Guerre entre les États-Unis et l'Iran : six mois après le début du conflit, quel est le bilan ?
Lancée fin février par l'opération "Fureur épique", la confrontation militaire entre Washington et Téhéran s'est enlisée, sur fond de perturbations dans le détroit d'Ormuz et de pressions économiques à l'approche des élections de mi-mandat.
Quick Look
- Six mois après le déclenchement de l'offensive militaire américano-israélienne contre l'Iran, le conflit s'enlise malgré la mort d'Ali Khamenei.
- Les tensions dans le détroit d'Ormuz et la hausse du coût de la vie pèsent lourdement sur l'administration Trump à l'approche des élections de mi-mandat.
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Why It Matters
L'opération militaire 'Fureur épique' a débuté fin février avec des frappes ciblées ayant éliminé Ali Khamenei. Un cessez-le-feu de courte durée a volé en éclats mi-juin.
"Ce régime l'apprendra bientôt : personne ne doit défier la force et la puissance des forces armées des Etats-Unis." Ces mots de Donald Trump, prononcés dans la nuit du 27 au 28 février sur sa plateforme Truth Social, ont une résonance particulière, six mois plus tard. En huit minutes de discours, le président américain avait posé les prémices d'une action militaire "massive" contre l'Iran, l'opération "Fureur épique" au coté d'Israël – ou "Lion rugissant" pour l'Etat hébreu. Ce matin-là, de premières frappes ont décapité le régime iranien à Téhéran, tuant celui qui l'incarnait le mieux : le guide suprême Ali Khamenei.
Six mois plus tard, Donald Trump répète que "l'Iran s'effondre complètement", quand Téhéran évoque en contraste un "aveu de défaite" des Etats-Unis. Qui a raison ? Le temps des frappes massives des débuts semble révolu, mais l'équilibre reste très fragile : le protocole d'accord de cessez-le-feu, signé mi-juin, a volé en éclats, les négociations semblent au point mort et les perturbations dans le détroit d'Ormuz, point névralgique du commerce mondial, s'éternisent. Un "entre deux" dans lequel "les Iraniens tirent leur épingle du jeu", et qui pose un défi politique à l'approche des élections américaines de mi-mandat, souligne Sylvain Gaillaud, chercheur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Donald Trump compose avec l'une des guerres les plus impopulaires de l'histoire récente de son pays, et dont l'issue est bien incertaine.
"L'heure est loin d'être à l'apaisement"
Pourtant, début avril, le dirigeant républicain assurait avec confiance que les "objectifs stratégiques fondamentaux" du conflit étaient "proches d'être remplis". Des ambitions parfois floues ou mouvantes, entre destruction de l'arsenal balistique iranien, dossier du nucléaire et appel à un changement de régime. "Il s'agit, pour les Etats-Unis, de mettre fin à la menace iranienne", résume Clément Therme, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri) et à l'Institut international d'études iraniennes.
"A ce stade, il y a un décalage entre les annonces officielles des objectifs et la réalité des résultats obtenus."
Certes, l'opération israélo-américaine a décimé une partie de l'appareil politique et militaire iranien, et ce dès les premières heures de l'offensive. "Le régime iranien a été décapité et il y a toujours des failles de sécurité [au sein du régime], qui n'ont pas encore été colmatées", observe Clément Therme. Les Etats-Unis ont prouvé leur force en matière de renseignement, mais le régime de la République islamique survit et "se radicalise", avance Sylvain Gaillaud, qui constate que "l'heure est loin d'être à l'apaisement". Le chercheur cite en exemple la nomination récente de Mohsen Rezaï, figure des Gardiens de la Révolution, à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale.
Les capacités militaires du régime iranien, au fil des semaines de frappes, ont subi des "dégâts considérables", selon Arman Mahmoudian, chercheur à l'Institut pour la sécurité mondiale et nationale de l'université de Floride du Sud (Etats-Unis). Un "succès" américain notable. "Cela ne veut pas dire que l'Iran n'est plus capable de projeter sa puissance. Il peut toujours attaquer", tempère l'expert. Les estimations varient quant à la part de l'arsenal balistique détruite – elle serait d'au moins 30%, selon des sources expertes et du renseignement américain au printemps.
L'Iran conserve néanmoins des "villes missiles" souterraines, "et il semble que Téhéran travaille sans relâche à la réouverture des tunnels menant à ces 'villes'", rapporte Arman Mahmoudian. Quant au nucléaire, épineux dossier, "les capacités [iraniennes] demeurent en grande partie présentes", affirmait début août Ellie Geranmayeh, spécialiste du sujet au Conseil européen des relations internationales (ECFR), auprès du New York Times.
Le détroit d'Ormuz, une épine dans le pied
Mais après six mois de conflit, la question du nucléaire a été reléguée au second plan face à l'urgence du moment : la circulation dans le détroit d'Ormuz, extrêmement perturbée depuis début mars. "La stratégie [dans cette guerre] finit par être la gestion de ce problème principal", constate Sylvain Gaillaud. Entraver le trafic maritime est devenu un levier de pression "très puissant" pour Téhéran, jetant à l'occasion "le discrédit sur la parole de Donald Trump et l'image des Etats-Unis dans le monde".
Mardi, cinq navires de matières premières ont officiellement traversé le détroit, d'après Reuters. Un total bien éloigné des passages quotidiens recensés en début d'année. La veille des premières frappes, 148 navires transitaient par cette voie maritime, d'après le centre américain pour les études stratégiques et internationales (CSIS).
"Le détroit d'Ormuz est presque devenu la pierre philosophale des Iraniens. Cette voie de navigation internationale était libre de passage, elle ne l'est plus."
Comment sortir de l'impasse ? Les pourparlers se poursuivent entre l'Iran et un autre pays riverain du détroit, Oman. Téhéran et Mascate ont évoqué, mardi, un accord-cadre pour un "couloir temporaire" de navigation et des actions de déminage. Le régime iranien, par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères, reste néanmoins catégorique face à Washington. "Le détroit d'Ormuz ne sera rouvert qu'en échange de la fin de la guerre sur tous les fronts, de la levée du blocus et d'un règlement de la situation au Yémen", a insisté Kazem Gharibabadi.
La République islamique "n'a pas changé sa position de négociation", observe l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), un cercle de réflexion américain qui documente l'évolution du conflit. Elle "continue de chercher à obtenir un contrôle formel sur le transit par le détroit d'Ormuz, à l'heure où le Pakistan tente de relancer les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran". Donald Trump, lui, répète au contraire avoir le "contrôle total" du détroit.
Un coup de pompe électoral ?
Certains voient dans cette guerre les marques d'un enlisement américain face au pouvoir de nuisance iranien. "Ce n'est pas un enlisement", conteste Clément Therme. "Il s'agit plutôt, pour les Etats-Unis, de ne pas avoir anticipé les effets [du conflit] sur l'économie mondiale." Au cours de ces six mois de guerre, le cours du pétrole a connu des pics jusqu'à près de 120 dollars le baril. Ces derniers jours, il oscille entre 80 et 90 dollars, un niveau plus élevé que fin février.
Outre-Atlantique, le prix du gallon d'essence (près de 3,8 litres) a sans surprise grimpé, d'environ 3 dollars en février à 4,5 dollars en mai. Il atteint aujourd'hui 4 dollars, d'après l'Association américaine des automobilistes (AAA). Un niveau scruté à deux mois des midterms, les élections de mi-mandat, tant l'économie compte pour les électeurs américains. "Le sujet numéro un, ce sera le coût de la vie", a récemment prévenu auprès de franceinfo Todd Belt, professeur de gestion politique à l'université George Washington.
"Il existe une forte corrélation entre les prix des carburants et le taux d'approbation du président."
La confrontation coûte aussi cher à Téhéran. "Oui, la République islamique a la capacité d'avoir un effet de perturbation sur l'économie mondiale. Mais la hausse des prix de l'essence ne menace pas la prospérité américaine, alors que la situation actuelle menace l'économie iranienne, en chute libre", relève Clément Therme. "Sur le plan économique, la République islamique a perdu." Le blocus des ports iraniens, rétabli mi-juillet, est en cela "la carte principale jouée par l'administration Trump".
Des stratégies qui lassent
Washington accentue sa guerre économique, annonçant contre Téhéran un "D-Day économique" et un nouveau train de sanctions, cette fois secondaires. Les pays qui ne soutiendront pas ces mesures "partageront l'isolement de l'Iran", a menacé lundi le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. "Nous tiendrons chacun pour responsable. Ceci marque l'asphyxie économique de ce régime." L'annonce marque-t-elle une nouvelle stratégie de l'administration Trump dans ce conflit ? "Avec les élections de mi-mandat qui approchent, Donald Trump cherche à s'éloigner de l'approche militaire et à privilégier le volet économique", analyse Arman Mahmoudian.
"Donald Trump signale aux Américains que la guerre n'est pas perdue, mais que sa dynamique évolue vers une moins coûteuse. Il veut aussi clore ce conflit, et il tient à avoir le dernier mot."
Une volonté de ne pas perdre la face après six mois de déclarations innombrables, outrancières ou rassurantes depuis la Maison Blanche. Habitué des contradictions, Donald Trump n'a pas manqué de provoquer avant de faire marche arrière, comme le rappelle ABC News. Pour preuve, sa menace de détruire "une civilisation entière" en Iran le 7 avril, avant l'annonce d'un cessez-le-feu de deux semaines le lendemain. Autant de propos qui interpellent et jettent le doute sur les tactiques américaines.
"La guerre ne s'est pas déroulée comme Donald Trump l'avait prévu", relève Arman Mahmoudian. "Il était influencé par les événements au Venezuela [la capture de Nicolas Maduro en janvier], et pensait que les frappes entraîneraient l'effondrement du régime. Il n'y avait pas de plan B." Les paroles de Donald Trump ces derniers mois relèvent aussi "du comportement normal" d'un président jamais avare de provocations ou de fausses informations. "Nous sommes dans une guerre informationnelle, note Clément Therme. C'est une réponse aux menaces iraniennes. Ses discours, c'est performatif pour faire baisser les prix du pétrole."
"C'est une stratégie de communication pour gérer les effets négatifs de la prise en otage mondiale de l’économie par l'Iran."
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Maintien des pressions économiques et des sanctions secondaires contre l'Iran par l'administration américaine.
Very likely · Within months
Open Questions
- Le détroit d'Ormuz sera-t-il rouvert avant les élections de mi-mandat ?
- Quel sera l'impact réel des nouvelles sanctions économiques sur le régime iranien ?





