Deux ans après Paris 2024, le bilan sportif et l'accessibilité en question selon Marie-Amélie Le Fur
La présidente du CPSF dresse le bilan des Jeux paralympiques de Paris 2024 et se projette vers Los Angeles 2028 et Alpes 2030
Quick Look
Deux ans après les Jeux paralympiques de Paris 2024, Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique sportif français, évoque les réussites sportives en para-judo et cécifoot, l'engouement croissant du public français, les défis persistants en matière d'accessibilité et de financement des équipements, ainsi que les objectifs pour Los Angeles 2028 et Alpes 2030, notamment l'intégration dans le top 5 mondial et la para-escalade comme nouvelle discipline.
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Why It Matters
Les Jeux paralympiques de Paris 2024 se sont clôturés le 8 septembre 2024, deux ans avant la date de cet entretien. Ils ont marqué un tournant en termes de visibilité et d'engouement pour le para-sport en France, avec des résultats sportifs encourageants et une médiatisation accrue.
Il y a deux ans jour pour jour, le 8 septembre 2024, la parenthèse enchantée des Jeux de Paris 2024 se refermait avec la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques. Deux ans plus tard, que reste-t-il de cet événement à la médiatisation planétaire, sur le plan sportif mais aussi en matière d'accessibilité ? Pour franceinfo: sport, Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique sportif français (CPSF) dresse le bilan de l'après Jeux de Paris et se projette déjà sur Los Angeles 2028 et Alpes 2030.
franceinfo: sport : Deux ans après les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, quel est le bilan sportif d'une part et de l'accessibilité d'autre part ?
Marie-Amélie Le Fur : Nous avons connu de belles réussites cet été, notamment en para-judo et en cécifoot. Et de nombreuses compétitions sont encore à venir. Cela va nous permettre de connaître la trajectoire de nos équipes de France et des fédérations dans la perspective de Los Angeles 2028. Au regard des dernières compétitions, il n'y a aucune raison véritable d'abaisser notre objectif d'intégration dans le top 5 des nations paralympiques. C'est un objectif très ambitieux, après le top 8 aux Jeux de Paris 2024.
"Pour atteindre ce top 5, il faut encore qu'on agisse sur les faiblesses du mouvement paralympique, que ce soit la féminisation de nos délégations, la diversité des sports médaillés, ou notre présence sur des sports comme l'athlétisme et la natation."
Marie-Amélie Le Fur, présidente du CPSF
à franceinfo: sport
Les fédérations sont volontaristes, les DTN sont à la manœuvre pour accompagner les équipes de France. Au niveau de l'accompagnement financier, il n'y a pas eu de recul de la part de l'État sur la haute performance après les Jeux de 2024. Ce sont des signaux très positifs, qui permettent tant aux fédérations qu'aux athlètes, de se préparer sereinement. Autre point qui perdure depuis Paris 2024, et non des moindres, c'est le rayonnement des Jeux paralympiques, des disciplines et des athlètes.
Justement, l'engouement des Français est de plus en plus important pour les paralympiques. On a notamment vu le succès du championnat d'Europe de cécifoot [la compétition a attiré en moyenne 9 millions de téléspectateurs tout au long de la semaine sur france.tv]. Un cap a été franchi depuis les Jeux de Paris ?
Effectivement, on voit que les Jeux de Paris 2024 ont considérablement changé l'acculturation des Français aux Jeux paralympiques et leur engagement derrière les sportifs paralympiques. Mais pour cela, il faut du succès, des têtes d'affiche et des athlètes porteurs.
"Dès que ces ingrédients sont réunis, on se rend compte que les Françaises et Français ne font plus la différence entre olympique et paralympique. Ce sont des marqueurs très positifs dans la perspective des Jeux de Los Angeles 2028."
Marie-Amélie Le Fur, présidente du CPSF
à franceinfo: sport
On l'a constaté avec la médaille d'or au championnat d'Europe de cécifoot, dans le suivi de la médaille d'or d'Alex Portal aux Mondiaux de para-natation en 2025, ou encore avec Aurélie Aubert sur les championnats du monde de Boccia cet été. Ce sont des dynamiques très porteuses, et il faut arriver à les généraliser à plus de disciplines et à plus d'athlètes paralympiques. Nous avons des grands noms qui se sont installés, comme Alexis Hanquinquant, Marie Patouillet ou encore Charles Noakes. Dans la perspective de Los Angeles, nous souhaitons aussi voir émerger de nouveaux profils, plus jeunes.
Une amélioration de l'accessibilité est-elle perceptible ? Où en est-on concernant le manque d'équipements sportifs dédiés et de moyens à la fois matériels et humains ?
Sur ce sujet, nous n'avons pas d'annonce de rupture. La mise en accessibilité des équipements et le coût financier d'un équipement pour réaliser une pratique parasportive sont des freins. Nous avons déjà des dispositifs, dont un grand nombre portés par l'Agence nationale du sport (ANS). Ils sont financés au travers de l'enveloppe accessibilité, qui pour 2026, s'élevait à 2,5 millions d'euros. À travers cette enveloppe, des projets de mobilité sont financés, comme par exemple la mise à disposition de minibus adaptés auprès des clubs, des ligues, des comités. Il y a aussi tout un pan de cette enveloppe qui vise à aider les clubs, associations ou collectivités à acheter du matériel parasportif, comme des handifix, qui sont les fauteuils adaptés à l'escrime.
On a une stabilité de l'engagement des collectivités et pour certains territoires même, on a un engagement qui s'est resserré, considérant que l'accueil des personnes en situation de handicap était une priorité dans l'orientation des fonds publics.
A-t-on des chiffres récents sur l'évolution de la pratique parasportive ?
C'est très compliqué d'avoir des données consolidées sur la pratique sportive des personnes en situation de handicap pour différentes raisons. La première, c'est que nous n'avons pas encore suffisamment de fédérations qui, dans leur formulaire de prise de licence, permettent l'identification d'une personne en situation de handicap. Nous travaillons donc pour les accompagner dans la collecte de cette donnée.
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Et toutes les personnes en situation de handicap ne cochent pas la case, parce que ce n'est pas évident de se révéler en situation de handicap en France. Il faut donc que les fédérations communiquent sur le fait que l'idée n'est pas de stigmatiser la personne, mais bien de pouvoir mettre en œuvre un dispositif d'accompagnement adapté. La transformation est en cours et il y a tout un travail de pédagogie à faire. L'autre difficulté, c'est d'avoir un échantillon représentatif.
On constate tout de même une augmentation des clubs inclusifs ces dernières années...
Nous sommes à plus de 6 600 structures référencées dans le "HandiGuide", là où on était à 1 500 en 2022. Mais ce ne sont que 6 600 structures sur 180 000 existantes, soit seulement 4% des clubs mis en accessibilité. Cela nous montre aussi tout le chemin qu'il reste à parcourir pour assurer la transition de notre modèle sportif. En 2025, nous avions été en capacité d'accompagner et de sensibiliser 2 600 nouveaux clubs.
La cible est d'environ 4 000 clubs à l'horizon 2027, mais l'objectif est tout simplement de faire progresser le mouvement. Tant qu'on ne sera pas à 25 ou 30 %, on sera loin d'être sur un taux satisfaisant en termes de diversité d'accueil et de maillage territorial.
On se projette déjà sur les Jeux de Los Angeles 2028. Une nouvelle épreuve sera au programme paralympique, la para-escalade. A-t-on déjà un vivier d'athlètes prêts pour 2028 ?
Le fait que ce sport entre dans le programme des Jeux paralympiques est une excellente nouvelle pour l'équipe de France puisque les derniers championnats du monde à Séoul en 2025 ont été une très très belle réussite pour le clan français [avec quatre titres mondiaux]. On a un très bon vivier hommes et femmes, ainsi que dans la diversité des catégories.
Autre enjeu des prochaines années, l'accessibilité de la montagne, notamment avec les Jeux des Alpes 2030. Comment évolue ce dossier ?
On a deux temporalités : des sites qui vont accueillir les Jeux en 2030 avec des impératifs sur lesquels on ne peut pas déroger. Il est important de montrer une grande exemplarité avec une accessibilité universelle pour accueillir tout type de public en situation de handicap, des athlètes aux coachs, en passant par les spectateurs.
Au-delà des sites, l'enjeu est d'avoir une transformation un peu plus globale de la montagne. Et là, l'objectif n'est certainement pas de convertir 100 % des massifs d'ici 2030, mais a minima de référencer toutes les dynamiques existantes des acteurs de terrain qui n'ont pas attendu les Alpes 2030 pour considérer la question et lancer des actions. Il faut permettre un partage d'expérience et continuer la transformation de nos massifs pour qu'un vacancier en situation de handicap se trouve bien accueilli mais aussi de permettre aux personnes en situation de handicap d'y vivre à l'année
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
L'équipe de France paralympique visera une place dans le top 5 des nations aux Jeux de Los Angeles 2028.
Likely · Within years
La para-escalade sera une discipline où l'équipe de France pourra compter sur un vivier compétitif pour Los Angeles 2028.
Very likely · Within years
Le nombre de clubs sportifs référencés comme inclusifs dans le HandiGuide atteindra environ 4 000 d'ici 2027.
Possible · Within years
Open Questions
- Quel sera l'impact réel du financement de 2,5 millions d'euros de l'ANS sur l'accessibilité des équipements sportifs d'ici 2027 ?
- Comment les fédérations prévoient-elles d'augmenter le taux de déclaration du handicap dans les licences sportives malgré la réticence des personnes concernées ?
- Quelles sont les mesures concrètes prévues pour assurer une accessibilité universelle en montagne d'ici les Jeux des Alpes 2030, au-delà du référencement des bonnes pratiques ?





