Documentaire sur les dérives de la CIA après le 11-Septembre
Quick Look
Le documentaire "CIA, les guerres secrètes de l'après 11-Septembre" diffusé sur France 5 révèle l'usage généralisé de la torture par la CIA dans des prisons secrètes après les attentats du 11 septembre 2001, basé sur les témoignages de l'ancien agent John Kiriakou et des enquêtes journalistiques, menant à des révélations sur les black sites, le waterboarding et la destruction de preuves par des responsables comme José Rodriguez.
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Why It Matters
Après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont lancé une « guerre contre la terreur », envahissant l'Afghanistan en octobre 2001 et l'Irak en mars 2003, ce qui a conduit à des révélations sur l'usage de la torture par la CIA dans des prisons secrètes connues sous le nom de black sites.
Une date et des images à jamais gravées dans les mémoires. Le 11 septembre 2001, des attentats d'une ampleur inédite frappent en plein cœur une Amérique qui se pensait à l'abri. Après la chute des tours jumelles, les Etats-Unis s'engagent, avec l'appui de leur agence de renseignement extérieur, la CIA, dans une lutte effrénée contre le terrorisme.
CIA, les guerres secrètes de l'après 11-Septembre, réalisé par Antoine Mariotti et Manuel Guillon, raconte les errements de l'administration américaine et certaines dérives de la CIA après le traumatisme des attentats. Cette série documentaire en trois épisodes, diffusée dimanche 6 septembre à 21h05 sur France 5, revisite certaines opérations menées par l'agence de renseignement américaine durant ces vingt-cinq dernières années.
De l'Afghanistan à l'intervention en Irak, en passant par la prison d'Abou Ghraïb à Bagdad et la neutralisation de Ben Laden, ce documentaire, nourri par le témoignage de nombreux acteurs de premier plan, pénètre dans les coulisses des faits d'armes les plus marquants, mais aussi les plus obscurs, de la CIA dans sa lutte contre le terrorisme.
Un recours généralisé à la torture
En 2001, le président américain George W. Bush appelle à mener "une guerre contre la terreur". Déterminés à éradiquer l'organisation terroriste Al-Qaïda et à capturer Oussama Ben Laden, considéré comme le commanditaire des attaques du 11-Septembre, les Etats-Unis lancent, dès le mois d'octobre 2001, une offensive en Afghanistan, puis décident d'envahir l'Irak en mars 2003 sur la base d'informations mensongères, les supposées armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein. Quelques mois plus tard, un scandale éclate : des photos de détenus irakiens de la prison d'Abou Ghraïb, exposés dans des situations indignes, font le tour du monde.
Le documentaire rappelle qu'en 2006, la presse découvre qu'il existerait des prisons secrètes, appelées "black sites", situées sur le sol américain et européen, dans lesquelles des personnes incarcérées, n'ayant pas le statut de prisonniers de guerre, seraient maltraitées en toute impunité par des membres de la CIA et par l'armée américaine.
John Kiriakou est, à l'époque, officier de la CIA. Il se souvient de ce jour où il découvre que des agents ont recours à la torture. "J'arrive au siège et je vois tomber des messages venant de 'black sites'. Des gens qui écrivent : 'je ne me suis jamais engagé pour ça, c'est de la torture, je démissionne'. Une secrétaire a assisté à une séance et s'est évanouie, tellement elle était bouleversée", s'émeut l'ancien analyste de l'agence de renseignement en charge du Moyen-Orient, qui voit dans ces actes un dévoiement de la fonction d'agent.
Le Washington Post décide, à cette période, de publier une enquête fouillée qui dénonce avec force détails les abus commis par des agents de la CIA dans ces lieux tenus secrets. "Peu après, le chef des services clandestins, José Rodriguez, décide tout seul de détruire les enregistrements vidéo de certains interrogatoires", explique Dana Priest, journaliste au Washington Post de 1984 à 2023. Selon Tim Weiner, journaliste au New York Times de 1993 à 2008, cette volonté d'effacer toutes traces prouve la gravité des actes perpétrés, car si ces vidéos étaient rendues publiques, elles "feraient passer Abou Ghraïb pour un pique-nique", selon ses propres mots.
Un agent de la CIA lanceur d'alerte
Lors d'une conférence de presse, George W. Bush, interrogé sur cette question, affirme avec assurance que "le gouvernement ne torture personne". John Kiriakou, ulcéré par ce mensonge, sort de la réserve que lui impose sa fonction d'agent de la CIA, et décide de dénoncer dans les médias ce qui se passe vraiment dans ces prisons secrètes. Il assure que ces supplices ont vraiment lieu et ne sont pas le fait de membres de la CIA zélés.
"Dans cette interview, je dis trois choses, précise l'ancien officier. Je dis que la CIA torture ses prisonniers, je dis que la torture est la politique officielle du gouvernement américain (…) et je dis que cette politique a été approuvée par le président en personne." Après ses allégations, la CIA diligente une enquête contre John Kiriakou, suivie par le Bureau fédéral d'investigation, le FBI. Pendant une année, il est placé sous surveillance, avant d'être arrêté en janvier 2012.
John Kiriakou est alors inculpé de cinq crimes, dont trois chefs d'accusation d'espionnage. Il réussit à trouver un terrain d'entente avec les autorités, comme il le rapporte dans le documentaire. "Finalement, j'accepte un accord qui prévoit trente mois de prison, j'en ferai vingt-trois et l'affaire est classée." Mais ses révélations ne restent pas lettre morte. Le Sénat américain s'empare du sujet et enquête pendant plusieurs années.
"Rien que l'obtention des documents a pris trois ans", se souvient Daniel J. Jones, enquêteur en chef de la commission du Sénat de 2007 à 2016. "L'une des principales conclusions du rapport du Sénat est qu'il y avait au moins 119 détenus entre les mains de la CIA. Au moins 39 d'entre eux ont été soumis aux techniques d'interrogatoire dites renforcées." Il découvre, dans les milliers de pages de ce dossier, les différentes méthodes utilisées par les agents de la CIA qui s'apparentent en tout point à des actes de torture : le waterboarding (simulacre de noyade), la privation de sommeil, l'alimentation par sonde introduite dans le rectum… En 2014, Barack Obama, qui souhaite remettre de l'ordre dans la CIA, reconnaît publiquement que les Etats-Unis, sous la présidence de George W. Bush, ont bien torturé des prisonniers.
La série documentaire CIA, les guerres secrètes de l'après 11-Septembre, réalisée par Antoine Mariotti et Manuel Guillon, est diffusée dimanche 6 septembre à 21h05 sur France 5 et visible sur la plateforme france.tv.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
De nouvelles enquêtes seront lancées sur d'éventuelles pratiques de torture encore en vigueur dans les agences de renseignement américaines.
Possible · Within months
Le documentaire entraînera une augmentation des demandes de déclassification de documents liés aux programmes d'interrogatoire de la CIA.
Likely · Within weeks
Open Questions
- Combien de personnes ont été détenues dans les black sites au total ?
- Quelles sanctions ont été prises contre les responsables de la torture ?
- Les pratiques de torture ont-elles complètement cessé dans les agences de renseignement américaines ?
- Quel impact ces révélations ont-elles eu sur les alliances internationales des États-Unis ?





