Décès de Philippe Bouvard : l'homme derrière « Les Grosses Têtes »
Figure emblématique de la radio française, Philippe Bouvard s'est éteint à 96 ans, laissant derrière lui l'héritage de l'émission culte « Les Grosses Têtes ».
Quick Look
- Philippe Bouvard, animateur légendaire de l'émission « Les Grosses Têtes » sur RTL, est décédé à 96 ans.
- Figure incontournable du paysage radiophonique français, il a marqué des générations par son esprit, sa culture et son sens de la répartie.
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Why It Matters
Philippe Bouvard a animé « Les Grosses Têtes » sur RTL pendant 37 ans, faisant de l'émission un pilier de la radio française. Il a été brièvement remplacé en 2000 avant de reprendre les commandes jusqu'en 2014.
La culture du bon mot, Philippe Bouvard, décédé ce lundi 24 août à 96 ans, l’a défendue à la télévision mais aussi et peut-être surtout à la radio, dans l’émission « Les Grosses Têtes », diffusée sans interruption sur RTL depuis le 1er avril 1977. Jean Farran, le directeur de la station à l’époque, voulait une radio populaire, et le jour J, quand l’émission a démarré, il lance à Bouvard : «Comme vous commencez le 1er avril, on dira, si ça ne marche pas, que c’était un poisson et on arrêtera. » « Les Grosses Têtes » restent aujourd’hui l’une des émissions de radio les plus écoutées de France, suivie en moyenne par un peu moins d’un million d’auditeurs.
Philippe Bouvard en a été l’incarnation durant trente-sept ans, moins les quelques mois, fin 2000 et début 2001, durant lesquels la direction de la station avait décidé, pour rajeunir la grille, de le remplacer par Christophe Dechavanne. La mayonnaise n’a pas pris. Trop tôt pour changer une équipe qui gagne. La bascule vers le nouveau siècle n’a pas eu la peau du crocodile. Dès la rentrée 2001, au vu de l’effondrement des audiences (600.000 auditeurs perdus), RTL a rappelé Philippe Bouvard qui n’avait pas hésité, entre-temps, à rejoindre Europe 1. Il a rempilé jusqu’en 2014.
« Les Grosses Têtes » ont résonné dans presque tous les foyers de France, dans les taxis, les bars tabac… De 16 heures à 18 heures - avant que les programmes ne se « délinéarisent » -, c’était la grand-messe. Dans l’intimité des villages les plus reculés, parfois au cœur des faits divers les plus dramatiques. Comme en cette fin d’après-midi du mardi 16 octobre 1984, vers 17 heures, lorsque le petit Grégory Villemin fut kidnappé dans le jardin familial alors que sa mère Christine écoutait l’émission en repassant.
Des larmes, mais surtout de rire, parfois gras, c’était cela « Les Grosses Têtes », au rythme de quatre à six émissions enregistrées par semaine en direct. Des années durant, le principe de l’émission ne bouge pas d’un iota, avec des questions d’actualité ou de culture générale, posées aux invités qui entourent l’animateur. Les questions (4000 proposées chaque mois) émanent de vrais auditeurs qui remportent une petite somme d’argent si les invités donnent leur langue au chat, mais aussi d’auditeurs fictifs récurrents, comme Mme Bellepaire de Loches, M. Legrand d’Angers ou Mme Boileau d’Évian… L’émission démarre et se termine par une formule ciselée signée Alphonse Allais, Tristan Bernard, Pierre Desproges ou Sacha Guitry. Ceux que l’on appelle les « sociétaires » sont choisis pour leur sens aigu de la repartie. Au micro, alternent Jacques Martin, « l’amiral » Olivier de Kersauson, Jean Yanne… Des voix (Roger Carel, Léon Zitrone, Alice Sapritch, Jackie Sardou Isabelle Mergault, Chantal Ladesou), des académiciens, immortels (Jean Dutour, Jean d’Ormesson, Maurice Rheims) ou pas (Robert Sabatier de l’académie Goncourt), des grandes gueules (Jean-Pierre Coffe, Patrick Sébastien) et des curiosités, comme Philippe Castelli (dit le « débris ») racontant des histoires salaces d’un ton monocorde.
Le rythme, l’érudition, les clins d’œil… Tout cela exigeait des heures de préparation. Chez lui, Philippe Bouvard constituait des dossiers qu’il garnissait de dépêches et de coupures de presse. « Pendant trente-sept ans, j’ai vécu quotidiennement avec cette émission, je lui dois une partie de ma culture », confiait Philippe Bouvard au Parisien début 2019. Succès en radio, « Les Grosses Têtes » l’ont été aussi à la télévision, diffusée pour la première fois en 1985 sur Antenne 2, pour célébrer la 2 500e ; en 1992 sur TF1 pour la 5000e puis à de nombreuses autres reprises par la suite, jusqu’à la dernière animée par Philippe Bouvard en juin 2014 : « Nos 37 ans de bonheur. »
Quitter « Les Grosses Têtes » a été un « déchirement », une « rupture douloureuse dans mes habitudes » qui l’a laissé dans « une grande détresse », confie Philippe Bouvard à Mireille Dumas après son retrait, concluant: « Cette émission, c’est ma jouvence. » À travers elle, Philippe Bouvard se croyait intouchable. Il s’est dit « mortifié » d’être remplacé par Laurent Ruquier dans lequel il ne reconnaissait aucune filiation. Aux manettes de l’émission, Laurent Ruquier a pourtant fait mieux… Nostalgique, Philippe Bouvard tançait l’époque où l’« on fait des jeux de mots ou on se moque des gens, sans faire de l’esprit ».


