
Malgré les appels au calme et la suspension des grenades assourdissantes, la contestation se poursuit dans les lycées et universités de France.
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Une mobilisation d'ampleur des lycéens et étudiants secoue la France pour réclamer de meilleurs moyens pour l'éducation et la suppression de Parcoursup.
Le patron de l’entreprise française d’intelligence artificielle (IA) Mistral, Arthur Mensch, a appelé jeudi à «investir dans notre jeunesse», disant aussi «compatir» avec les lycéens actuellement inquiets de l’impact de cette technologie sur leur future vie professionnelle. «Je compatis beaucoup avec eux. (...) Moi, j’aimais beaucoup les mathématiques à l’époque et, quand je vois ce qu’il se passe et qu’en recherche l’intelligence artificielle devient à ce point indispensable, je me demande comment, moi, j’aurais pu réagir», a déclaré sur France Inter Arthur Mensch, interrogé sur certaines craintes exprimées pendant la mobilisation lycéenne en France concernant cet outil.
«Sur ce sujet, on ne les accompagne pas suffisamment. (...) Évidemment, quand vous avez 16 ans et que vous voyez ce qu’il s’est passé dans les trois années qui ont précédé, vous vous demandez: qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire dans cinq ans ?», a-t-il ajouté, soulignant qu’il fallait «apprendre» à utiliser cette technologie aux lycéens et aux étudiants. Plus largement, le dirigeant de Mistral a estimé qu’il fallait «investir dans notre jeunesse» et jugé «qu’on ne le fait pas suffisamment».
Au 45 rue d’Ulm (5e arrdt. de Paris), l’école Normale Supérieure est bloquée par une trentaine d’étudiants ce jeudi 8 octobre. Les grandes grilles noires de la prestigieuse école française sont habillées d’une cinquantaine d’affiches qui mentionnent notamment : «École négligée, jeunesse sacrifiée» ou encore «soutien aux lycéens». Dans une ambiance paisible et sur un fond musical des années 2000, les étudiants finissent de griffonner leurs cartons.
Diane (*) en première année de master de sciences cognitives se mobilise en soutien au mouvement lycéen. «Les universités connaissent les mêmes coupes budgétaires que les lycées. Ce n’est juste pas les mêmes conséquences. Nous, on le ressent sur les financements dédiés à la recherche.» Pour le troisième jour consécutif, aucun cours ne sera dispensé à l’ENS Ulm.
«Ce n’est pas une crise de moyens. On est l’un des pays de l’OCDE qui dépense le plus sur l’éducation.» Bruno Retailleau, le candidat LR à la présidentielle, a réagi aux revendications lycéennes sur LCI. Il souligne un manque d’autorité, non de moyens. Élu en Vendée, il a raconté avoir visité le lycée Nelson Mandela, brûlé par les émeutiers. «C’est l’un des lycées qui ont coûté le plus cher, 77 millions d’euros, ils l’ont brûlé !»
Bruno Retailleau a dénoncé «la trahison de la promesse républicaine et un mensonge». La trahison, c’est l’abandon d’autorité, du «maître qui transmet». Le mensonge, c’est le bac pour tous. «J’en ai marre qu’on ait dévalorisé l’enseignement professionnel», s’est-il agacé, affirmant vouloir «faire de l’enseignement professionnel, pour tous ceux qui ont l’intelligence de la main, la filière de l’excellence».
Les lycéens demandent aussi la suppression de Parcoursup. «Derrière Parcoursup, il y a la grande question de la sélection. Est-ce qu’on veut la sélection par l’échec, comme c’est le cas aujourd’hui à l’université, ou la sélection dès le début ?» La suspension de l’utilisation des grenades assourdissantes dans le maintien de l’ordre, annoncée par le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, est «un recul», a-t-il aussi affirmé.
La suppression de la France insoumise (LFI), proposée par Bruno Retailleau en raison de la présence de nombreux élus LFI dans les blocages, n’a rencontré qu’un écho mitigé dans la classe politique. «J’en ai marre de cette banalisation de la violence», s’est insurgé Bruno Retailleau qui a maintenu sa proposition. «À aucun moment [les élus LFI] ne se sont désolidarisés» des violences après la mort de Quentin Deranque à Lyon, a-t-il rappelé.
«Mme Rima Hassan mise en examen pour apologie du terrorisme et met à terre un drapeau israélien», LFI soutient toujours, a-t-il poursuivi. «Si de tels actes étaient proférés par l’extrême droite, toute la classe politique demanderait l’interdiction du parti. Il y a un privilège rouge accordé par la classe politico-médiatique.»
«C’est toujours bon à prendre mais ça ne répond pas aux colères profondes qui animent ce pays», a réagi Raphaël Glucksmann sur le plateau de France 2, après les annonces de Sébastien Lecornu. «Quand vous avez fait 1300 milliards de dette supplémentaires, que vous avez des services publics à l’agonie, que vous avez eu un transfert social à l’envers, c’est-à-dire qu’on prend à ceux qui ont besoin pour donner à ceux qui n’en ont pas besoin, vous êtes dans une situation où vous avez les mains liées.»
«Je soutiens leurs revendications», a ajouté le candidat à la présidentielle au sujet des demandes des lycéens. «Il faut transformer Parcoursup. Il faut le supprimer pour le remplacer. (…) En Seine-Saint-Denis, ça coûte un an et demi de scolarité sur toute une scolarité, juste l’absence [des professeurs]. Il faut les augmenter. Il faut aussi réduire les absences. (…)» En revanche, Raphaël Glucksmann exclu de rejoindre les cortèges. «Je ne pense pas que le rôle d’un politique soit d’aller manifester. (…) Ce qui compte, c’est qu’on apporte une réponse.»
«Enfin», a-t-il enfin réagi à la suspension de l’utilisation par les forces de l’ordre des grenades assourdissantes dans le maintien de l’ordre. «On a un problème de maintien de l’ordre en France. (…) En Allemagne, c’est pas du tout le même niveau d’engagement. (…) Il faut arrêter toutes les armes létales. (…) Il faut être très dur avec les casseurs. (…) Mais il faut dissocier les lycéens (…) des casseurs.»
Yaël Braun-Pivet a appelé à la «désescalade» entre les lycéens et les forces de l’ordre. «J’appelle tout le monde au calme : aux lycéens qui ont le droit de s’exprimer et de bloquer (…) mais aussi j’appelle aussi les forces de l’ordre à la retenue», a-t-elle déclaré sur CNews/Europe 1. La présidente de l’Assemblée nationale a déploré des «images anxiogènes pour nos jeunes».
Les policiers «sont chargés du maintien de l’ordre, je suis persuadée qu’ils font du mieux qu’ils peuvent mais ce sont nos enfants en face, des mineurs. La plupart des jeunes interpellés n’ont pas de casiers judiciaires». La députée EPR des Yvelines réclame une «plus grande proportionnalité», et estime que les forces de l’ordre doivent faire une distinction, dans leur maintien de l’ordre, entre «des black blocs» et «des lycéens».
À propos des accusations d’un usage disproportionné de la force par les policiers face aux jeunes, l’élue a reconnu que «la doctrine du maintien de l’ordre» pouvait être «interrogée». Enfin, Yaël Braun-Pivet a salué la décision de retirer les grenades assourdissantes de l’équipement des policiers. «Il ne s’agit pas de désarmer la police», a-t-elle tenu à préciser.
Les cours sont «totalement ou partiellement suspendus» dans 375 établissements scolaires sur les 3700 établissements que compte le pays, selon les chiffres prévisionnels du ministère de l’Éducation jeudi matin. «224 établissements connaissent une fermeture totale et 151 rouvrent partiellement», a déclaré le ministère soulignant que «94% des établissements sont donc ouverts, soit totalement, soit partiellement». Deux jours après une forte mobilisation mardi pour demander plus de moyens, les lycéens et étudiants sont de nouveau appelés à manifester jeudi, alors que le gouvernement multiplie les signes d’apaisement pour mettre fin à la crise. Jeudi matin, le ministère a annoncé que le nombre d’établissements où les cours sont totalement ou partiellement suspendus était en baisse de 30% comparé à la veille, mercredi.
Les organisations étudiantes et lycéennes, qui avaient exhorté dès mardi, journée de grande mobilisation, à la poursuite du mouvement, ont réitéré mercredi leurs appels aux rassemblements. Mardi, ils étaient entre 266.000 à 450.000 à avoir manifesté dans toute la France. L’Union étudiante a appelé dans un message sur X à bloquer jeudi matin les lycées et campus, puis à rejoindre des rassemblements devant les préfectures d’Île-de-France entre midi et 14H00. Peu après une rencontre avec le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, la porte-parole du syndicat étudiant, Sabrine Kharbach, a de son côté appelé à rejoindre la place de la Bastille à 15 heures.
Premier cours à 9H00, bâtiments adaptés au réchauffement climatique et moins de pression sur l’orientation: il y a presque un an, ces propositions, au cœur des actuelles revendications des lycéens, avaient déjà été faites par une convention citoyenne, dont le gouvernement n’a rien fait, regrettent ses participants. La mobilisation lycéenne massive commencée il y a une semaine, «fait un écho très fort à la convention citoyenne», relève Morgane Josses, 34 ans, co-présidente de l’association constituée avec d’anciens participants à la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant organisée sur l’année 2025.
Dans les blocus et les manifestations lycéennes, les revendications portées rejoignent «les constats qu’on avait faits: un rythme inadapté aux besoins physiologiques des jeunes, organisé principalement autour des contraintes des adultes (...), un manque de temps libre et une pression forte surtout au lycée et à l’approche de Parcoursup», poursuit Mathieu Alison, 45 ans, également co-président de l’association. Pendant six mois, la Convention sur les temps de l’enfant avait réuni au 133 citoyens adultes tirés au sort et 20 jeunes de 12 à 17 ans. Elle a été organisée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) - chambre consultative du Parlement représentant la société civile - en réponse à une demande du président Emmanuel Macron et du Premier ministre de l’époque François Bayrou.
Deux jours après une forte mobilisation mardi pour demander plus de moyens, les lycéens et étudiants sont de nouveau appelés à manifester jeudi. Ils réclament plus de moyens humains et financiers pour les 3700 lycées du pays, où étudient environ 2,2 millions d’adolescents.
- Des moyens : en 2023, le ministère de l’Éducation a dépensé en moyenne 8550 euros par lycéen dans le public et le privé sous contrat. Dans les régions urbaines comme l’Île-de-France, les dépenses par élève sont plus faibles que les moyennes nationales et la taille souvent plus élevée des lycées se traduit par de moindres taux d’encadrement. En région parisienne, les enseignants sont aussi plus jeunes, et moins rémunérés.
- Des professeurs remplacés : à la rentrée, il manquait au moins un enseignant dans 53% des collèges et lycées publics, selon le Snes-FSU. En 2024-2025, 10% des heures n’ont pas été assurées au lycée, selon le ministère. Édouard Geffray juge un remplacement intégral «statistiquement quasi impossible».
- Des emplois du temps allégés : les classes de lycée comptaient en moyenne 30 élèves en 2025, contre 27 en 2010. Le ministre a reconnu jeudi les difficultés liées à l’organisation du lycée depuis la réforme de 2019.
- La fin de la pression de Parcoursup : certains réclament la suppression de la plateforme, accusée de sélection et de manque de transparence. En juillet, environ 130.000 élèves étaient sans affectation à l’issue de la phase principale.
- Des bâtiments rénovés : le gouvernement rappelle que les lycées appartiennent aux Régions et met en avant 6200 projets de rénovation énergétique soutenus.
Côté universités, la Fage, l’Union étudiante et l’Unef réclament notamment la fin de la sélection via Parcoursup et Mon Master, 250.000 places supplémentaires dans le supérieur et la revalorisation des bourses.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé mercredi l’ouverture d’une enquête disciplinaire après qu’un véhicule de la police a été filmé circulant lundi au milieu d’un rassemblement de lycéens à Dunkerque (Nord), des images «choquantes» pour la Ligue des Droits de l’Homme.
Sur des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux, on peut voir un 4x4 de la Police nationale effectuer des manœuvres à vive allure au milieu des plusieurs dizaines de jeunes manifestants, qui s’enfuient en courant. Le véhicule monte sur un trottoir, s’engage en marche arrière, puis repart, toujours vivement, emportant au passage une poubelle. Selon une responsable de la Direction interdépartementale de la Police nationale (DIPN) du Nord, l’incident n’a pas fait de blessé.
Devant la commission des Lois de l’Assemblée nationale mercredi, Laurent Nuñez n’a concédé aucune erreur stratégique. Le ministre de l’Intérieur estime qu’il «est excessif de parler de répression policière». «C’est la première vérité à rétablir : il n’y a pas d’intervention quand il y a des lycéens qui manifestent pacifiquement», a-t-il assuré. Il a qualifié le mouvement «d’assez inédit», notamment «par le nombre d’établissements qu’il touche», par «les participants qui sont plus nombreux que d’habitude» et parce qu’«il a basculé rapidement dans des violences graves».
Depuis le début de la mobilisation, 6629 personnes ont été interpellées et «761 policiers ou gendarmes ont été blessés», selon un bilan de mardi soir rappelé par le ministre. 89 membres du personnel enseignant ont également été touchés, et 215 élèves blessés. L’IGPN a été saisie de dix-huit enquêtes à ce stade, a annoncé Laurent Nuñez.
À Marseille, une enquête a été ouverte mercredi pour «violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique et avec arme», après qu’un adolescent de 17 ans a été blessé à la tête, apparemment par un coup de matraque, lors d’un rassemblement devant le lycée Marie-Curie. Elle a été confiée à l’IGPN. À Dunkerque, une enquête disciplinaire est en cours après la diffusion d’une vidéo où un 4x4 de la Police nationale fonce vers des lycéens, lundi. Laurent Nuñez a évoqué un «fait exceptionnel».
Embourbé dans la crise lycéenne, le pouvoir exécutif cherche tant bien que mal les voies de l’apaisement face au risque d’une colère sociale encore plus large et une redoutée «convergence des luttes». Lors d’une allocution au ton très solennel, depuis l’Hôtel de Matignon, mercredi soir, au lendemain d’une importante mobilisation et à la veille d’un
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Manifestations et blocages maintenus dans les établissements scolaires
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