
Flambée du gazole, des engrais et des transports : les fermiers de cet État rural clé s'inquiètent pour leur avenir économique et pourraient sanctionner le pouvoir en place lors des élections de mi-mandat.
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Les élections de mi-mandat aux États-Unis (midterms) renouvellent le Congrès et se tiennent dans un contexte de forte inflation et de tensions géographiques.
"Depuis que les prix du gazole ont augmenté, j'essaie d'utiliser mon pick-up le moins possible." Assis au volant de son énorme 4x4 jaune, Jacob Bolson tire un petit carnet de la portière et ajuste ses lunettes, pour mieux chercher parmi les dizaines de lignes de chiffres sous ses yeux. "Voilà : l'an dernier, pendant les trois semaines des moissons, j'avais dépensé 250 dollars en pleins de gazole. Cette année, sur la même période, ça m'a coûté 750 dollars." Une facture trois fois plus élevée qui illustre les difficultés des agriculteurs américains, durement touchés par la flambée des prix des carburants et des engrais depuis le début de la guerre en Iran.
L'économie et l'inflation sont les préoccupations principales des électeurs outre-Atlantique, à trois jours des midterms du mardi 3 novembre. La totalité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat doivent être renouvelés lors de ces élections de mi-mandat, qui pourraient voir les républicains perdre la majorité dans l'une ou les deux chambres du Congrès. Et dans l'Iowa, petit Etat rural qui vote le plus souvent "rouge" – la couleur des conservateurs –, la hausse des factures pourrait faire pencher la balance en faveur des démocrates.
Les courses pour la Chambre des représentants, le Sénat et le poste de gouverneur s'y annoncent ainsi très serrées. Au point d'inciter Donald Trump à courtiser les trois millions d'habitants de l'Iowa, et en particulier ceux qui en exploitent les immenses plaines de cet Etat du centre du pays, relève la chaîne CBS. "J'adore les agriculteurs", a assuré le président républicain, le 22 octobre, lors d'un meeting. Avant d'insister : "Nous prenons soin de nos agriculteurs."
Les fermiers dans le flou
Ce n'est pas le sentiment de Ryan Marquardt. "Donald Trump rend notre travail plus difficile avec cette guerre en Iran totalement évitable", estime ce natif de l'Iowa, qui exploite 300 hectares à une trentaine de minutes de Des Moines. Il y élève une vingtaine de vaches et fait pousser du maïs et du soja, les deux cultures majoritaires dans cet Etat du Midwest. En parallèle, il travaille pour l'administration locale. "Une assurance d'avoir des revenus", explique cet Américain de 45 ans, dont la famille cultive les mêmes terres depuis cinq générations.
Les plaines de l'Iowa, autrefois recouvertes de prairies, sont aujourd'hui dédiées à 85% à l'agriculture, selon l'Iowa State University. En parcourant les routes tracées à l'équerre de l'Etat, on aperçoit en effet des étendues infinies de champs jaunis. En cette fin octobre, des nuages de poussière s'élèvent un peu partout, dans le sillage de tracteurs affairés à boucler les moissons retardées par un mois de septembre anormalement pluvieux. "On doit déjà composer avec les incertitudes de la météo", souffle Ryan Marquardt, également vice-président du Syndicat des agriculteurs de l'Iowa. "Maintenant, il faut aussi faire avec un président imprévisible."
Ce père de deux enfants, dont les champs n'ont pas encore été moissonnés, est dans le flou sur ce que lui réservera cette année. La hausse des coûts a été jusqu'ici limitée, les prix des intrants ou de certaines dépenses étant négociés un an à l'avance. "Mais je n'ai presque pas d'engins agricoles à moi : je fais appel à des contractuels, qui viennent semer, épandre les engrais et les pesticides, et moissonner", explique cet ancien candidat démocrate aux élections locales. "Tout ça demande du gazole, et la hausse des prix va forcément se répercuter sur mes factures."
"Le coût du transport de la récolte de maïs devrait passer de 15 000 à 20 000 dollars. Le montant exact, je le découvrirai sur la note, à la fin du mois."
Ryan Marquardt, agriculteur dans l'Iowa
à franceinfo
A deux heures de route, plus au nord, les tracteurs sont déjà passés dans les champs de Jacob Bolson. L'Américain de 42 ans cumule un emploi à temps plein et des missions de contractuel sur 400 hectares appartenant à d'autres agriculteurs, en plus de la gestion de sa propre ferme.
Avec sa femme – qui a, elle aussi, un autre métier –, ils dédient leurs soirées et week-ends à la culture de 50 hectares de maïs et de soja, semés sur des terres qu'ils louent depuis 2021 à une propriétaire habitant sur la côte ouest. "J'ai de la chance : elle nous demande un loyer raisonnable, car elle sait que nous investissons dans des solutions de conservation [de l'environnement] ou pour améliorer la qualité de l'eau", explique cet employé d'un grand groupe d'équipements agricoles, en inspectant un champ à bord de son pick-up.
Des frais en hausse de 25 à 35%
Jacob Boslon a bien d'autres frais à engager pour sa ferme. Comme Ryan Marquardt, il fait appel à des contractuels pour la plupart des opérations du quotidien. "La semaine dernière, on a moissonné le soja. Rien que pour le transporter jusqu'à la coopérative, le coût du trajet en camion a augmenté de 34%", témoigne-t-il.
Pour préserver les sols en hiver, Jacob Bolson a recours aux cultures dérobées : des plantes semées à l'automne et arrachées au printemps, qui capturent les nitrates et permettent de limiter la pollution de l'eau – un enjeu majeur des midterms dans l'Iowa, selon la chaîne PBS. "Cette pratique a un coût, en partie couvert par des aides de l'Etat, mais qui grimpe lui aussi avec le prix du gazole", souligne-t-il, en observant les pousses qui commencent à germer. Il y a aussi l'argent "emprunté chaque année pour pouvoir financer les cultures". "La banque vient de m'annoncer que le taux va augmenter", grimace Jacob Bolson.
"Cette année, je vais m'en sortir. Mais je suis inquiet de ce qui attend les agriculteurs en 2027."
Jacob Bolson, agriculteur dans l'Iowa
à franceinfo
Les deux cultivateurs ont déjà commencé à anticiper leurs dépenses de l'an prochain. "Mon négociant m'a annoncé une hausse de 25% de l'engrais", relate Ryan Marquardt, qui "s'en sort mieux que d'autres financièrement" car sa famille possède les terres qu'il exploite. Pour Jacob Bolson, la facture du fumier de dinde va passer d'environ 330 à 370 dollars par hectare. "C'est sans compter l'épandage", rappelle-t-il.
Pour limiter les frais, le cultivateur a acheté, au mois d'août, "assez de gazole pour tenir un bon bout de l'année prochaine". "Je l'ai eu à 4,35 dollars le gallon [environ 1,17 dollar le litre] alors qu'il est affiché à 5,58 dollars aujourd'hui", se félicite-t-il. Durant l'été, il a aussi négocié à l'avance la vente d'une partie de sa récolte de 2027, pour garantir un prix correct. "Les cours des céréales étaient relativement hauts, et cela permettait de limiter l'effet de l'augmentation du gazole et des engrais. Mais ils ont chuté, et la situation devient plus difficile", constate amèrement Jacob Bolson.
Un statu quo malgré les élections ?
Dans ce contexte, les investissements prévus l'an prochain risquent de ne pas se réaliser. "J'ai une vieille grange à réparer. Cela devait coûter 20 000 dollars, mais l'acier et le béton sont aussi plus chers, à cause de la guerre commerciale", déplore Ryan Marquardt.
Consciente de la colère dans les zones rurales, l'administration Trump a promis, trois semaines avant les midterms, une aide de 8 milliards de dollars pour les agriculteurs. "On n'a aucune idée de combien on touchera, et ce sera versé en décembre ou janvier, bien après les moissons", balaie Ryan Marquardt. "On ne veut pas de l'argent du gouvernement : c'est une aide unique, pas une solution économique durable", abonde Jacob Bolson, qui avait voté pour Donald Trump en 2024.
Ni le démocrate, ni le républicain ne vont changer leur vote mardi. Mais tous deux estiment que la situation économique va influencer les résultats des élections de mi-mandat. "Les gens sont frustrés, y compris les agriculteurs", assure Ryan Marquardt. Donald Trump a "fait campagne sur la question du pouvoir d'achat et l'image d'un homme compétent sur l'économie, mais il n'a rien accompli", critique-t-il.
Pointant plutôt une "situation mondiale qui a besoin de revenir à la normale", Jacob Bolson n'attribue pas l'entière responsabilité de ces difficultés économiques au président républicain, en qui il a "toujours confiance". "L'Iran est un régime terroriste, qui soutient des groupes terroristes", justifie-t-il. "Je ne sais pas si lancer cette guerre [contre Téhéran] était une bonne décision, mais les gens souffrent aujourd'hui de ses conséquences", concède-t-il toutefois.
"Je crois que de nombreux [conservateurs] vont voter pour le camp adverse, parce qu'ils ont l'impression que le pays ne va pas dans la bonne direction."
Jacob Bolson, agriculteur dans l'Iowa
à franceinfo
A quelques jours d'un scrutin décisif pour la majorité au Congrès, le quadragénaire doute que les midterms aient des effets concrets sur le quotidien des Américains. "Que ce soit les démocrates ou les républicains, que vont-ils pouvoir faire pour les prix du gazole ? Mettre un terme à la guerre avec l'Iran ne changera pas grand-chose dans l'immédiat", avance-t-il. Sans "amélioration visible à court terme", Jacob Bolson en est convaincu : "Les perspectives pour les agriculteurs sont très négatives."
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Versement d'une aide de 8 milliards de dollars aux agriculteurs en décembre ou janvier.
Very likely · Within months
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