
Le préfet de police interdit le parcours Bastille-Concorde et impose un itinéraire République-Nation ; 70 000 policiers et gendarmes mobilisés jeudi
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La manifestation du 5 novembre s'inscrit dans un appel national à la grève lancé par les principaux syndicats pour défendre les salaires et l'emploi. Le préfet de police Patrice Faure a justifié l'interdiction du parcours Bastille-Concorde par le contexte social tendu marqué par les émeutes urbaines du 17 octobre à Paris, où 855 personnes avaient été interpellées et plus d'une trentaine de magasins saccagés ou pillés. Parallèlement, les partenaires sociaux ont entamé une négociation sur l'emploi des jeunes, dans un contexte de taux de chômage des 15-24 ans à 21,6 % au deuxième trimestre.
Le tribunal administratif de Lyon a rejeté le recours déposé par l'intersyndicale contre la décision préfectorale modifiant le parcours de la manifestation.
Le cortège devait initialement s'élancer de la Manufacture des Tabacs pour rejoindre la place Bellecour. Les organisations syndicales estimaient pourtant «qu'il est nécessaire que le lieu d'arrivée de la manifestation laisse suffisamment d'espace pour assurer la dispersion du cortège», indiquaient-elles dans un communiqué publié mardi après-midi.
Dans un arrêté, le préfet a interdit les manifestations et rassemblements dans le périmètre du centre-ville, invoquant notamment les dégradations commises lors de précédentes mobilisations. Le 17 octobre, l'office de tourisme situé place Bellecour avait notamment été incendié.
Le tribunal administratif a validé mercredi le parcours alternatif proposé par la préfecture de police concernant la manifestation pour les salaires et la jeunesse jeudi à Paris entre les places de la République et de la Nation, contesté par les organisateurs. L'intersyndicale et les organisations lycéennes et étudiantes avaient initialement proposé un parcours allant de la place de la Bastille jusqu'à la place de la Concorde, non loin de l'Assemblée nationale.
La préfecture de police a interdit ce parcours mercredi, au motif que «cette manifestation intervient dans un contexte social extrêmement tendu marqué notamment par les émeutes urbaines survenues dans la capitale» le 17 octobre. L'intersyndicale, qui avait demandé l'annulation de cet arrêté, a été déboutée mercredi soir par la justice. «La proposition d'un itinéraire alternatif entre les places de la République et de la Nation (...) n'est ni inadaptée ni disproportionnée et ne porte pas davantage une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées», écrit le tribunal dans sa décision.
«En toute responsabilité nous allons appeler à rejoindre le parcours imposé par la préfecture de police», a réagi Vincent Gautheron, secrétaire général CGT Île-de-France, auprès de l'AFP. «Malheureusement, le droit à manifester est soumis aux forces de l'ordre disponibles», a-t-il déploré. Un peu plus tôt, le représentant CGT s'était étonné que la préfecture de police argumente son refus du parcours Bastille-Concorde pour des raisons sécuritaires en «imposant un parcours alternatif» qu'elle leur avait refusé «il y a quinze jours pour des raisons de sécurité».
«Dispositifs opérationnels robustes»
Le préfet de police Patrice Faure avait justifié cette interdiction dans son arrêté en mettant en avant «l'infiltration d'éléments violents et déterminés» ainsi que des risques de troubles à l'ordre public «dans un contexte national et international de menace très élevée». Pour la seule journée de mobilisation du 17 octobre, 855 personnes avaient été interpellées à Paris et plus d'une trentaine de magasins avaient été saccagés ou pillés.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux préfets et responsables de sécurité de prévoir des «dispositifs robustes» pour cette journée qu'il qualifie de «sensible», selon un télégramme consulté mardi par l'AFP. Il préconise la mise en place de «dispositifs opérationnels robustes, agiles et réactifs», dotés d'effectifs de police et de gendarmerie renforcés.
Quelque 70 000 policiers et gendarmes seront mobilisés jeudi en vue de l'appel national à la grève lancé par les principaux syndicats du pays pour défendre les salaires et l'emploi. Un dispositif identique à celui mis en place les 24 et 31 octobre.
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Deux manifestants ont porté plainte après avoir été violemment frappés par des individus cagoulés, alors qu'ils se rendaient sur un point de blocage à Brest, a indiqué mercredi leur avocat à l'AFP, évoquant un «mobile politique». «C'est une agression extrêmement violente qui a très clairement un mobile politique puisqu'ils ont été ciblés parce qu'ils participaient à une manifestation», a déclaré Me Thomas Lapierre.
L'une des deux victimes souffre d'une fracture ouverte de la main gauche et d'une commotion cérébrale ayant nécessité 16 points de suture. Il s'est vu prescrire 45 jours d'ITT (Incapacité totale de travail), selon le rapport médical consulté par l'AFP. «Il s'est fait casser la main parce qu'il s'est pris des coups de matraque en protégeant sa tête», a précisé Me Lapierre.
Âgé de 28 ans, le jeune homme, accompagné de deux autres personnes, se dirigeait le 24 octobre au petit matin vers un point de blocage lorsque le groupe a été pris à partie «par huit individus cagoulés, masqués, tous armés de matraques ou de bombes lacrymogènes», a-t-il expliqué à un correspondant de l'AFP. «Les coups de matraque ont plu et ça s'est arrêté quand j'ai cessé de faire du bruit», a-t-il raconté, en confiant avoir «eu peur de mourir».
«C'est au moment où les matraques sont sorties et qu'ils nous ont répété mille fois “tu vas en manif, tu vas en manif, tu vas en manif”, que j'ai compris que c'était une agression fasciste», a-t-il ajouté. «On s'apprête à aller manifester pacifiquement, et eux ils étaient armés, froids, prêts à en découdre. C'était aussi facile pour eux de faire ça que de taper dans un punching ball», a témoigné le jeune homme, prénommé Colin et qui ne souhaite pas donner son nom de famille. Une des personnes qui l'accompagnaient a été frappée d'un coup de matraque et l'autre a été aspergée de gaz lacrymogène.
Sollicité par l'AFP, le parquet de Brest n'avait pas réagi mercredi soir. «On attend une réponse. Ce n'est pas acceptable, on a l'impression que des milices se baladent à Brest», a commenté Me Lapierre. Le maire (divers droite) de Brest, Stéphane Roudaut, a condamné «avec la plus grande fermeté» ces agressions «attribuées à des membres de groupes d'extrême droite», dans un communiqué. «D'autres faits ont été portés à ma connaissance, dont des saluts nazis devant le Monument aux morts» et la présence de «groupuscules» en centre-ville, a-t-il ajouté.
Le parquet de Tours a annoncé mercredi avoir ouvert une enquête après la plainte d'un jeune tiktokeur qui dit avoir été blessé à l'œil par l'explosion d'une «grenade de désencerclement» lancée par la police samedi, lors de l'acte III de la mobilisation sociale.
«Une plainte a bien été reçue, le plaignant évoquant une blessure à l'œil, j'ai demandé l'ouverture d'une procédure pour des faits de violences sans ITT (incapacité totale de travail, ndlr) avec arme», a indiqué mercredi à l'AFP la procureure de la République adjointe de Tours, Delphine Amacher. «À ce stade, l'ITT n'est pas connue encore, l'institut médico-légal est requis», a-t-elle précisé.
Enzo Gimgembre, 22 ans, habitant de Tours qui se décrit comme tiktokeur, s'était rendu samedi à la manifestation «pour filmer», a-t-il déclaré à l'AFP. Jusqu'à ce qu'un «petit groupe de CRS» se détache et qu'une «grenade de désencerclement» soit lancée dans sa direction, explique-t-il dans le procès-verbal de sa plainte transmis à l'AFP, confirmant une information de la Nouvelle République. «Au moment où la grenade a explosé, je me suis écroulé», se souvient-il, touché par un «bout de caoutchouc noir à l'œil gauche».
Pris en charge par des street medics, il se rend ensuite seul à l'hôpital, l'œil rougi et gonflé. Le jeune homme a indiqué mercredi soir à l'AFP s'être vu reconnaître «10 jours d'ITT sous réserve d'évolution». Selon le certificat médical établi le jour même, son œil gauche «voit bouger la main à un mètre» attestant d'une perturbation de sa vision. Pris de vomissements et de difficultés pour respirer, le jeune homme passe ensuite «une des pires nuits de (sa) vie», a-t-il ajouté à l'AFP. «Je vois encore flou aujourd'hui et j'ai toujours mal, même si ça va mieux avec les cachets».
Le jeune homme déplore aussi avoir dû insister longuement, malgré les «intimidations», pour que les policiers prennent sa plainte lundi, après deux refus préalables. Il dit compter désormais sur les caméras de la ville pour obtenir justice. «Nous n'avons pas de commentaire à faire», a indiqué de son côté la préfecture de Tours mercredi à l'AFP.
Accès au premier emploi, parcours professionnel sécurisé, baisse du nombre de jeunes qui ne sont ni au travail ni en formation : en plein mouvement de colère des lycéens et étudiants, les partenaires sociaux ont jeté mercredi les bases d'une négociation sur l'emploi des jeunes. «C'était une séance constructive, plutôt responsable dans le moment politique dans lequel on est et dans ce temps de mobilisation lycéenne et étudiante», a estimé, après trois heures de discussion, Lydie Nicol, négociatrice pour la CFDT. Mais une séance également «sans naïveté», avec l'idée d'«irriguer la campagne» présidentielle sur la question de l'emploi des jeunes, selon elle. «On est déterminé à vite aboutir», a assuré à la presse Samuel Tual, du Medef.
Cette première séance, axée sur le cadrage et l'organisation, s'est tenue à la veille de la journée de grève et manifestations du 5 novembre à l'appel de la quasi-totalité des syndicats, rejoints par les organisations de jeunes. Une série de huit rencontres, dans les locaux de l'Unédic, a été décidée jusqu'au 2 mars. «L'objectif est un accord» à cette date, a expliqué Marie-Karine Tibi des Entrepreneurs (ex-CPME), avec des pistes «qui iront à tout le monde», selon Laurent Munerot de l'organisation patronale U2P. «Il va falloir sécuriser les jeunes et leur permettre d'accéder à un emploi dans de bonnes conditions et à des emplois de qualité», a insisté Agathe Le Berder, négociatrice pour la CGT.
Ce thème est le premier de l'agenda social autonome que syndicats et patronat ont voulu lancer, sans interférence du gouvernement, alors que les récents chiffres sont mauvais. Le taux de chômage des 15-24 ans a grimpé au deuxième trimestre à 21,6 %, bien plus du double du taux général, la baisse des contrats en alternance a pesé sur l'emploi salarié privé au troisième trimestre et le nombre de moins de 25 ans sans activité inscrits au chômage a augmenté de 2,4 %. «Si on veut montrer à la veille d'une élection présidentielle qu'on est capable de porter des choses collectivement et que ça fonctionne, on a un devoir de réussir cette négociation, qui enclenchera les suivantes», a considéré Patricia Drevon, de FO.
Faire baisser le chômage
Pour alimenter leurs discussions, les partenaires sociaux mèneront des auditions, notamment des organisations de jeunesse. Concernant l'orientation professionnelle, la négociation paritaire va devoir définir la frontière entre ce qui relève du monde du travail et de la politique éducative. «On s'est mis d'accord sur trois axes de négociation très généraux» à ce stade, a expliqué Christelle Toillon de la CFE-CGC. Y figurent la connaissance des métiers chez les jeunes, l'accès au premier emploi et à un emploi durable, les conditions de travail - les syndicats relevant un niveau d'accidents du travail plus élevé chez les jeunes - ou encore les freins à l'emploi (mobilité, logement). Des positions différentes sont d'ores et déjà apparues sur la question du cumul emplois/études.
Syndicats et patronat ont pour objectif de parvenir à augmenter le taux d'emploi des jeunes, diminuer leur taux de chômage ainsi que la part de jeunes ni en emploi, ni en études ou formation (les Neet), trois indicateurs où la France est mal placée par rapport à la moyenne européenne. «On veut aboutir à un accord ambitieux et concret pour les jeunes», a affirmé Lydie Nicol, mettant en garde contre «l'écueil de faire beaucoup de déclarations d'intention, puis de renvoyer à la puissance publique sans que chacun prenne sa responsabilité à l'échelle de l'entreprise». Des ambitions «réalisables et réalistes» sont aussi attendues par la CFTC.
Le Medef, dont le patron Patrick Martin plaide pour faire de la jeunesse «une grande cause nationale», n'a pas remis sur la table une proposition d'un CDI pouvant être rompu plus facilement, qui avait émergé en janvier, respectant ainsi un préalable fixé par la CGT pour démarrer la négociation. «Nous avons réussi à remettre la négociation à zéro», s'est félicitée Mme Le Berder. «Nous ne sommes pas là pour négocier la précarité et la flexibilisation des jeunes qui sont aujourd'hui mobilisés.»
Pour justifier le nouveau tracé proposé de la place de la République à la place de la Nation, le préfet de police Patrice Faure écrit que «cette manifestation intervient dans un contexte social extrêmement tendu marqué notamment par les émeutes urbaines survenues dans la capitale» le 17 octobre. Il met également en avant «l'infiltration d'éléments violents et déterminés» ainsi que des risques de troubles à l'ordre public «dans un contexte national et international de menace très élevée».
Pour la seule journée de mobilisation du 17 octobre, 855 personnes avaient été interpellées à Paris et plus d'une trentaine de magasins ont été saccagés ou pillés. «Ce qui nous surprend, c'est que la préfecture de police argumente son refus de notre parcours Bastille-Concorde sur le contexte sécuritaire et nous impose un parcours alternatif qu'elle nous a refusé il y a quinze jours pour des raisons de sécurité», s'est étonné auprès de l'AFP Vincent Gautheron, secrétaire général de l'union régionale CGT Île-de-France.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux préfets et responsables de sécurité de prévoir des «dispositifs robustes» pour cette journée qu'il qualifie de «sensible», selon un télégramme consulté mardi par l'AFP. Il préconise la mise en place de «dispositifs opérationnels robustes, agiles et réactifs», dotés d'effectifs de police et de gendarmerie renforcés.
La manifestation dans le cadre de l'appel national à la grève lancé par les principaux syndicats du pays pour défendre les salaires et l'emploi «pourra se tenir» jeudi «entre la place de la République et la place de la Nation», selon un arrêté de la préfecture de police de Paris publié mercredi. L'intersyndicale et les organisations lycéennes et étudiantes avaient initialement proposé un parcours allant de la place de la Bastille jusqu'à la place de la Concorde, non loin de l'Assemblée nationale.
Une manifestation est prévue demain après-midi à Paris. Elle avait été déclarée sur un parcours reliant la place de la Bastille à la place de la Concorde. «Considérant les risques de troubles à l'ordre public sur ce parcours mais prenant en compte les décisions de la justice administrative, conformément aux instructions du ministre de l'Intérieur, le préfet de Police a pris un arrêté d'interdiction partielle», a indiqué la Préfecture de police.
Un autre parcours a été proposé : de la place de la République à la place de la Nation, en passant par le boulevard Voltaire. La Préfecture de police appelle les personnes souhaitant manifester à rejoindre cet itinéraire, présenté comme le seul parcours validé et sécurisé.
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AI outlook — possibilities, not facts
La manifestation du 5 novembre se tiendra entre la place de la République et la place de la Nation selon l'arrêté préfectoral
Very likely · Within hours
Le parquet de Tours ouvrira une procédure pour violences sans ITT avec arme concernant la blessure d'Enzo Gimgembre
Likely · Within days
Une série de huit rencontres sur l'emploi des jeunes se tiendra jusqu'au 2 mars avec pour objectif un accord
Very likely · Within months
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