taux actuel, à peine 196 000 dollars.
Deux ans plus tôt, en 2018, l’autorité religieuse égyptienne Dar al-Ifta avait déjà tranché. Le trading de cryptomonnaies, selon elle, est haram. La Banque centrale égyptienne n’a jamais dévié de cette ligne, jusqu’à l’arrestation, en 2021, d’un homme du gouvernorat de Menoufia pour avoir fait la promotion du Bitcoin sur les réseaux sociaux. Les volumes sur LocalBitcoins et Paxful ont chuté la semaine suivante, sans lien de cause à effet formellement établi. Voilà pour la théorie.
La livre égyptienne s’effondre, le Bitcoin s’envole
En mars 2026, la livre égyptienne a perdu plus de 10 % de sa valeur en un seul mois. Elle retombait alors à 52,34 pour un dollar avant de remonter tant bien que mal vers 50,95 en septembre. L’inflation, elle, ne desserre pas l’étau, avec 14,9 % sur un an en juillet contre 14,3 % le mois précédent.
De fait, la Banque centrale a beau maintenir son taux directeur à 19 % depuis quatre réunions consécutives. Le Fonds monétaire international garde un œil sur le dossier. Sa septième revue, bouclée fin juillet, a débloqué 1,8 milliard de dollars supplémentaires, portant le total versé depuis le début du programme à près de 7 milliards.
Même le canal de Suez, habituellement la vache à lait du pays, n’aide plus autant, avec des revenus tombés de 10,2 milliards de dollars en 2023 à 4 milliards en 2024 et une reprise qui plafonne à 4,67 milliards sur l’exercice 2025-2026. Le Trésor cherche donc de l’air. Selon le Bitcoin Policy Institute, les volumes de Bitcoin échangés en pair-à-pair ont plus que triplé après les dévaluations successives de la livre, le think tank ne précise ni période exacte ni jeu de données.
Le pair-à-pair, la faille dans le mur égyptien
Pourquoi le pair-à-pair précisément, et pas une plateforme classique ? Parce que ces échanges directs entre particuliers, sans intermédiaire centralisé, sont beaucoup plus difficiles à repérer pour un régulateur qui n’a ni les moyens ni l’envie de surveiller chaque transaction WhatsApp ou Telegram. La Banque centrale peut fermer une plateforme du jour au lendemain. Elle ne peut pas fermer une conversation privée. Le phénomène n’a d’ailleurs rien de nouveau.
La fuite vers le Bitcoin s’observait déjà bien avant les dévaluations les plus récentes, portée par des années de contrôle des changes et de pénuries de dollars. Ce qui a changé, c’est l’ampleur du mouvement. Une monnaie qui perd 10 % en un mois donne moins envie d’épargner en livres que de convertir ce qu’on peut en un actif que l’État ne contrôle pas. Le même réflexe traverse toute la région, de l’Arabie saoudite au Liban. Plus le pouvoir d’achat local s’effondre, moins l’interdiction pèse lourd face à la peur de tout perdre.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Les échanges pair-à-pair de Bitcoin en Égypte continueront de croître tant que la livre égyptienne restera instable
Likely · Within months
Open Questions
- Quelle est l'ampleur réelle des échanges pair-à-pair de Bitcoin en Égypte ?
- Les autorités égyptiennes vont-elles intensifier la répression contre l'utilisation du Bitcoin ?
- Quel impact cette adoption parallèle du Bitcoin aura-t-elle sur la politique monétaire officielle ?







