Première chaîne info en octobre, CNews fascine autant qu'elle révulse. Entre nostalgie d'une autre France et accusation de dérive idéologique, plongée dans le rapport des Français à ce média.
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CNews partage la tête des audiences des chaînes d'information en France tout en faisant l'objet d'une pétition massive à l'Assemblée nationale réclamant sa suppression.
Dans la salle d’un bistrot de quartier à Levallois-Perret, tout près de Paris, la télé au-dessus du bar est éteinte. Il y a encore deux ans, elle diffusait en continu CNews, un fond sonore familier pour la clientèle. « C’était trop anxiogène pour eux, ils avaient les yeux rivés sur l’écran et les infos… Et puis nous aussi ça nous stressait », souffle le patron.
La recette fonctionne tout de même pour beaucoup de téléspectateurs. Le canal 14 conserve au mois d’octobre son statut de première chaîne info, ex aequo avec BFMTV avec 3,6 % de part d’audience (PDA), devançant même sa rivale de quelques millièmes de point. Si CNews se félicite d’un « record mensuel sur les 25-49 ans », avec 2,4 % de PDA, la tendance est surtout au vieillissement. Comme le rappelait le média Les Jours en janvier, 85 % du public de la chaîne a plus de 50 ans et son âge moyen est de 64 ans. Peut-on en conclure que les téléspectateurs de CNews sont tous des « boomeurs » de droite ? Oui… Même si c’est un peu plus compliqué que ça.
Nostalgie d’une ancienne France
« On ne peut pas parler de marqueur social, il n’y a pas de profil type du spectateur de CNews, explique Jérémie Derhi, enseignant-chercheur en sciences de l’information. Il s’agit plutôt d’un marqueur identitaire et culturel. » Certes, il y a ceux qui ont des « tendances très conservatrices et voient dans le monde d’aujourd’hui la remise en question de leurs normes sociales », souligne le chercheur. « Ils essaient de retrouver une France qu’ils ont connue. » Parmi eux, Michel, 79 ans, CSP + abonné au Figaro depuis des décennies, qui « fustige la mainmise de la gauche sur le service public » et se verrait bien « voter Le Pen au second tour », en accord avec le RN sur les thèmes de l’insécurité et de l’immigration.
« Ça énerve énormément ma femme que je regarde CNews », avoue le retraité. « Mais ils évoquent parfois des sujets qu’on ne voit pas ailleurs. Les attaques contre les gens d’extrême droite, par exemple », souligne-t-il. Michel a toujours voté à droite : RPR, UMP, LR… Et même « Macron aux deux dernières élections présidentielles ». Admirateur de Sarah Knafo dont il salue « le niveau intellectuel », il considère tout de même que certains chroniqueurs de CNews sont parfois « trop extrémistes », et préfère régulièrement le ton « plus professionnel » de BFMTV. En apprenant l’ampleur de la pétition réclamant la suppression de la chaîne, le retraité s’étonne et s’insurge, trouvant l’idée « farfelue ».
La proximité au service de l’idéologie
Déposée au mois de juin sur la plateforme dédiée de l’Assemblée nationale, la pétition a récolté à ce jour près de 850.000 signatures, connaissant un bond immense après l’attentat raciste de Trappes. Une demande « légitime » pour Eva*, 27 ans, qui dénonce les « fausses informations » délivrées régulièrement sur le plateau de CNews. Dans le salon de son père, un Aveyronnais de soixante ans, fils d’immigrés espagnols, la télévision est presque toujours allumée sur la chaîne de Bolloré. « C’est souvent source de conflit, reconnaît Eva, qui se situe plutôt à gauche. Il me parle de racisme anti-blanc, d’un manque de contrôle de l’immigration… Quand j’essaye de débattre avec lui, je ne le trouve pas objectif parce que ses arguments viennent de ce qu’il entend sur les plateaux. »
« Quand on rejoint un des programmes phares de la chaîne, on y trouve une ambiance conviviale, presque comme au bistrot, et un lien de proximité se crée », analyse Jérémie Derhi. Une présence rassurante associée à une « focale idéologique et une lecture nostalgique et réactionnaire de l’actualité », de quoi en rendre certains accros.
Sur Facebook, le groupe « Je soutiens CNews » rassemble quelque 145.000 membres, dont beaucoup montent au créneau pour défendre leur précieux canal. « C’est la chaîne qui donne les infos sans déformation et dit la pure vérité », martèle un internaute, tandis qu’un autre parle d’une chaîne de « bon sens, de clairvoyance et de patriotisme ». Il y a ceux qui clament leur affection pour Pascal Praud et pour l’ambiance « bon enfant » de son plateau, et ceux qui refusent « la censure de l’extrême gauche ». L’un d’entre eux se questionne : « Si la chaîne était réellement raciste, elle serait fermée illico presto ! Non ? »
Entre fidélité et « effet repoussoir »
C’est en tout cas la suggestion de l’historien des médias Alexis Lévrier, qui considère que le régime de sanction appliqué à C8 l’année dernière aurait dû s’appliquer également à CNews. « Le fonctionnement de la chaîne est contraire à la loi de 1986, relative à la liberté de communication, qui ne prévoit pas un angle aussi fort, assure-t-elle. Elle devrait être au service de tous les Français, mais elle est finalement au service d’une idéologie, qui cible des ethnies et des pans entiers de la population. » Ce qui fait la force de CNews, c’est aussi ce qui provoque un « effet repoussoir » chez tous ceux qui veulent voir la chaîne disparaître. « Si les discours racistes sont structurants, c’est le dévoiement du principe de liberté d’expression » qui fait l’essence de la chaîne de Bolloré, selon Alexis Lévrier. Il considère que par son rejet des institutions, CNews « remet en question l’existence du modèle démocratique » et qu’une partie des Français seraient « prêts pour cela », tandis que les autres sont déterminés à se battre contre ce danger.
Personne n’est indifférent au contenu de la chaîne. « Ne pas regarder CNews est aussi une façon de situer socialement », confère Jérémie Derhi. L’ouverture répétée de fenêtres d’Overton renforce les audiences de la chaîne et « il y a un rapport très fort d’amour et de haine aux programmes », complète Alexis Lévrier. En 2025, on apprenait qu’un téléspectateur de CNews restait en moyenne 42 minutes sans zapper, contre seulement 24 sur BFMTV. Regarder CNews, c’est être fidèle et se sentir appartenir au cercle de ceux qui n’éludent pas « la bonne information », celle que les autres médias cacheraient.
Les députés se prononceront mardi prochain, le 10 novembre, sur les suites à donner à la pétition lancée pour « supprimer » la chaîne de Vincent Bolloré. À sa tête le député LR Alexandre Portier, président de la commission des affaires culturelles, celle-la même qui avait permis à Charles Alloncle de connaître son (long) quart d’heure de gloire en passant tout le petit monde de l’audiovisuel public sur le gril. Le député ciottiste sera sans doute moins offensif sur le cas CNews.
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Débat et vote des députés sur la suite à donner à la pétition
Very likely · Within days

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Overview of media and political news: multiplication of alliances between television channels and influencers, pressure from La France Insoumise on the PAF, and warning from Arnaud Nourry on the use of AI in publishing.

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