Édouard Philippe propose un délai entre l'élection présidentielle et la prise de fonction
L'ancien Premier ministre suggère une période de transition de quatre mois pour permettre au nouveau président de se préparer, une idée soutenue par certains experts.
Quick Look
- Édouard Philippe propose d'instaurer un intervalle de quatre mois entre l'élection présidentielle et l'entrée en fonction du président.
- Cette idée, visant à permettre une meilleure préparation et réflexion, rejoint des recommandations de l'Institut Montaigne.
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Why It Matters
L'article traite d'une proposition d'Édouard Philippe visant à modifier le calendrier institutionnel français après l'élection présidentielle. Cette idée s'appuie sur des réflexions sur la précipitation institutionnelle.
Une minute sur plus d’une heure trente d’échange. Voilà ce que les détracteurs d’Édouard Philippe retiendront de l’interview de l’ancien Premier ministre français. Au micro du podcast de Pauline Laigneau, celui qui est candidat à l’élection présidentielle s’est livré sur son parcours, sa vie et son expérience à Matignon.
Pendant quelques minutes, il s’est risqué à livrer son point de vue sur le rythme de vie des élus. « Le mythe du surhomme qui ne dort jamais m’emmerde. Je ne crois pas à ça. Il faut dormir dans la vie. Il y a des sujets qui demandent de la réflexion », raconte Édouard Philippe. Avant de lâcher une bombe. « Moi, j’adorerais un système dans lequel le président est élu en mai et il prend ses fonctions en septembre. Et entre mai et septembre, il a le temps de se reposer, de décompresser après une élection présidentielle qui est hyper usante, hyper fatigante. […] Il aurait le temps de consulter […], de constituer ses équipes, donner des mots d’ordre, pour commencer début septembre. »
Depuis cette sortie, les réactions pleuvent pour accuser le maire du Havre de vouloir prendre quatre mois de vacances s’il est élu. Fainéant Édouard Philippe ? Pas certain. Et si cette idée était tout simplement la meilleure de toute la campagne ? On s’explique.
Un intervalle, une pause, une trêve…
Aux États-Unis, il s’écoule deux mois et demi entre l’élection du président et sa prise de poste officielle. Un temps en partie dicté par le scrutin indirect, qui oblige les Américains à voter pour de grands électeurs, qui se chargeront ensuite d’élire le président. Une période de latence pendant laquelle le gouvernement sortant gère les affaires courantes, laissant le temps au nouveau président de prendre ses marques. « Ce ne sont pas des vacances ! C’est une période qui permet à celui qui est élu de rentrer dans le costume et de l’ajuster. Ça lui donne le temps de consulter pour savoir de qui il veut s’entourer, mais aussi d’analyser les scores de ses concurrents. Pour moi, ce serait vraiment une bonne idée », analyse Bruno Cautrès.
Le politologue et chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) a livré, avec d’autres cerveaux de l’Institut Montaigne, un rapport traçant « les nouveaux chemins du civisme ». La dixième proposition disait ceci : « L’enchaînement quasi immédiat entre l’élection et l’entrée en fonction des représentants contribue à une forme de précipitation institutionnelle. »
Recommandation des auteurs : « Instaurer un intervalle entre l’élection et le début effectif du mandat. » Bingo ! Selon le rapport de l’Institut Montaigne, ce temps de pause permettrait « de refroidir le temps démocratique », en marquant « une rupture claire entre la compétition électorale et l’exercice du mandat. » Au lieu de cela, la France statue dans l’urgence, sous la pression médiatique et populaire. Un choix qui « alimente la défiance citoyenne », selon l’institut.
« Ce vote m’oblige » et demandait donc réflexion
Pour Bruno Cautrès, ce temps de pause serait d’autant plus essentiel aujourd’hui, alors que « la vie politique est très fragmentée ». Une fois élu, le nouveau président prend-il le temps d’analyser sa victoire ? Quand Emmanuel Macron avait déclaré « ce vote m’oblige » à l’issue de sa victoire face à Marine Le Pen en 2022, il promettait d’être le président « de tous les Français ». L’a-t-il été ? « Il savait que beaucoup de gens qui avaient voté pour lui ne validaient pas son programme, qu’ils votaient contre Marine Le Pen plutôt que pour lui. Il lui aurait fallu un temps de réflexion pour analyser ce qui s’était passé », poursuit le politologue. Quatre ans après, pas certain que le président ait été jusqu’au bout de l’idée.
Mais alors que faire pendant cette trêve politique ? La meilleure idée serait de former les futurs ministres, plutôt que de les envoyer au casse-pipe deux jours après leur nomination.
« Il faut laisser le temps à l’équipe qui va piloter le pays de s’installer progressivement. L’administration peut aussi prendre le temps de se préparer, les hauts fonctionnaires vont s’adapter, note Bruno Cautrès Ce temps permettrait à tout le système démocratique d’absorber la couleur, politique du nouvel exécutif. C’est un vrai sujet. »
Un vrai sujet que les opposants d’Édouard Philippe ont préféré bazarder en l’accusant de vouloir prendre des vacances. C’est beaucoup plus facile que de réfléchir à la question.
Open Questions
- Quelle serait la faisabilité constitutionnelle d'un tel changement ?
- Comment gérer la continuité de l'État pendant cette période de transition ?



