Les Suisses rejettent massivement l'initiative visant à durcir la neutralité
Quick Look
- Les électeurs suisses ont rejeté dimanche à 70,1% une initiative populaire visant à inscrire une neutralité renforcée dans la Constitution fédérale, portée par la droite nationaliste et qualifiée de prorusse par ses opposants.
- Le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis a salué le résultat, affirmant que la neutralité suisse demeure inchangée et doit s'adapter aux circonstances.
- Dans le canton de Genève, les votants ont également approuvé à 58,5% la gratuité de la contraception, une première suisse.
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Why It Matters
La neutralité suisse est inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1848. Son application a été débattue après l'adoption par la Suisse des sanctions de l'Union européenne contre Moscou suivant l'invasion russe en Ukraine, ainsi que lors de son mandat de membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU en 2023 et 2024.
Sans surprise, les Suisses ont balayé dimanche, à 70,1%, une initiative populaire visant à durcir la neutralité du pays, un texte porté par la droite nationaliste et qualifié de prorusse par ses opposants, selon les résultats finaux. «Ce résultat n'est pas un vote contre la neutralité. La Suisse était neutre hier, elle est neutre aujourd'hui et elle le restera aussi à l'avenir», a assuré le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, lors de la présentation des résultats aux journalistes à Berne.
Comme régulièrement en Suisse, les électeurs étaient appelés à se prononcer dimanche sur plusieurs objets soumis au vote. Dans le canton de Genève, les électeurs ont notamment accepté, à près de 58,5%, la gratuité de la contraception, une première pour un canton suisse.
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L'initiative sur la neutralité voulait, elle, inscrire dans la Constitution fédérale une neutralité renforcée, excluant toute alliance avec une organisation militaire, sauf en cas d'attaque ou de préparatifs d'attaque contre la Suisse, ainsi que toute reprise de sanctions économiques contre un pays tiers, à l'exception de celles décidées par l'ONU.
La neutralité inscrite dans la Constitution
Fervent opposant à l'initiative, Ignazio Cassis a expliqué que la neutralité doit en revanche «pouvoir s'adapter aux circonstances» car elle «doit servir à préserver la sécurité et l'indépendance de notre pays et à éviter que la Suisse ne soit entraînée dans une guerre».
Ancrée dans l'histoire helvétique depuis plusieurs siècles, la neutralité de la Suisse est inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1848, le pays alpin s'abstenant ainsi de prendre parti dans les guerres entre États tiers.
Mais l'adoption par la Suisse des sanctions de l'Union européenne contre Moscou après l'invasion russe en Ukraine, ainsi que son premier mandat de membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, en 2023 et 2024, ont placé la question de la neutralité helvétique au cœur des débats politiques et médiatiques.
Les partisans d'une neutralité flexible défendent la possibilité pour la Confédération d'adapter sa politique aux circonstances. C'est cette logique qui a notamment conduit la Suisse à collaborer avec l'Otan, sans en être membre. «Être neutre ne signifie ni être indifférent, ni se tenir à l'écart», a relevé Ignazio Cassis dimanche.
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«Pour ou contre Poutine»
À l'inverse, l'organisation souverainiste Pro Suisse à l'origine de l'initiative défend, avec le soutien de l'Union démocratique du centre (UDC), parti de droite nationaliste et première force politique du pays, une conception plus rigoriste de la neutralité. Parmi les principaux partis, seule l'UDC la soutenait. Mais l'initiative avait reçu le soutien d'une partie de la gauche radicale mais aussi d'anciens diplomates et d'experts en politique étrangère qui appelaient à préserver le rôle historique de la Suisse comme médiateur impartial et éviter que des sanctions économiques ne gâchent sa réputation.
Cette initiative, «on en a fait une campagne pour ou contre Poutine, ce qui n'était évidemment pas du tout le sujet», a déploré dimanche Jean-Daniel Ruch, ancien diplomate suisse et cofondateur du Centre pour la neutralité à Genève, à la télévision suisse publique RTS. «Mais les problèmes restent. Notre crédibilité est toujours entamée dans le monde, notamment à cause de notre politique de deux poids deux mesures dans l'application des sanctions», a-t-il assuré. Moscou, qui accuse Berne d'avoir abandonné sa neutralité en s'alignant sur les sanctions de Bruxelles, avait salué l'initiative.
Après une campagne longtemps serrée, les derniers sondages avaient montré une nette opposition à l'initiative, en phase avec la position du gouvernement. Sans surprise également, les Suisses ont rejeté dimanche, à 72,5%, une autre initiative populaire visant à porter à 70% le taux d'autosuffisance alimentaire du pays en dix ans, contre 42% en 2024. Le gouvernement et les principaux partis avaient appelé à voter contre la proposition, jugeant son objectif irréaliste, à l'exception des Vert·e·s, qui n'avaient donné aucune consigne de vote.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Le gouvernement suisse continuera à appliquer une neutralité flexible, incluant la coopération avec l'OTAN sans adhésion et l'application sélective des sanctions internationales.
Likely · Within months
Open Questions
- Comment la Suisse va-t-elle concilier sa neutralité traditionnelle avec sa participation aux sanctions internationales ?
- Quel impact ce vote aura-t-il sur la perception internationale de la crédibilité suisse en matière de neutralité ?
- L'UDC continuera-t-elle à pousser pour une neutralité plus rigide malgré ce rejet massif ?




