Le film « Ikea aime le bois », diffusé sur Canal+ et Planète+ Crime, pointe les pratiques du géant suédois de l'ameublement dans les forêts roumaines.
Le documentaire « Ikea aime le bois » de Tom Heinemann, diffusé sur Canal+ et Planète+ Crime, critique la gestion forestière d'Ikea en Roumanie et met en cause ses pratiques environnementales et les labels de certification.
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Ikea est régulièrement la cible d'enquêtes journalistiques concernant sa consommation de bois et ses acquisitions de forêts en Roumanie.
Des paroles et des actes. Pas certain que le géant de l’ameublement suédois apprécie beaucoup le film Ikea aime le bois que diffuse Canal + sur Planète + Crime*.
Durant 60 minutes, ce documentaire pointe la réalité du terrain face à la communication environnementale du mastodonte du mobilier en kit, qui consommerait entre 20 et 21 millions de mètres cubes de bois par an (l’équivalent d’un arbre coupé toutes les deux secondes). Et après l’avoir visionné vous ne regarderez peut-être pas votre bibliothèque Billy du même œil…
La communication d’Ikea mise à mal
« Nous savons qu’une gestion forestière responsable aide à lutter contre le changement climatique ». Le discours d’Ikea sur son utilisation du bois est une nouvelle fois contredit.
En 2017 déjà, un numéro de l’émission Cash Investigation (Razzia sur le bois, les promesses en kit des géants du meuble) dénonçait la gestion calamiteuse des ressources naturelles par la firme scandinave.
En 2023 aussi, le film Ikea, le seigneur des forêts (en replay sur Arte. TV jusqu’au 29 décembre 2026) pointait les agissements forestiers de la marque au logo jaune, comparé à un prédateur discret devenu un champion du greenwashing…
Cette fois, c’est Canal+ qui revient à la charge avec Ikea aime le bois, un film de 60 minutes qui découpe à la tronçonneuse la communication d’Ikea autour de sa supposée gestion durable des forêts. De quoi s’agit-il exactement ?
Un journaliste et une ONG
Produit par le Danish Film Institute (l’organisme public danois chargé de soutenir et de promouvoir le cinéma au Danemark), le film Ikea aime le bois relate l’enquête en Roumanie du journaliste d’investigation et documentariste Tom Heinemann.
La Roumanie ? Ce n’est pas nouveau : Ikea y acquiert via sa branche d’investissement Ingka Investments des fôrêts depuis 2015. 1 % de 7 millions d’hectares de bois nationaux lui appartiennent.
La Roumanie, aussi, hélas, car sur place existe une vraie mafia du bois qui se livre à des abattages illégaux massifs. À 1.000 euros le mètre cube de chêne, il y a de quoi susciter les convoitises.
« Ici, on ferme les yeux sur toute la chaîne et à tous les niveaux, ça leur permet d’agir librement », explique dans le film Ikea aime le bois Gabriel Păun, le fondateur de l’ONG Agent Green avec laquelle Tom Heinemann a travaillé.
Des images accablantes
Ce que pointent ici les deux hommes n’est autre que le greenwashing opéré par Ikea autour de la gestion supposée modèle de son patrimoine forestier.
Coupes rases ; parcelles déboisées à l’image de la forêt de Suceava transformée en gruyère ; atteintes présumées à des zones Natura 2.000 ; chemins transformés en autoroutes… les images dévoilées sont accablantes.
Après des mois de tractations avec Ikea pour son film, Heinemann réussira à faire sortir Simon Henzell-Thomas du bois. Sur site, le directeur Climat et Nature du groupe Ingka (Ikea) évoque plutôt que de parler de « coupes rases » avec le journaliste, des coupes dites de « remplacement »…
Problème : en sylviculture durable, cette expression ne signifie rien. L’employé zélé (passé depuis le tournage en 2025 chez Heineken) sous-entend ici que les parcelles déboisées l’ont été pour leur bien, en vue de leur reboisement par des arbres de plus grande valeur.
Tiens, heureuse coïncidence justement : depuis le premier passage du journaliste Tom Heinemann sur place, des chênes sous tube plastique ont été miraculeusement replantés… L’illusion ne durera qu’un instant.
Prônant la régénération naturelle avec des « coups de main » (rapport aux chênes sous tube plastique), Ikea assure bien gérer ses forêts durablement, dans les règles de l’art.
Des labels mis à l’indexe
Connu pour ses reportages sur la mondialisation, Thomas Heinemann livre avec Ikea aime le bois un documentaire à charge. Un de plus serait-on tenté d’écrire.
Un de plus, également, qui tire à boulets rouges sur ces fameux labels, comme ici le FSC (pour Forest Stewardship Council) qui certifie que le bois ou le papier d’un produit proviennent de forêts gérées selon un cahier des charges environnemental et social…
Or, selon le documentaire, le label FSC autorise les coupes rases et même l’abattage dans des forêts vierges primaires et anciennes en Roumanie. De quoi s’interroger.
Ressassant pour sa défense des arguments déjà entendus à chaque mise en cause et tentant de cultiver son image vertueuse, le géant du meuble peine de plus en plus à se départir d’un visage d’ogre dévoreur de bois, maîtrisant qui plus est difficilement certains de ses sous-traitants dans son approvisionnement en matières premières « responsables ».
Alors, toujours « Njut », Ikea ? Après visionnage, celui que le film Ikea aime le bois décrit comme un monstre des Carpates a en tout cas de quoi avoir la gueule de bois.

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