Une étude publiée dans BMC Nephrology remet en cause le diagnostic officiel de la mort de Louis XIV, suggérant une calciphylaxie liée à une insuffisance rénale chronique plutôt qu'une gangrène à la jambe gauche, basée sur l'analyse des symptômes historiques et des vestiges médicaux du roi.
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Pendant plus de trois siècles, la mort de Louis XIV a été attribuée à une gangrène fulgurante à la jambe gauche. Cette explication était acceptée par les historiens et les médecins, malgré des symptômes jugés atypiques par certains spécialistes modernes.
Le roi est mort, vive le roi ! Et oui, déjà 311 ans que le Roi Soleil a tiré sa révérence le 1er septembre 1715. Si l’Histoire a largement tourné la page, la fin du plus célèbre des monarques français continue pourtant de hanter certains esprits. Il faut dire que le personnage intrigue toujours autant. Et pour cause : le diagnostic de sa mort pourrait être… un faux. Pendant plus de trois siècles, les manuels d’histoire et la médecine se sont accordés sur une gangrène fulgurante à la jambe gauche comme cause du décès. Aujourd’hui, de nouveaux éléments scientifiques viennent mettre à mal cette hypothèse. Et si le monarque avait en réalité été terrassé par ses propres reins ?
A l’approche de la date anniversaire de sa disparition, une étude publiée dans la revue BMC Nephrology vient bousculer le diagnostic officiel. Stanislas Bataille, néphrologue à la clinique Bouchard (Elsan) à Marseille, et le célèbre anthropologue et paléopathologiste, Philippe Charlier ont rouvert le dossier médical du roi pour proposer une relecture moderne de ses derniers jours.
Cachez cette calciphylaxie que je ne saurais voir
L’histoire commence de façon presque banale, loin des laboratoires. « En écoutant un podcast de Lorànt Deutsch sur la mort de Louis XIV avec Philippe Charlier, la façon dont les symptômes étaient décrits ne me paraissait pas typique d’une gangrène classique », raconte à 20 Minutes, le docteur Stanislas Bataille. Intrigué, le spécialiste replonge dans les archives médicales de la Cour et s’oriente vers une tout autre piste : la calciphylaxie.
Derrière ce terme technique se cache une complication rare et grave de l’insuffisance rénale chronique. Elle provoque des lésions de nécrose cutanée qui ressemblent à s’y méprendre à de la gangrène. « La gangrène classique est liée à des artères qui se bouchent. La calciphylaxie, elle, survient chez des patients dont les reins sont très abîmés. Mais sur le terrain, l’illusion est parfaite : les plaies s’infectent et le patient finit par succomber d’une septicémie », détaille le néphrologue.
Louis XIV, le roi de la mauvaise santé
L’hypothèse médicale se confirme en se penchant sur le style de vie du souverain. En relisant le duc de Saint-Simon et les témoins de l’époque, Stanislas Bataille et Philippe Charlier constatent que Louis XIV accumulait les red flags médicaux : obésité marquée et diabète très probable. « Il buvait et urinait énormément, ce qu’on appelle un syndrome polyuro-polydipsique, typique du diabète », souligne le médecin. Pour confirmer le diagnostic, Philippe Charlier a analysé le cœur conservé du roi. Résultat : les valves cardiaques présentaient d’importantes calcifications, une signature typique des atteintes rénales graves.
Mais comment les plus grands médecins de France de l’époque ont-ils pu passer à côté du vrai problème ? Tout simplement parce qu’au XVIIIe siècle, l’insuffisance rénale n’existait pas dans la médecine. « À l’époque, on était en plein dans les médecins de Molière ! La notion même de maladie rénale n’est apparue qu’au XIXe siècle », rappelle Stanislas Bataille. À cela s’ajoute la nature même de l’organe. Les reins filtrent les déchets du corps, mais quand ils souffrent, ils restent silencieux. Les symptômes d’alerte, comme les nausées, la fatigue écrasante ou encore la perte d’appétit, sont tellement vagues qu’on les attribuait à l’époque à n’importe quelle autre maladie. Sans compter que les prises de sang permettant de doser la créatinine n’ont été généralisées qu’au début du XXe siècle.
Le Roi Soleil aurait dû manger méditerranéen
Faire l’autopsie d’un roi mort il y a trois siècles dépasse donc la simple curiosité historique : c’est l’occasion idéale de mettre en lumière un enjeu de santé publique actuel. Aujourd’hui encore, les maladies rénales restent sous-diagnostiquées. Rien qu’en France, près de trois millions de personnes souffrent d’insuffisance rénale chronique, bien souvent sans avoir le moindre doute. Actuellement neuvième cause de mortalité dans le monde, la maladie pourrait se hisser au cinquième rang d’ici 2040 sous l’effet de la sédentarité, de la malbouffe et des excès de sel, selon le spécialiste.
Mais comment s’en prévenir pour ne pas finir comme Louis XIV ? « Boire des litres d’eau pour "rincer ses reins" ou traquer les urines claires ne protège pas du tout l’organe, c’est une idée reçue qu’il faut enrayer, prévient le docteur Bataille. La vraie protection repose sur une bonne hygiène de vie : adopter le régime méditerranéen – pauvre en sel, riche en légumes et en huile d’olive –, bouger au quotidien et surveiller son poids. »
Le piège de cette pathologie reste son absence de symptôme au début. Pour les personnes à risque, le réflexe est pourtant très simple : demander lors d’un bilan de routine une prise de sang pour surveiller la créatinine et une analyse d’urine pour vérifier qu’aucune protéine ne s’échappe. Deux examens de base dont Louis XIV n’a jamais pu bénéficier, mais qui sauvent des milliers de vies aujourd’hui.
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De nouvelles analyses médicales sur les vestiges de Louis XIV seront entreprises pour tester l'hypothèse de l'insuffisance rénale.
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