La montée en puissance des ordinateurs « moches » et reconditionnés
Face au gaspillage, des entreprises comme Les Ateliers du Bocage et Back Market proposent des ordinateurs fonctionnels mais esthétiquement imparfaits à prix réduits.
Quick Look
- Des acteurs comme Les Ateliers du Bocage et Back Market commercialisent des ordinateurs portables présentant des défauts esthétiques.
- Cette initiative vise à lutter contre le gaspillage électronique tout en proposant du matériel performant à prix réduit.
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Why It Matters
Le marché des produits reconditionnés s'étend désormais aux appareils présentant des défauts esthétiques pour réduire le gaspillage.
Ils sont rabougris, difformes, biscornus ou tout simplement un peu usés. Pas conformes, en tout cas, aux standards érigés en normes. Dans une société où l’apparence compte plus que tout, pas facile pour les objets moches de se faire une place. Mais la révolte des « gueules cassés » est en marche. On connaissait déjà les fruits et légumes moches vendus à prix réduits pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Place désormais aux ordinateurs inesthétiques.
Dans les Deux-Sèvres, la coopérative Les Ateliers du bocage propose depuis le printemps des ordinateurs portables présentant de petites imperfections esthétiques ou fonctionnelles mais parfaitement utilisables. « On a nommé cette gamme les K-Bossés car ces ordinateurs ont déjà servi et ont été reconditionnés par des personnes qui ont des parcours de vie cabossés », souligne Olivier Bien, directeur adjoint en charge du pôle numérique de la coopérative, membre du réseau Emmaüs.
« Une aberration de les mettre au rebut »
Cette dernière se fournit auprès d’entreprises de la région qui renouvellent régulièrement leurs stocks de PC portables. Entre les mains des salariés, ces ordinateurs ont pris quelques « pocs » avec des marques visibles de rayures, de petites fêlures ou de la peinture écaillée. Pour d’autres, c’est un port USB qui est défectueux, une touche du clavier qui manque à l’appel ou une tâche fantôme qui apparaît sur l’écran. « Mais après contrôle, ils fonctionnent toujours parfaitement et sont récents donc cela nous semblait une aberration de les mettre au rebut », indique Olivier Bien, battant en brèche l’idée que « la performance d’un PC tient à son esthétisme. »
Depuis le lancement de la gamme, 150 K-Bossés ont déjà trouvé preneurs et 250 sont encore disponibles à la vente à des prix très attractifs. « On démarre à 144 euros avec des PC professionnels qui sont vendus a minima 30 % moins cher qu’un PC reconditionné, détaille-t-il. Cela permet à des personnes qui n’ont pas forcément les moyens d’acquérir du matériel très performant. » Pour « pimper » leur PC moche, Les Ateliers du Bocage offrent même à leurs clients une planche de stickers inspirés de l’univers de la BD pour cacher ses imperfections et le rendre encore plus unique.
Le géant Back Market se lance aussi
Dans la foulée de la coopérative, Back Market, leader français et mondial du reconditionné, a également commencé à commercialiser en mai des ordinateurs moches, vendus dans la catégorie « Obsolète ». Parmi les nombreux PC tournant sur Windows 10 dont la fin est bientôt actée, on retrouve aussi désormais sur la plateforme des ordinateurs toujours d’attaque mais dont le seul tort est de présenter des traces d’autocollants.
Ces marques d’usage les condamnaient jusqu’alors à la déchetterie. « Au cours de la dernière décennie, les consommateurs accordent de plus en plus d’importance à la fonctionnalité plutôt qu’à la nouveauté, et à l’utilité plutôt qu’à l’apparence, explique Charlotte Souleau, directrice générale France de Back Market.
Elle espère que « l’ugly computer » [ordinateur moche] provoquera « un déclic » chez le consommateur. « Celui où l’on réalise qu’il n’est pas nécessaire de changer d’appareil tous les deux ans pour que la technologie reste utile au quotidien », souligne-t-elle. Après les fruits et les légumes, les ordinateurs moches tiennent donc leur revanche. Ce qui ne serait pas pour déplaire au regretté Serge Gainsbourg, pour qui « la laideur a ceci de supérieur à la beauté qu’elle ne disparaît pas avec le temps. »
Open Questions
- Quelle sera l'ampleur de l'adoption par les consommateurs à long terme ?





