Le port de l’abaya à l’école : une polémique relancée par La France insoumise
Mathilde Panot promet l'abrogation de l'interdiction de l'abaya en cas de victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027, suscitant de vives réactions politiques.
Quick Look
- La présidente du groupe LFI, Mathilde Panot, a annoncé vouloir abroger l'interdiction de l'abaya à l'école en 2027.
- Cette prise de position ravive le débat sur la nature religieuse de ce vêtement, déjà validée par le Conseil d'État en 2023.
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Why It Matters
L'interdiction de l'abaya à l'école a été instaurée par Gabriel Attal en 2023, s'appuyant sur la loi sur la laïcité de 2004. Le Conseil d'État a validé cette mesure, jugeant le vêtement utilisé à des fins d'affirmation religieuse.
C’est une polémique de 2023 qui a refait surface ces derniers jours dans le débat public : le port de l’abaya. A l’époque, Gabriel Attal, alors ministre de l’Education, estime que ce vêtement est un symbole religieux ostentatoire et interdit donc de le porter dans les écoles, conformément à la loi sur la laïcité de 2004.
Trois ans après cette interdiction, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a remis le sujet sur la table. Invitée du Grand oral de BFMTV - Le Figaro, l’insoumise a promis que cette mesure serait abrogée en cas de victoire de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 2027. Pour elle, l’interdiction du port de l’abaya à l’école est « absurde » : « Deux jeunes filles arrivaient avec exactement la même robe achetée au même endroit. L’une avait l’air arabe, du coup, on lui interdisait l’entrée. L’autre n’avait pas l’air arabe, on lui permettait l’entrée », a-t-elle fustigé.
Une prise de position qui n’a pas manqué de faire réagir au Rassemblement national. Sur son compte X, la candidate du RN, Marine Le Pen, a accusé Jean-Luc Mélenchon, ainsi que la France insoumise, d’être « devenus les sous-traitants de l’idéologie islamiste ».
Un symbole religieux ?
L’enjeu est ici de chercher à savoir si l’abaya est bel et bien un symbole religieux. En 2023, le Conseil d’Etat a statué que l’interdiction du port de l’abaya dans les écoles était bien conforme à la loi, estimant que certains élèves l’utilisaient « dans une logique d’affirmation religieuse ». Pourtant, le Conseil français du culte musulman « rappelle que l’abaya n’a jamais été un vêtement ou une prescription religieuse ».
Concrètement, l’abaya est un vêtement large, qui couvre le corps du col jusqu’aux chevilles, et dont les manches sont longues et larges. En bref, une robe ample et longue. Les premiers vêtements de ce type auraient d’ailleurs vu le jour il y a plus de 4.000 ans, en Mésopotamie. Bien avant, donc, l’arrivée de l’islam, établie aux alentours du VIIe siècle. Par ailleurs, aucun verset du Coran ne fait référence à ce vêtement en particulier.
L’Etat peut-il trancher ?
« Il n’y a pas de texte canonique » qui définit si c’est un symbole religieux, explique Sophie Gherardi, fondatrice du Centre d’étude du fait religieux contemporain (Cefrelco). Pour elle, la vision de l’abaya par la société française découle en partie d’une « confusion avec des traditions arabes », puisque « en France, la plupart des musulmans sont originaires de pays arabes ». Or, même titre que le kimono ou le boubou, l’abaya « est un vêtement traditionnel ». « Il peut être utilisé pour signaler : 'je suis une femme modeste, je ne montre pas mon corps' », estime-t-elle.
Sophie Gherardi rappelle qu’il est surtout « extrêmement difficile de prouver » qu’un vêtement est religieux ou non. D’autant que les pratiques ne cessent d’évoluer. Elle cite notamment Aristide Briand, qui, au moment du vote de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, s’était opposé à l’interdiction de la soutane dans l’espace public, estimant que les vêtements considérés comme religieux étaient un débat sans fin. « La soutane une fois supprimée, […] l’ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau, qui ne serait plus la soutane, mais se différencierait encore assez du veston et de la redingote pour permettre au passant de distinguer au premier coup d’œil un prêtre de tout autre citoyen », avait alors déclaré le député socialiste.
« Comme on a interdit le voile à l’école, c’est l’abaya qui sert aujourd’hui à justifier d’une foi démonstrative de la part des élèves », résume Sophie Gherardi. Et même si « on peut supposer que les gens qui portent une abaya y voient un symbole religieux », elle précise que c’est une conception française de l’habit religieux : « contrairement à d’autres pays, l’affichage religieux est assez mal vu » car considéré comme politique : « on a tendance à voir un militant, là où au Royaume-Uni, par exemple, on verra un croyant ».
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Abrogation de l'interdiction de l'abaya en cas de victoire de LFI en 2027.
Speculative · Within years
Open Questions
- Comment LFI compte-t-elle concilier cette abrogation avec la loi de 2004 ?
- Quelle sera la réaction juridique si une telle mesure est proposée ?



