Le monde va dépasser le seuil de 1,5°C de réchauffement climatique, selon l'ONU
Le Programme des Nations unies pour l'environnement appelle à gérer ce dépassement inévitable tout en visant un retour sous ce seuil d'ici 2100.
Quick Look
- Le PNUE confirme que le monde dépassera le seuil de 1,5°C de réchauffement.
- L'organisation appelle à une réduction drastique des émissions et à des technologies d'émissions négatives pour tenter de repasser sous ce seuil d'ici 2100.
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Why It Matters
L'accord de Paris de 2015 visait à limiter le réchauffement à 1,5°C. La planète a déjà subi une hausse d'environ 1,4°C depuis l'ère préindustrielle.
Le constat est désormais assumé par les Nations unies : le monde va dépasser le seuil de 1,5°C de réchauffement climatique par rapport à l'ère préindustrielle, objectif le plus ambitieux fixé par l'accord de Paris en 2015. Dans un rapport publié mercredi 2 septembre, le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) ne cherche donc plus seulement à empêcher ce franchissement, mais à déterminer comment en limiter l'ampleur et la durée, une fois ce niveau dépassé. "Le défi n'est plus d'éviter le dépassement, mais de le gérer", résume l'organisation.
La planète s'est déjà réchauffée d'environ 1,4°C par rapport à la période 1850-1900. Si le seuil de 1,5°C a été dépassé sur une année pour la première fois en 2024, l'objectif de l'accord de Paris s'apprécie sur une période plus longue. Or, selon le Pnue, ce franchissement durable devrait intervenir d'ici à 2030. Cela ne signifie pas que la limite de 1,5°C perd son importance. Plus elle sera dépassée, plus les conséquences seront graves : vagues de chaleur extrêmes, fonte des glaciers, montée des eaux ou encore risques accrus pour la santé et l'alimentation. "Il n'y aura aucune issue favorable si nous restons au-dessus de 1,5°C", prévient Inger Andersen, directrice exécutive du Pnue.
Redescendre sous le seuil de 1,5°C d'ici 2100, un objectif incertain
Le Pnue dessine une nouvelle trajectoire : un dépassement de 1,5°C, suivi d'un pic de réchauffement, puis d'une diminution progressive des températures afin de tenter de repasser sous ce seuil avant 2100. Une voie qualifiée de "théorique" et "incertaine" par les auteurs du rapport.
Pour y parvenir, la priorité reste de réduire immédiatement et drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. Le rapport préconise notamment de diminuer l'utilisation du charbon, du pétrole et du gaz, de réduire les émissions de méthane et d'accélérer le développement des énergies renouvelables. Plus le pic de réchauffement sera élevé et prolongé, plus le retour sous 1,5°C sera difficile.
Viser un futur à "émissions négatives" de CO2
Atteindre la neutralité carbone, c'est-à-dire parvenir à un équilibre entre les émissions de CO2 et les quantités retirées de l'atmosphère, permettrait d'abord de stopper la hausse des températures et d'atteindre un pic de réchauffement. Mais pour faire ensuite redescendre le thermomètre mondial et espérer revenir sous 1,5°C, le Pnue estime qu'il faudra aller plus loin : l'humanité devra retirer de l'atmosphère davantage de CO2 qu'elle n'en émet. Le "zéro émission nette" ne serait donc plus un aboutissement, mais une étape vers un futur à "émissions négatives". Il faudra parallèlement continuer à réduire les émissions résiduelles des secteurs les plus difficiles à décarboner, notamment l'agriculture et les déchets.
Pour retirer ce CO2 de l'atmosphère, le rapport mise d'abord sur des solutions naturelles, comme la plantation d'arbres ou la restauration d'écosystèmes capables de stocker du carbone. Mais les volumes nécessaires imposeraient également de recourir à des procédés technologiques, notamment la capture directe du CO2 dans l'air par des procédés physico-chimiques, ou la bioénergie avec captage et stockage du carbone, qui consiste à produire de l'énergie à partir de biomasse tout en capturant le CO2 généré. Ces technologies sont toutefois encore peu développées et leur capacité à fonctionner durablement à très grande échelle reste incertaine. Même massivement déployée, l'élimination du carbone ne permettrait, selon le Pnue, de réduire le réchauffement que de quelques dixièmes de degré au cours du siècle.
Des conséquences déjà irréversibles
Même si le réchauffement finissait par repasser sous 1,5°C, cela ne permettrait pas d'effacer les dégâts provoqués entre-temps. Le Pnue cite notamment les extinctions d'espèces ou le déplacement de populations vulnérables parmi les conséquences susceptibles d'être irréversibles. "La lutte pour limiter le réchauffement à 1,5°C, c'est la lutte pour l'humanité", a insisté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterrez.
L'enjeu ne sera donc pas seulement de faire redescendre les températures : l'adaptation aux effets du changement climatique devra être renforcée parallèlement à la réduction des émissions. "Nous devons désormais repenser notre gouvernance climatique pour faire face à une trajectoire de dépassement. Aucun de nos plans n'est préparé à cela", a souligné la climatologue Debra Roberts, coautrice du rapport pour les Nations unies.
Ce nouveau scénario inquiète aussi certaines ONG, qui craignent que l'acceptation d'un dépassement annoncé ne conduise à relâcher les efforts. "C'est un moment déchirant, mais ce dépassement n'est pas une raison pour baisser les bras et renoncer à l'objectif de 1,5°C", insiste Jasper Inventor, directeur adjoint de programme chez Greenpeace International.
Open Questions
- Quelle est la faisabilité réelle des technologies de capture de carbone ?
- Comment financer l'adaptation climatique dans les pays vulnérables ?






