
Après que Donald Trump ait décrété le renommage unilatéral du lac Ontario en « lac Amérique », Pierre Jaillard, président de la commission nationale de toponymie, explique à franceinfo que seul l'usage et les autorités nationales déterminent les noms géographiques en France, rendant une telle décision impossible sans reconnaissance internationale et procédure légale.
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Le lac Ontario, situé entre les États-Unis et le Canada, a été renommé unilatéralement par Donald Trump en « lac Amérique » par décret présidentiel. En France, les noms géographiques sont déterminés par l'usage et officialisés par l'IGN, avec une procédure communale possible depuis 2017 pour les lieux-dits et voies.
Pour Donald Trump, le lac Ontario s'appelle désormais le "lac Amérique". Par décret, le président américain a pris la décision unilatérale de renommer le lac frontalier entre les Etats-Unis et le Canada, jeudi 27 août. Une telle situation pourrait-elle se produire en France ? Quelles instances choisissent les noms de nos lacs, rues, massifs et selon quels critères ? Le président de la commission nationale de toponymie (CNT) et du groupe d'experts des Nations-Unies pour les noms géographiques, Pierre Jaillard, répond aux questions de franceinfo.
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franceinfo : Est-ce qu'on peut imaginer qu'en France un lac ou un lieu soit renommé sur décision du président de la République ?
Pierre Jaillard : Ça ne s'est jamais vu pour l'instant et ça ne correspond pas aux procédures établies. Maintenant, comme aux Etats-Unis, une décision politique est possible. On ne peut pas présumer de tout ce qui peut se faire, mais il s'agirait de l'exercice d'une sorte de pouvoir symbolique. Les autorités françaises ne s'engagent habituellement pas dans ce genre de dispositions. En tout état de cause, les autorités françaises n'ont compétence que sur le territoire français et auprès des Français.
"Si demain le président de la République décidait de renommer les Alpes en "montagne France", les Suisses et les Italiens du Val d'Aoste n'auraient aucune raison de reconnaitre ce changement de nom."
Pierre Jaillard
à franceinfo
Ensuite, c'est l'usage qui pourrait éventuellement, avec un certain délai, faire entériner ce changement de nom, ici en France. Inutile de dire que la probabilité reste faible. De la même manière, aux Etats-Unis, le changement de nom du lac Ontario décidé par Donald Trump n'a qu'une portée symbolique et ne vaut pas reconnaissance par le pays frontalier qu'est le Canada. Il existe aussi certains territoires, notamment des îlots, qui pour des raisons historiques, sont appelés différemment par deux pays concurrents qui revendiquent leur souveraineté.
Quelle est la procédure d'attribution d'un nom à un lac en France ?
Depuis le 18e siècle et la carte de Cassini, en France, les noms des lacs, comme ceux des rues, des communes et des lieux-dits, découlent de l'usage. Ils sont ensuite constatés, répertoriés et ainsi officialisés par l'institut national de l'information géographique (IGN) sur les cartes officielles. En 2017, une nouvelle procédure a été établie pour permettre aux communes de changer le nom des voies et lieux-dits de leur commune, par décret. Un petit lac qui constitue un lieu-dit pourrait ainsi voir son nom changer par une commune par le conseil municipal. Mais la plupart des noms géographiques sont antérieurs à cette réglementation.
"Sur les près de 8 millions de noms de lieux en France, 99,9% découlent de l'usage."
Pierre Jaillard
à franceinfo
Pour ce qui est de la cartographie privée, celle de Google Maps par exemple, il y a des contacts au niveau international et au niveau national avec les responsables de l'application pour leur fournir une cartographie et une toponymie officielle aussi précise que possible et fidèle aux évolutions.
Existe-t-il des règles ou des critères ?
Le conseil municipal a compétence mais cette compétence n'est pas absolue, elle est encadrée par un certain nombre de règles. D'abord, la partie générique (rue, avenue, boulevard…) doit être exprimée en Français. Ça n'empêche pas que la partie spécifique peut être exprimée en langue régionale. Ensuite, les pouvoirs de police du maire interdisent l'usage de noms qui seraient contraires à l'ordre public ou aux bonnes mœurs. On n'imagine pas qu'une rue soit renommée du nom d'Adolf Hitler. Enfin, un des grands principes du groupe d'experts des Nations unies pour les noms géographiques est d'éviter les changements inutiles. Pour cette raison-là, les noms commémoratifs ne sont pas conseillés parce qu'ils sont souvent liés à une couleur politique et, par définition, ils sont plus susceptibles d'être modifiés lors des alternances municipales.
"Il vaut mieux avoir des noms qui ont un rapport direct avec la topographie locale, avec des éléments locaux significatifs et durables."
Pierre Jaillard
à franceinfo
La CNT est régulièrement consultée par des autorités locales, des collectivités ou encore des particuliers pour émettre un avis sur une toponymie spécifique. Les avis de la commission sont publics, sauf cas très particulier où une consultation serait faite sous le sceau du secret.
Que se passerait-il si un pays étranger décidait de renommer unilatéralement un lac, une rue ou un lieu-dit français ?
Seules les autorités souveraines peuvent donner un nom toponymique sur leur territoire. Un pays étranger ne peut pas nommer un lac français. En revanche, ils peuvent adopter un exonyme, c'est-à-dire un nom qui leur est propre pour nommer ce lac, cette ville, ce lieu. Par exemple, Pékin ou Londres sont les exonymes français pour les villes de Beijing et de London. Là, le choix de l'exonyme appartient au pays dans lequel le nom sera employé. Il peut être parfois très différent du nom local.

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