Le candidat Horizons a suggéré de décaler l'investiture du chef de l'État de mai à septembre, déclenchant une vive polémique et des critiques nourries de l'opposition.
Édouard Philippe essuie de vives critiques du Rassemblement national et de LFI après avoir suggéré, dans un podcast, de décaler l'investiture présidentielle à septembre pour s'inspirer du modèle américain et mieux préparer la transition.
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Édouard Philippe a suggéré lors d'un podcast de décaler l'investiture présidentielle de mai à septembre pour imiter le modèle américain.
L’épisode a beau avoir été diffusé lundi, c’est ce jeudi qu’un extrait s’est répandu comme une traînée de poudre. Invité du podcast de l’entrepreneuse Pauline Laigneau, Édouard Philippe a essuyé ces dernières heures une salve de critiques émanant des deux extrémités de l’échiquier politique : La France insoumise (LFI), mais surtout le Rassemblement national (RN). En cause ? Quelques secondes de cet entretien du candidat Horizons à l’Élysée, dans lesquelles il suggère de décaler l’investiture du chef de l’État de mai à septembre. Pour cela, le maire du Havre s’inspire des États-Unis, où le président élu début novembre - qu’il s’agisse d’un nouveau venu ou d’un sortant reconduit - ne prête serment que deux mois et demi plus tard, le 20 janvier.
De quoi séduire le Normand, pour qui le calendrier français est «complètement dingue», voire «complètement crétin». Un problème que les «Américains ont mieux réglé que nous», reconnaît-il, dénonçant un enchaînement au pas de charge sitôt le scrutin passé : «L’idée de dire qu’un président élu le dimanche prend ses fonctions la semaine qui suit, nomme dans les 24 heures un premier ministre, qui doit lui présenter un gouvernement dans les 48 heures… Il y a un côté “le roi est mort, vive le roi”, il y a un côté “continuité de l’État”». Et de dresser un parallèle avec le monde de l’entreprise : jamais, selon lui, un patron ne pourrait «choisir son comité exécutif en 48 heures sans connaître toujours très bien les gens, sans vérifier plein de choses sur eux», faute de temps pour mener les contrôles qui s’imposent.
À cela, poursuit Édouard Philippe, s’ajoutent «toutes les contraintes» - parité, compétences, équilibres politiques, générationnels et territoriaux, ouverture à la société civile… - à respecter en «aussi peu de temps», au risque de «se planter» dans des «conditions qui ne sont pas géniales». Pour résoudre ce casse-tête, l’ex-juppéiste propose de repousser l’investiture présidentielle après l’été, le temps pour le nouvel élu de «se reposer», de «décompresser après une élection hyperusante, hyperfatigante». Sans aller jusqu’à préconiser «trois mois de vacances», l’ex de Matignon estime qu’une à deux semaines «ne font pas de mal avant de repartir». Au-delà de ce répit, cette période de transition permettrait au futur président non seulement de «consulter beaucoup plus lentement», des partenaires sociaux aux chefs d’État et de gouvernement étrangers, mais aussi de «constituer ses équipes» et de «donner des mots d’ordre».
Il n’empêche, concède le candidat Horizons : en France, les choses «ne fonctionnent pas comme ça», et «il faut faire avec le système tel qu’il fonctionne», car «ce serait très compliqué» de faire autrement. D’autant qu’à ses yeux, un exécutif sortant, usé par cinq ans au pouvoir et dépourvu d’assise politique, ne serait pas en mesure d’expédier les affaires courantes pendant plusieurs semaines.
Des nuances vite éclipsées par le RN, qui n’a voulu entendre que le mot «vacances» et a relayé une séquence expurgée de toute référence aux consultations ou à la formation du gouvernement. «Toujours les mêmes qui veulent faire bosser les Français toujours plus longtemps mais qui ont “besoin de décompresser”», a raillé le député Sébastien Chenu, allusion aux positions du Havrais sur les retraites. «Il y a urgence à redresser le pays, nous sommes impatients de nous y mettre, rassure-toi tu vas avoir de longues vacances…», a-t-il lancé à l’intéressé, lui prédisant une défaite au printemps 2027.
Dans son sillage, l’élue du Var Laure Lavalette a enfoncé le clou en reprenant son pronostic à son compte : «Marine Le Pen sera au travail au premier jour de son élection. Monsieur Philippe aura dix ans pour récupérer de son interminable campagne.» Même son de chez sa collègue Hélène Laporte, pour qui le Normand est «fatigué avant d’essayer d’être élu». «Le mieux, c’est de ne pas y aller et faire gagner du temps à tout le monde», a tranché la députée RN, moquant des «propos tellement lunaires alors que la campagne débute à peine». «C’est une blague, un poisson d’avril. Les Français sont au bout du rouleau, n’ont plus une seconde à perdre et Môssieur considère que sa première décision, en cas d’élection, serait de se reposer et de partir en vacances», a renchéri l’eurodéputé André Rougé. «Il veut un cocktail et un transat avec ça pour passer l’été tranquillement ?», a enfin plaisanté le député Thomas Ménagé.
Si l’Insoumis Hadrien Clouet a été le premier député à détourner les propos d’Édouard Philippe, c’est l’offensive numérique du RN qui a poussé le Havrais à contre-attaquer ce jeudi soir. «Découper une minute de raisonnement pour conserver quelques secondes qui lui font dire l’inverse de sa conclusion : drôle de conception du débat public…», a cinglé le patron d’Horizons. Et d’épingler un RN «décidément plus à l’aise pour fabriquer des polémiques à partir de phrases tronquées que pour répondre sérieusement sur le fond», renvoyant à l’intégralité du podcast pour étayer sa défense. Une riposte loin d’être fortuite : donné vainqueur au second tour face à lui dans les derniers sondages, le parti à la flamme apparaît pour l’heure comme le principal obstacle sur sa route vers l’Élysée.
Signe que l’emballement autour de la séquence a mis en alerte tout l’état-major philippiste, ses lieutenants ont volé au secours de leur champion, à l’instar de Laurent Marcangeli. «Quand on a un peu d’honnêteté intellectuelle, on publie l’extrait dans son intégralité, celui où Édouard Philippe évoque un système idéal dans lequel le nouveau président de la République aurait le temps de consulter avant de constituer son gouvernement», a répliqué le chef des députés Horizons, allant jusqu’à crier aux «fake news».

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