Le Trésor américain intensifie ses rachats d'obligations face à la hausse des taux
Washington porte à 6 milliards de dollars le montant de ses rachats d'obligations à long terme pour stabiliser le marché obligataire, malgré une dette dépassant les 40 000 milliards.
Quick Look
- Le Trésor américain, dirigé par Scott Bessent, augmente ses rachats d'obligations à long terme à 6 milliards de dollars par opération pour soutenir la liquidité.
- Malgré ces efforts, les taux à 10 ans continuent de grimper, atteignant 4,85 %.
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Why It Matters
Le Trésor américain a relancé en mai 2024 un programme de rachat d'obligations pour soutenir la liquidité du marché. La dette fédérale américaine dépasse désormais les 40 000 milliards de dollars.
La légende raconte que Canut le Grand a un jour ordonné à la marée de reculer. Il voulait prouver à ses courtisans qu’un roi ne commande pas à l’océan. Pourtant, la marée n’a pas obéi. Ce jeudi 10 septembre, le Trésor américain rejoue une version budgétaire de la scène. Jusqu’à 6 milliards de dollars d’obligations à long terme sont rachetées en une seule opération. L’objectif : faire refluer des taux qui grimpent depuis des mois. La dette fédérale a déjà franchi les 40 000 milliards de dollars. Washington sort donc le chéquier pour rassurer ses créanciers.
Bessent triple la mise sur le rachat d’obligations d’État
L’opération de jeudi cible les titres arrivant à échéance dans 10 à 20 ans. C’est l’un des deux segments visés par le programme de soutien à la liquidité. Il est piloté par le secrétaire au Trésor, Scott Bessent. Or, trois semaines plus tôt à peine, Washington avait déjà doublé le plafond de ces rachats. Il était passé de 2 à 4 milliards par opération, jusqu’au 4 novembre. Cette fois, le montant grimpe encore, à 6 milliards de dollars, soit le triple du niveau qui prévalait cet été.
Racheter sa propre dette n’a rien de nouveau pour Washington. En effet, le Trésor l’avait déjà fait entre 2000 et 2002, sous l’administration Clinton. Il avait alors épongé près de 67,5 milliards de dollars d’obligations à coupon élevé. Mais le budget fédéral affichait alors un excédent. Par conséquent, l’opération remboursait la dette par anticipation.
Rien de tel aujourd’hui. Or, relancé en mai 2024, le programme tourne en pleine ère de déficits qui se comptent en milliers de milliards. Il retire désormais du marché les vieilles obligations à faible coupon, émises quand les taux frôlaient zéro. Ces titres ne trouvent plus preneur à leur valeur faciale.
Le calcul est simple sur le papier. Concrètement, en absorbant les obligations les moins liquides, celles que le marché appelle « off-the-run », le Trésor vise un objectif précis. Redonner de l’air à un marché obligataire à bout de souffle.
Sur le mois de septembre entier, l’enveloppe totale des rachats dépasserait 34 milliards de dollars. Une somme qui semble énorme. Pourtant, la dette fédérale frôle déjà 40 000 milliards de dollars, et les nouvelles émissions annuelles avoisinent 2 000 milliards. Face à ces chiffres, ce rachat pèse à peine plus qu’une goutte d’eau.
Les taux à 10 ans snobent le geste du Trésor
Le marché n’a pas applaudi. En effet, au lendemain de l’annonce, le rendement à 10 ans a grimpé à 4,85 %. C’est son plus haut niveau depuis novembre 2023. Les actions ont prolongé leurs pertes. Les obligations aussi.
Le taux à 10 ans n’intéresse pas que les financiers. Il sert de référence aux crédits immobiliers et aux emprunts des entreprises sur les marchés. L’État lui-même n’y échappe pas, contraint d’emprunter toujours plus pour couvrir son déficit à mesure que ce taux grimpe.
Pas franchement le scénario espéré par Scott Bessent. L’épisode rappelle furieusement celui du mois d’août. Le doublement à 4 milliards avait fait retomber les taux longs de quelques points de base. Mais ils avaient vite repris leur ascension.
Chez Natixis, l’analyste John Briggs résumait la logique à l’époque : « Si les taux montent trop, le Trésor cherchera à contrer le mouvement, et on sait désormais où se situent certains points de douleur. » Peter Boockvar tempérait déjà l’enthousiasme : ce rachat ne réduit en rien la dette, il réaménage seulement son calendrier de maturités.
D’ailleurs, le déficit ne se négocie pas avec un chèque de 6 milliards de dollars. Ni l’appétit des acheteurs étrangers. Ni la prime de terme, cette rémunération exigée par les créanciers pour immobiliser leur capital sur de longues échéances.
Bitcoin renifle la liquidité et s’en frotte les mains
Si vous avez suivi l’épisode d’août, la suite ne vous surprendra pas. Le 19 août, le Trésor avait dévoilé le doublement à 4 milliards. En 24 heures, 1,71 milliard de dollars de positions courtes avaient sauté, dont près de 900 millions sur Bitcoin seul. Le cours avait bondi à 69 500 dollars, porté par un short squeeze. Résultat : ce rachat forcé de positions vendeuses à découvert accélère mécaniquement la hausse.
La mécanique n’a rien de mystérieux. Plus l’État injecte de liquidité pour tenir son marché obligataire, plus les traders y voient un signal accommodant. Ce signal favorise les actifs à offre limitée. D’ailleurs, Bitcoin coche cette case-là depuis toujours, avec un plafond fixé une fois pour toutes à 21 millions d’unités.
Ce jeudi, la cryptomonnaie évolue autour de 78 200 dollars, loin de l’euphorie du mois d’août. Elle reste toutefois sur ses gardes face à chaque nouvel épisode de la saga obligataire. Le raisonnement séduit. Il n’est toutefois pas garanti. Un short squeeze ponctuel ne fait pas une tendance de fond. La corrélation entre rachats du Trésor et prix du Bitcoin reste un pari sur le sentiment, plus qu’une équation mécanique.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Poursuite des rachats d'obligations jusqu'au 4 novembre.
Very likely · Within months
Open Questions
- Quelle sera l'efficacité réelle des rachats à long terme ?
- Comment le marché réagira-t-il après le 4 novembre ?







