Décès d'Edouard Balladur, ancien Premier ministre et figure de la droite française
Quick Look
- L'ancien Premier ministre français Edouard Balladur est décédé à l'âge de 97 ans.
- Figure de la droite et artisan de la première cohabitation sous François Mitterrand, il a dirigé le gouvernement de 1993 à 1995 avant de se présenter à l'élection présidentielle, où il a été battu par Jacques Chirac et Lionel Jospin.
- Il a également été mis en cause dans l'affaire Karachi avant d'être relaxé en 2021.
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Why It Matters
Edouard Balladur a été Premier ministre de France de 1993 à 1995, période marquée par la cohabitation avec le président François Mitterrand. Il a joué un rôle clé dans la théorisation de la cohabitation et a dirigé un gouvernement de droite qui a mené des privatisations importantes. Après sa défaite à l'élection présidentielle de 1995 face à Jacques Chirac, il s'est retiré de la vie politique active en 2006.
Il était une figure de la droite et un artisan de la cohabitation sous la présidence de François Mitterrand. L'ancien Premier ministre Edouard Balladur est mort, a annoncé sa famille lundi 31 août. Agé de 97 ans, il avait pris sa retraite politique en 2006 après plus de cinquante ans d'une carrière passée au plus haut sommet de l'Etat.
Né le 2 mai 1929 à Izmir, en Turquie, dans une famille d'origine arménienne, Edouard Balladur a grandi à Marseille, avant de rejoindre Sciences Po, puis l'ENA, dont il sort en 1957. La même année, il se marie avec Marie-Josèphe Delacour, avec qui il a quatre fils.
Sa carrière politique s'accélère à partir de 1964 lorsqu'il rejoint le cabinet de Georges Pompidou, alors Premier ministre de Charles de Gaulle. C'est à Matignon qu'il rencontre et noue une complicité avec un certain Jacques Chirac.
Un destin lié à celui de Jacques Chirac
Conseiller pour les affaires sociales de Georges Pompidou avant son élection en 1969, Edouard Balladur lui restera fidèle après sa victoire à la présidentielle et deviendra ainsi son secrétaire général adjoint de l'Elysée, puis son secrétaire général en 1973. Sur Antenne 2, la Première dame Claude Pompidou vantait sa "rigueur" et son "sérieux". "Un dossier, même compliqué, devient, une fois vu par Balladur, quelque chose de réduit à l'essentiel", estimait-elle.
A la mort de Georges Pompidou en 1974, l'influent Edouard Balladur, connu pour sa grande maîtrise des dossiers, passe brièvement par le Conseil d'Etat avant d'exercer dans le privé jusqu'en 1986. Durant cette période, Jacques Chirac, alors maire de Paris et déterminé à partir à la conquête de l'Elysée, sollicite ses conseils pour sa campagne présidentielle de 1981. Débute alors une amitié entre deux hommes dont le destin politique demeurera entrelacé.
En 1983, voyant la cote de popularité du président François Mitterrand s'effondrer, Edouard Balladur se prépare aux échéances législatives prévues trois ans plus tard. Il est persuadé que la gauche y sera tenue en échec. Il est ainsi le premier à théoriser l'idée d'une cohabitation entre un président et un Premier ministre aux tendances politiques opposées. Dans une tribune au Monde, il argue que la Constitution ne la rend pas impossible et affirme que cela suppose "que chacun accepte d'être quelque peu empêché dans la liberté de ses mouvements et de ses choix".
Son instinct est le bon. En 1986, la droite sort bel et bien victorieuse et devient majoritaire à l'Assemblée. La France connaît la première cohabitation politique de la Ve République. Devenu Premier ministre, Jacques Chirac fait de son comparse Edouard Balladur le numéro deux du gouvernement. Il est nommé à Bercy avec le titre prestigieux de ministre d'Etat. Après plus de vingt ans d'un relatif anonymat, le voici sous les projecteurs.
Un Premier ministre rassurant et apprécié
En 1993, François Mitterrand, réélu président en 1988, perd à nouveau les élections législatives, écrasé par la coalition de droite. Au RPR, l'entente paraît claire entre les deux hommes : Edouard Balladur prend Matignon pour laisser Jacques Chirac préparer la course à l'Elysée, comme l'écrit l'ancien président dans Chaque pas doit être un but, ses mémoires publiés en 2009.
"Un accord politique, ayant aussi valeur de contrat moral, était scellé entre nous pour les deux années à venir."
Jacques Chirac
dans son livre "Chaque pas doit être un but"
Le nouveau Premier ministre prend ses fonctions dans un pays marqué par la hausse du chômage et du déficit public, ainsi qu'un ralentissement de la croissance. Un emprunt national de 40 milliards de francs est lancé et 21 entreprises sont privatisées, dont Air France et Renault. A son poste, Edouard Balladur bénéficie d'une étonnante popularité, sans doute grâce à sa personnalité prudente et efficace. Xavier Darcos, alors directeur de cabinet du ministre de l'Education, le décrivait à Sud Ouest comme un "Premier ministre qui rassurait ses interlocuteurs".
Fort de son succès, Edouard Balladur se prend à rêver des ors de l'Elysée. Il décide de se lancer dans la course à la présidentielle de 1995 et niera plus tard avoir scellé un quelconque "pacte" en la matière avec Jacques Chirac.
"Il n'y eut aucun pacte entre nous, aucun engagement d'aucune sorte. (...) J'eusse trouvé indigne de me prêter à un tel troc."
Edouard Balladur
dans un livre d'entretiens avec François Mitterrand
Du côté de son rival, cette candidature est vécue comme une trahison de la part d'un "ami de trente ans". Entre Edouard Balladur et Jacques Chirac, la rupture est définitivement consommée.
Une défaite marquante en 1995
Au début de la campagne présidentielle, Edouard Balladur fait figure de favori, amenant des figures du RPR, comme Charles Pasqua ou Nicolas Sarkozy, à se rallier à sa candidature. Mais l'audace et la spontanéité de Jacques Chirac ont raison de la figure de stabilité du Premier ministre, jugé trop bourgeois et trop compassé dans ses costumes de style british. Quand le futur président est à l'aise socialement, Edouard Balladur, lui, fuit les bains de foule. De "Ballamou" au "chanoine", nombre de sobriquets moquent son parler monotone et son attitude apathique.
"Balladur était un bon Premier ministre mais un moins bon candidat."
Alain Duhamel, journaliste
dans l'émission "C à vous" en 2017
Rapidement dépassé dans les sondages, il s'inclinera au premier tour des élections avec un score de 18,58%, insuffisant pour contrer les 23,30% de Lionel Jospin et les 20,84% de Jacques Chirac. Une défaite dont la postérité retiendra une réplique culte : "Je vous demande de vous arrêter !" lâche ce soir-là un Edouard Balladur agacé par les sifflets de ses partisans à l'annonce des noms de l'affiche du second tour.
Quinze ans plus tard, Edouard Balladur est rattrapé par la justice et mis en cause dans l'affaire Karachi. L'ancien chef du gouvernement est soupçonné, avec l'aide de son ministre de la Défense de l'époque, François Léotard, d'avoir mis en place un système de rétrocommissions illégales sur des contrats d'armement à destination du Pakistan et de l'Arabie saoudite. Dix millions de francs versés par la France pour obtenir les contrats de construction de sous-marins et de frégates seraient revenus dans les caisses de campagne de Balladur, via des intermédiaires, dont Ziad Takieddine.
Dans le cadre de l'enquête, une partie des archives du Conseil constitutionnel est saisie. Leur examen révèle que les Sages ont validé ses comptes de campagne en 1995 – ainsi que ceux de Jacques Chirac – et ce, malgré la trace de 10 millions de francs versés en liquide. Edouard Balladur, qui avait dépassé le plafond de dépenses autorisées, était aussi soupçonné d'avoir détourné les fonds spéciaux de Matignon pour financer sa course à l'Elysée. L'intéressé, qui a toujours nié son implication dans l'affaire Karachi, a finalement été relaxé en 2021.
Open Questions
- Quel sera l'impact de son décès sur les débats autour de l'affaire Karachi ?
- Y aura-t-il des hommages nationaux officiels en sa mémoire ?
- Comment son héritage politique sera-t-il évalué par les historiens à long terme ?







