Complément d'enquête révèle que Laurent Nuñez aurait fourni des informations erronées sur la garde à vue de Rima Hassan
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Dans son numéro du 17 septembre, Complément d'enquête révèle que des fausses informations sur la présence de stupéfiants dans les affaires de Rima Hassan lors de sa garde à vue au printemps ont partiellement émané du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui aurait confié à des journalistes qu'il se pouvait que ce soit exact, malgré l'absence de résultats de laboratoire, entraînant une médiatisation prématurée et une enquête pour violation du secret de l'enquête toujours en cours.
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Why It Matters
Rima Hassan, eurodéputée LFI, a été placée en garde à vue le 2 avril pour apologie du terrorisme après avoir relayé un post supprimé contenant des propos du terroriste japonais Kozo Okamoto. Lors de l'inventaire de ses affaires, deux contenants ont été trouvés : un avec de la matière brunâtre et un avec un produit blanc. Elle a affirmé qu'il s'agissait de CBD, un dérivé légal du cannabis. Un premier test a indiqué une présence de cathinone, mais les résultats de laboratoire ont finalement confirmé que les deux produits étaient du CBD.
Dans son numéro du jeudi 17 septembre, "Complément d'enquête" revient sur les dessous de la garde à vue de Rima Hassan au printemps dernier, à Paris, et pointe le rôle de Laurent Nuñez dans l'emballement médiatique qui a entouré l'audition de l'eurodéputée LFI ce jour-là. Sur la base de déclarations de plusieurs témoins, le magazine d'investigation révèle que les fausses informations qui ont circulé dans la presse, selon lesquelles des produits stupéfiants avaient été retrouvés dans ses affaires, ont en partie émané du ministre lui-même.
Pour comprendre la chronologie des événements, il faut remonter au 2 avril dernier, quand Rima Hassan, tout juste revenue d'un déplacement à Bruxelles, se rend dans les locaux de la police judiciaire de Paris, convoquée sous le régime de la garde à vue. Elle doit être auditionnée dans le cadre d'une enquête pour apologie du terrorisme, après avoir publié un post sur X, qu'elle a ensuite supprimé, relayant des propos du terroriste japonais Kozo Okamoto. Cet ancien membre de l'Armée rouge japonaise est l'un des auteurs de l'attaque perpétrée le 30 mai 1972 au nom du Front populaire de libération de la Palestine, à l'aéroport de Tel-Aviv, qui avait tué 26 personnes.
Comme le veut la procédure, les policiers effectuent alors un inventaire des affaires de l'eurodéputée et tombent, dans son sac à main, sur deux contenants qui les intriguent : dans le premier figure de la matière brunâtre et dans le second, un produit blanc. Selon son avocat, Vincent Brengarth, qui l'accompagne ce jour-là, Rima Hassan leur explique immédiatement qu'il s'agit de CBD dans les deux contenants, soit un dérivé de cannabis vendu en toute légalité. Un premier test, effectué par les enquêteurs, montre que le produit blanc est positif à la présence de cathinone, une molécule que l'on retrouve souvent dans la 3MMC, une drogue de synthèse dont les effets sont réputés proches de la cocaïne et de la MDMA.
"Les policiers qui sont spécialistes des procédures de stupéfiants le savent très bien : il faut attendre les résultats du laboratoire pour que l'on soit certain qu'il s'agisse bien d'un produit stupéfiant", observe Eric Pelletier, journaliste police-justice à France Télévisions, interrogé par "Complément d'enquête". Malgré tout, et sans attendre ces résultats, le produit blanc est étiqueté "3MMC" par les policiers. "Cette désignation n'est pas du tout anodine de la part des services enquêteurs", considère Vincent Brengarth, rappelant que cette drogue est connue du grand public, "notamment depuis l'affaire Pierre Palmade" en lien avec son utilisation "dans les affaires de chemsex".
"Je regrette qu'il y ait eu des fuites"
Rima Hassan n'est même pas encore sortie de garde à vue que l'information fuite déjà dans la presse et fait les gros titres dès le début d'après-midi. "On a vu des plateaux télévisés se tenir en direct, des flashs info, pour commenter une information non vérifiée, issue d'une violation du secret de l'enquête, en dehors de tout contradictoire", s'indigne l'avocat de l'eurodéputée. Le parquet de Paris demande immédiatement l'ouverture d'une enquête incidente de flagrance, en lien avec la présence de ces supposés produits stupéfiants.
Mais quelques jours plus tard, les tests en laboratoire confirment que les produits découverts dans les effets personnels de Rima Hassan étaient du CBD. Mais alors, qui a bien pu transmettre ces informations erronées aux journalistes ? Le parquet de Paris, qui a depuis classé sans suite le volet détention de stupéfiants dans ce dossier, a lancé une procédure pour violation du secret de l'enquête, toujours en cours. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a saisi de son côté l'Inspection générale de la Justice pour faire la lumière sur ces fuites dans les médias, condamnées fermement par le ministre de l'Intérieur en personne.
En effet, au lendemain de la garde à vue de Rima Hassan, Laurent Nuñez affirmait sur le plateau de BFMTV ne pas vouloir faire de "commentaires" sur cette procédure. "Je regrette d'ailleurs qu'il y ait eu des fuites, je comprends qu'il y a eu quelques fuites avant que le parquet ne s'exprime", ajoutait-il.
"Peut-être qu'un ministre de l'Intérieur ne devrait pas dire ce genre de choses"
Pourtant, comme le révèle "Complément d'enquête" sur la base de témoignages circonstanciés, la veille de cette interview, soit le jour de la garde à vue de Rima Hassan, le ministre de l'Intérieur a livré des informations à plusieurs journalistes qui l'accompagnaient en train, au retour d'un déplacement officiel à Bordeaux, aux côtés du Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Dans un wagon-bar, hors micros et caméras, les journalistes lui demandent si de la drogue a bien été retrouvée dans le sac de l'eurodéputée. Les propos des journalistes sont relatés sous couvert d'anonymat. "Il nous a dit : 'il se peut que ce soit exact'. Ensuite, il nous dit que c'est un 'truc' de synthèse, et que le deuxième produit est un dérivé de la cocaïne, et ajoute qu'il ne s'y connaît pas trop", relate l'un d'eux.
"Il nous explique qu'elle est en garde à vue, qu'on a trouvé deux types de drogue. Il nous donne le point de vue de Rima Hassan, qui, lors de sa garde à vue, explique qu'elle a acheté ces substances en Belgique et qu'elle pensait que c'était autorisé", rapporte un autre journaliste à "Complément d'enquête". "Sur le coup, témoigne-t-il, je me dis : 'mais il ne se rend pas compte qu'il est en train de nous donner des informations totalement confidentielles (...) et que peut-être qu'un ministre de l'Intérieur ne devrait pas dire ce genre de choses à côté de son Premier ministre, au milieu d'un wagon-bar". Se fiant aux propos de Laurent Nuñez, un autre journaliste, lui aussi présent lors de ce déplacement, confirme à sa rédaction que "de la drogue de synthèse dérivée de la cocaïne" a bien été retrouvée dans les affaires de Rima Hassan.
Contacté par les équipes de "Complément d'enquête", Laurent Nuñez avait dans un premier temps donné son accord pour une interview, avant de se rétracter. Des questions lui ont été envoyées par écrit mais sont restées sans réponse à ce jour. De son côté, Rima Hassan sera jugée pour "apologie du terrorisme" les 19 et 20 octobre prochains. L'eurodéputée et ses soutiens dénoncent un procès politique.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
L'enquête pour violation du secret de l'enquête concernant les fuites médiatiques autour de la garde à vue de Rima Hassan se poursuivra et pourrait conduire à des sanctions administratives ou disciplinaires.
Likely · Within months
Rima Hassan sera jugée pour apologie du terrorisme les 19 et 20 octobre prochains, comme indiqué dans l'article.
Very likely · Within weeks
Open Questions
- Quelles sanctions seront prises contre ceux responsables de la violation du secret de l'enquête ?
- Le ministre Laurent Nuñez fera-t-il l'objet de poursuites ou d'une sanction administrative ?
- Pourquoi les policiers ont-ils étiqueté le produit blanc comme '3MMC' malgré l'absence de confirmation laboratoire ?
- Y a-t-il eu d'autres fuites provenant du ministère de l'Intérieur dans cette affaire ?







