
Le scrutin du 27 septembre sert de répétition générale avant la présidentielle d'avril 2026, avec des enjeux de groupes parlementaires et de majorité au Sénat
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Les élections sénatoriales du 27 septembre 2025 renouvellent la moitié du Sénat français. Elles se tiennent au suffrage universel indirect par les 'grands électeurs', composés à 95% d'élus locaux. Les résultats reflètent les rapports de force issus des élections municipales de mars 2025. Ce scrutin est présenté comme une répétition générale six mois avant l'élection présidentielle d'avril 2026.
C'est le dernier scrutin intermédiaire avant la présidentielle. Les élections sénatoriales se tiennent, dimanche 27 septembre, comme une ultime répétition à six mois du scrutin décisif du mois d'avril. Les résultats seront donc scrutés par tous les états-majors. D'autant que le futur locataire de l'Elysée, quel qu'il soit, devra composer avec le Sénat, qui entend bien jouer un rôle de contre-pouvoir.
Les élections sénatoriales donnent rarement lieu à de grandes éditions spéciales à 20 heures. Dimanche soir, l'atmosphère sera feutrée dans les couloirs du Palais du Luxembourg, comme le reste de l'année, et les résultats s'égrèneront dans une ambiance courtoise et sans éclats de voix.
Il faut dire que le renouvellement par moitié de l'hémicycle n'aide pas aux bouleversements spectaculaires ou à des renversements de dernière minute. Les ajustements se font par petites touches. Les résultats sont, qui plus est, prévisibles puisqu'ils sont la traduction immédiate des rapports de force des élections municipales : les "grands électeurs" qui s'expriment dans ce scrutin au suffrage universel indirect sont constitués à 95% d'élus locaux. Pour y voir plus clair, franceinfo vous présente les principaux enjeux à observer dimanche pour les différentes forces politiques.
Le RN pourra-t-il créer un groupe parlementaire ?
Le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen va-t-il faire une entrée en masse au Palais du Luxembourg ? C'est l'enjeu principal de l'élection, un horizon accessible alors que le scrutin de mars dernier a été marqué par une forte progression du Rassemblement national dans les villes moyennes, lui fournissant un bataillon de "grands électeurs".
Jusqu'à présent, le RN ne comptait que trois sénateurs. Atteindre les dix élus – le seuil requis pour pouvoir constituer un groupe politique – suffirait à son bonheur. C'est un objectif majeur pour le parti, car disposer d'un groupe donne plus de temps de parole lors des débats parlementaires et plus de moyens financiers pour préparer le travail législatif. "C'est possible, mais ça va se jouer à pas grand-chose, d'où la nécessité de soigner la stratégie et la campagne", analyse pour franceinfo un sénateur RN.
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"On cible la ruralité et les maires sans étiquette, car c'est là où l'on a le plus de réserves de voix", confie à franceinfo Ludovic Pajot, directeur de campagne du RN pour ces sénatoriales. Et pour retenir l'attention, beaucoup de listes du parti sont menées par des figures déjà connues comme la députée Edwige Diaz en Gironde ou Marie-Caroline Le Pen dans la Sarthe. Les adversaires politiques s'interrogent déjà sur les conséquences de l'arrivée d'un groupe RN sur l'ambiance des débats, d'ordinaire feutrée et modérée. "Tout le monde est sur la défensive par rapport à cette perspective. Je ne les vois pas ne pas attaquer le gouvernement, ne pas créer des commissions d'enquête ou des missions d'information", s'inquiète une sénatrice centriste.
Des élus LFI vont-ils faire leur entrée ?
Les départements de la région Ile-de-France ne sont pas concernés par le renouvellement du Sénat cette année (ce sera le cas en 2029). Un handicap pour La France insoumise qui ne peut pas transformer ses bons résultats dans la région parisienne aux municipales, comme à Saint-Denis ou La Courneuve. Difficulté supplémentaire : le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n'a pas conclu d'alliance avec les autres forces de gauche et présentera des listes indépendantes. Il ne devrait pas être en capacité de pouvoir constituer un groupe.
Mais des élus LFI pourraient toutefois rejoindre l'hémicycle. Gabriel Amard, gendre de Jean-Luc Mélenchon, est celui qui a le plus de chances, dans le Rhône. La France insoumise peut y capitaliser sur ses victoires aux municipales à Vaulx-en-Velin et Vénissieux. Il lui faudra néanmoins convaincre des électeurs d'une gauche plus modérée. "La marche reste haute", confiait-il au Figaro en juillet. L'entrée d'un insoumis au Sénat aurait une valeur symbolique dans cet hémicycle où Jean-Luc Mélenchon a fait ses premiers pas politiques dans les années 1980, sous les couleurs socialistes – il était alors le plus jeune sénateur de France. "Être représentés au Sénat serait un acte démocratique, ne serait-ce que pour permettre aux textes que l'on adopte ou soutient à l'Assemblée nationale de poursuivre la navette parlementaire", confie Gabriel Amard au Figaro.
En cas d'échec, le responsable est déjà tout trouvé pour LFI, qui reproche aux écologistes leur alliance avec les socialistes dans le Rhône. "Pour la seconde fois, le parti de Marine Tondelier s'est accordé avec le PS (...) pour empêcher notre mouvement d'avoir le moindre élu au Sénat", a écrit Jean-Luc Mélenchon en cette dernière semaine de campagne.
Les Républicains et les centristes vont-ils conserver la majorité ?
Gérard Larcher, le président Les Républicains du Sénat, vit des jours tranquilles. Sa réélection au plateau (l'équivalent sénatorial du perchoir de l'Assemblée nationale) n'est pas menacée. L'alliance entre les LR et les centristes devrait toujours conserver la majorité, le principe des renouvellements par moitié amortissant les changements et les ruptures. "Ce scrutin ne changera pas la configuration du Sénat. Ça bougera juste un tout petit peu le rapport de force entre LR et les groupes centristes", explique une sénatrice centriste. Actuellement, le groupe LR domine la chambre haute du Parlement avec 131 sièges, mais il a besoin des 59 sièges du groupe de l'Union centriste pour constituer une majorité.
Les Républicains pourraient néanmoins souffrir des bons résultats du RN dans le sud de la France aux municipales. Roger Karoutchi, sénateur des Hauts-de-Seine et spécialiste de la carte électorale, estime la perte à trois ou cinq sièges pour son parti. "L'enjeu principal est de ne pas perdre trop de sénateurs et de faire en sorte de garder une majorité qui permette au Sénat de rester une chambre de stabilité et de pondération", estime Cédric Perrin, sénateur LR du Territoire de Belfort.
Parmi les personnalités à suivre pour les LR, il y a notamment Bruno Retailleau, candidat à sa réélection en Vendée. Une formalité pour celui qui brigue également l'Elysée en avril prochain. Il faudra suivre également le score de Valérie Boyer, qui se présente en face d'une liste d'union de la droite et du centre dans les Bouches-du-Rhône. "Notre ennemi n'est pas une perte d'électeurs mais des listes dissidentes dans un certain nombre de départements", poursuit Cédric Perrin. Des dissidents qui, une fois élus, pourraient rejoindre le groupe de l'Union centriste, qui tentera également de courtiser les sénateurs sans étiquette.
Le groupe macroniste peut-il disparaître ?
François Patriat avait prévu de ne pas se représenter. Mais la mort cet été de l'emblématique président du groupe macroniste a laissé un vide parmi les sénateurs de son groupe. "Il était une figure tutélaire. On s'attendait à préparer la suite avec lui", confie à franceinfo le sénateur des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli. Sa disparition signifie-t-elle également celle du groupe ? Onze sièges sont renouvelables sur les 19 qui composent ce groupe, baptisé Rassemblement des progressistes démocrates et indépendants (RDPI). "On nous la promettait déjà en 2020 et en 2023", ironise Xavier Iacovelli, qui estime pouvoir conserver le même étiage. Le groupe RDPI peut compter sur le renfort de sénateurs ultramarins qui composent la moitié du groupe. "La perte de François Patriat nous a fait prendre conscience qu'on était attachés à ce groupe et à sa pérennisation", estime l'élu des Hauts-de-Seine.
Parmi les figures à suivre, le président de la région Paca, Renaud Muselier, aujourd'hui encarté chez Renaissance après avoir longtemps milité chez les LR, à l'UMP ou au RPR, pourrait faire son entrée au Palais du Luxembourg. Il figure en deuxième position sur une liste d'union entre la droite et le centre.
Les socialistes peuvent-ils perdre leur rang de deuxième groupe au Sénat ?
Il existe trois groupes de gauche au Sénat : un écologiste (16 sièges), un socialiste (64 sièges) et un communiste (18 sièges), soit 98 sièges. L'enjeu serait de dépasser cette année la barre symbolique de la centaine d'élus. Mais les différents groupes ne sont pas logés à la même enseigne. Si le groupe communiste, peu concerné par les zones géographiques de renouvellement, va rester stable, les écologistes craignent de subir les répercussions de leurs mauvais résultats aux élections municipales du mois de mars.
Les socialistes pensent, eux, "pouvoir limiter la casse", selon les propos tenus par le président du groupe, Patrick Kanner, à ses troupes, avec l'objectif de conserver une soixantaine de sièges. Mais ils pourraient perdre le rang symbolique de deuxième force du Sénat et se faire dépasser par le groupe de l'Union centriste.
AI outlook — possibilities, not facts
Le Rassemblement national atteindra le seuil de 10 sénateurs et pourra former un groupe parlementaire au Sénat.
Possible · Within weeks
Gabriel Amard sera élu sénateur dans le Rhône, marquant la première entrée de La France insoumise au Sénat depuis plusieurs années.
Possible · Within weeks
Le groupe Les Républicains perdra entre 3 et 5 sièges au profit du Rassemblement national dans le sud de la France, mais conservera sa majorité grâce à l'alliance avec l'Union centriste.
Likely · Within weeks
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