
Le sommet a gagné 1,88 mètre en trois ans, mais les glaciologues alertent sur la fonte rapide des glaciers alpins due au réchauffement climatique.
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Depuis 1850, les glaciers alpins ont perdu 70% de leur surface. Le mont Blanc est mesuré périodiquement par des géomètres-experts.
Le mont Blanc, le sommet de l'Europe occidentale dans les Alpes, a été mesuré en septembre 2026 à 4 807,47 m, soit 1,88 mètre de plus que lors de la précédente mesure communiquée en 2023, ont annoncé mercredi 14 octobre des géomètres-experts français. Cette hausse ne représente pas forcément une bonne nouvelle pour la lutte contre le réchauffement climatique en haute montagne selon le glaciologue et géomorphologue Jean-Bapstise Bosson.
franceinfo : Est-ce que ces variations de quelques centimètres ou de quelques mètres servent à donner un indicateur de l'état du mont Blanc ou ce n'est pas quelque chose que vous, glaciologues, vous scrutez particulièrement ?
Jean-Baptiste Bosson : Non, ce n'est pas fondamental puisque c'est le sommet du mont Blanc qui varie. Ce que les glaciologues mesurent, c'est surtout l'épaisseur de la glace et la hauteur de glace dans les parties avales, là où on a soit de la cumulation, soit de la fonte. Malheureusement cette année on a des vitesses de fonte astronomiques.
Donc le fait que le mont Blanc gagne deux mètres quasiment en trois ans, ça ne veut pas dire qu'il va mieux et qu'il souffre moins du dérèglement climatique ?
Très localement, ça veut dire que le sommet du mont Blanc ne souffre pas pour l'instant, et tant mieux. En revanche, du sommet du mont Blanc, par le Glacier des Bossons, qui est l'un des plus grands glaciers alpins fond à une vitesse vertigineuse. Donc évidemment, à 4 800 mètres où il fait très froid et humide toute l'année, on a de la neige et de la glace qui se forment et qui varient peu. Et tant mieux que ce soit dans le bon sens. Tout le reste du système glaciaire est profondément impacté par le dérèglement climatique et fond beaucoup trop vite.
Et c'est inquiétant ?
C'est plus qu'inquiétant, on ne sait plus comment alarmer sur la situation des glaciers alpins. Depuis le petit âge glaciaire, depuis la dernière période fraîche naturelle, à peu près 1850, donc le début de l'ère industrielle, les glaciers alpins ont perdu 70% de leur surface. On a déjà perdu plus que deux tiers. On a cette année des records de fonte dans le massif du mont Blanc ou ailleurs, proches des records de fonte de 2022. C'est une vitesse énorme.
"On a juste vécu l'été le plus chaud jamais enregistré dans l'Ouest occidental depuis plus de 150 ans. Et donc la conséquence pour les glaciers, c'est qu'ils fondent beaucoup trop vite, et c'est extraordinairement inquiétant."
Jean-Bapstise Bosson, glaciologue et géomorphologue
Rappelez-nous les conséquences de cette fonte de la glace. Cela augmente les dangers en montagne avec notamment davantage de chutes de pierres ?
Oui, il y a de ça, mais en même temps, il y a des nouveaux écosystèmes qui naissent et qui ont une grande valeur écologique. Il y a un vrai changement en haute montagne des écosystèmes. On perd le blanc des glaciers et puis on en gagne d'autres. Parfois, il y a plus de dangers naturels, mais pas tout le temps et pas partout. Loin de là. Je pense qu'il ne faut pas faire de grandes généralités.
Ça ressemble à quoi ces nouveaux écosystèmes ?
À défaut de ces pauvres glaciers qui sont en train de disparaître, on a au tout début de l'histoire des surfaces très minérales, c'est des cailloux qui s'accumulent, et puis très vite arrive la végétation. Nous, on étudie notamment des forêts primaires qui sont en train de naître du retrait glaciaire dans les Alpes. Et puis il y a des lacs, des nouvelles zones humides, des nouvelles rivières, donc c'est aussi l'eau du futur. On perd le château d'eau extraordinaire qu'est le glacier en haut des montagnes, mais à défaut de ça, on va avoir des zones humides, des sols en bonne santé. Si on les préserve, on peut un petit peu supporter l'habitabilité du territoire.
Vous avez déjà acté le changement de ces écosystèmes. Mais vous alertez déjà sur le fait qu'il va falloir préserver ce qui est en train de se créer, c'est ça ?
Regardez, Donald Trump veut s'accaparer une partie du Groenland pour faire l'extraction minière et pétrolière. On perd les glaciers, ce qui est catastrophique pour le fonctionnement de la planète et de l'habitabilité de la planète. On va avoir le niveau marin qui va augmenter, un climat beaucoup plus chaud et une planète difficilement habitable pour les humains. Et à côté de ça, des gens arrivent dans les territoires abandonnés par les glaciers et disent qu'on va faire de l'hypercapitalisme extractiviste à la place avec des mines et des domaines skiables. On est vraiment dans cette course contre-la-montre.
C'est le cas aussi en France ?
Aujourd'hui, l'État français s'est engagé à protéger l'intégralité de ces glaciers et de ces écosystèmes post-glaciaires. Mais il y a quand même des enjeux en Europe, en France, dans les Alpes, sur les barrages, sur les domaines skiables qui essaient de se développer, qui détruisent parfois des écosystèmes, sur des pratiques touristiques qui ne sont pas durables. Pour l'instant, on n'a pas de mines, mais ça peut arriver.
Par exemple en Autriche, on a des installations de parcs solaires ou de parcs éoliens dans ces zones qui ne sont pas bonnes pour la protection de la nature. Ce sont les écosystèmes les plus sauvages d'Europe, cette haute montagne glaciaire et post-glaciaire. Donc ce n'est pas du tout anodin d'en prendre soin et de laisser vraiment cette nature évoluer et nous donner des solutions face à la crise de l'eau, face à la crise du climat et de l'habitabilité des territoires à venir.

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