
Au lendemain des élections législatives en Israël, les deux principaux blocs sont au coude-à-coude, sans majorité absolue claire pour former un gouvernement.
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Les élections législatives en Israël placent les blocs de Benyamin Nétanyahou et Gadi Eisenkot au coude-à-coude sans majorité absolue.
Des résultats serrés, voire illisibles. Au lendemain des élections législatives en Israël, les deux principaux blocs sont au coude-à-coude, mercredi 28 octobre. Selon des résultats basés sur 70% des bulletins dépouillés, et relayés par les médias israéliens, les partis réunis derrière le centriste Gadi Eisenkot disposent de 47 sièges. La droite et l'extrême droite emmenées par le Premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou en ont pour l'heure 54. Les partis arabes, eux, enregistrent une forte poussée, avec 19 sièges.
Aucun bloc n'atteint donc les 61 sièges nécessaires pour décrocher une majorité absolue à la Knesset, le Parlement israélien. "Ce matin, on peut dire que Nétanyahou a perdu, mais que l'opposition n'a pas gagné", a commenté auprès de franceinfo l'historien Vincent Lemire, professeur de l'université Gustave-Eiffel, pour qui le "brouillard" domine dans le pays.
L'expert évoque désormais un "enjeu historique pour Israël, qui se définit comme un Etat juif et démocratique". "Si le caractère démocratique prime, alors il y a une majorité nette contre Nétanyahou, un gouvernement anti-Nétanyahou pourrait être formé cet après-midi. Si c'est le caractère juif qui prime, et qu'on exclut les députés arabes palestiniens, alors le pays est ingouvernable et Nétanyahou n'a pas encore perdu." Si tous les spécialistes restent prudents, alors que les chiffres continuent d'évoluer, plusieurs scénarios s'esquissent. Franceinfo vous les présente.
Un gouvernement de coalition
Après la proclamation officielle des résultats d'ici jeudi soir ou vendredi matin, le président israélien, Isaac Herzog, va charger le candidat jugé le mieux placé pour réunir au moins 61 députés de former un gouvernement. Des négociations, généralement longues et ardues, vont alors débuter. A l'issue du précédent scrutin en 2022, il avait fallu près de deux mois à Benyamin Nétanyahou pour bâtir une coalition.
Si le Likoud, formation du Premier ministre, est une fois encore le parti qui dispose le plus de sièges, il paraît difficile au chef du gouvernement sortant de trouver des appuis au-delà de ses alliés d'extrême droite et ultraorthodoxes. "Nous devons mettre en place un gouvernement de droite fort", a répété Benyamin Nétanyahou après la publication des premiers résultats, appelant "la majorité juive et sioniste à se ressaisir et à s'unir". "Nétanyahou peut essayer de chercher ailleurs, dans des fragments de la coalition contre lui", estime pour sa part Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités. "Si ça se joue à quelques sièges, c'est envisageable au coup par coup, il est très habile manœuvrier", estime auprès de franceinfo le président d'honneur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient.
Dans l'opposition, Gadi Eisenkot peut tenter de s'appuyer sur des défections dans le camp du Premier ministre. Autre possibilité : se rapprocher des partis arabes. Le journal The Times of Israel rapporte que Mansour Abbas, chef de Raam, "s'est dit disposé à rejoindre un gouvernement dirigé par Eisenkot, tout en précisant qu’il fallait d’abord s’assurer qu’une telle coalition soit viable". Sa liste a remporté six sièges, d'après les dernières estimations.
"La plupart des membres de la coalition de Gadi Eisenkot ne [voulait] pas entendre parler" d'une telle alliance, rappelle Vincent Lemire. Cependant, des sources au sein de l'opposition laissent déjà entendre, mercredi matin, être prêtes à des "compromis douloureux" pour former un gouvernement, selon The Jerusalem Post. Le chef de la gauche israélienne, Yaïr Golan, a d'ailleurs appelé l'opposition à s'allier avec les partis arabes : "Nous ne devons plus accepter la division raciste de Nétanyahou entre les voix juives et les voix arabes", a-t-il écrit sur X, mercredi matin.
"Une potentielle coalition autour d'Eisenkot est bourrée d'incertitudes et de contradictions", analyse néanmoins Jean-Paul Chagnollaud. "Une coalition autour de Nétanyahou a ses contradictions, mais elles sont moindres, c'est plus homogène. Les partisans de Nétanyahou restent liés par un nationalisme identitaire et des valeurs religieuses."
Une minorité avec des soutiens ponctuels
Si aucun bloc ne parvient à réunir 61 sièges, un gouvernement minoritaire peut se constituer en s'appuyant sur le soutien ponctuel de certains députés, texte par texte, lors des débats à la Knesset. Dans ce cas de figure, les regards se tournent une nouvelle fois vers les formations arabes israéliennes. Outre Raam, la Liste unifiée, qui dispose de 13 sièges selon les derniers résultats, a proposé de fournir un "filet de sécurité" à toute coalition qui chasserait Benyamin Nétanyahou du pouvoir.
Une grande partie de l'électorat juif se montre toutefois opposée à toute forme d'alliance avec les Arabes israéliens. Benyamin Nétanyahou a d'ailleurs axé sa campagne sur une possible coopération entre le bloc de Gadi Eisenkot et les partis arabes, qu'il présente comme l'alliance de la "gauche et des Frères musulmans" menaçant la survie de l'Etat d'Israël.
Un gouvernement d'union nationale
Malgré l'extrême polarisation de l'échiquier politique en Israël, l'union des partis dits "sionistes", excluant les formations arabes et ultraorthodoxes, est régulièrement évoquée par les commentateurs. Selon un sondage publié mi-octobre, 55% des personnes interrogées préféreraient un gouvernement d'union nationale à de nouvelles élections si le scrutin ne dégageait pas de majorité claire.
Ce scénario a un précédent récent : en 2020, Benyamin Nétanyahou et le centriste Benny Gantz avaient, malgré leur profonde inimitié, conclu un accord de partage du pouvoir après trois scrutins en moins d'un an, qui prévoyait une rotation au poste de Premier ministre. Mais l'attelage s'était défait au bout d'un an, entraînant un nouveau scrutin.
Des médias ont affirmé ces derniers jours que le président Isaac Herzog œuvrait en coulisses à un rapprochement entre Benyamin Nétanyahou et Gadi Eisenkot, pour réitérer l'expérience en cas de paralysie. Mais "les partis d'opposition ont juré de ne pas collaborer avec Nétanyahou ni avec les partis ultraorthodoxes" pendant la campagne, rappelle The Times of Israel. Ils ont fait du scrutin un référendum contre le Premier ministre sortant.
De nouvelles élections
Si aucun candidat ne parvient à former un gouvernement, la population israélienne devra retourner aux urnes. C'est "le scénario le plus probable", estime Vincent Lemire. Le pays a connu quatre élections entre avril 2019 et mars 2021, en raison de l'incapacité des forces politiques à s'entendre autour d'un projet commun durable. Le candidat désigné par le président dispose de vingt-huit jours pour former une coalition, avec une prolongation possible de deux semaines. En cas d'échec, d'autres procédures peuvent être engagées avant une éventuelle dissolution de la Knesset.
Une nouvelle campagne risque de prolonger l'instabilité politique dans un pays encore marqué par les conséquences du 7-Octobre et par les conflits régionaux. Benyamin Nétanyahou resterait Premier ministre par intérim. "Cela pose d'immenses problèmes pour Israël et la région. On continuerait dans un système illibéral dans le pays et, sur le plan extérieur, dans le refus de la négociation avec les Libanais, les Palestiniens et les Iraniens et le choix de la guerre", commente Jean-Paul Chagnollaud.
AI outlook — possibilities, not facts
Le président Isaac Herzog chargera un candidat de former un gouvernement après les résultats officiels.
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