La députée insoumise publie un livre plaidant pour la reconnaissance institutionnelle de l'amitié à travers un statut de « partenaire social ».
Clémence Guetté propose dans son premier livre, Pour une politique de l'amitié, de créer un statut juridique de partenaire social pour donner des droits et devoirs aux amis, ouvrant un débat sur l'évolution des modèles familiaux.
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Clémence Guetté publie Pour une politique de l'amitié aux éditions La Découverte, proposant de centrer les amitiés dans le quotidien.
C’est parfois lui qui se cache derrière la rédaction d’un premier message timide ou qui remonte le moral après une rupture amoureuse. Cet ami, avec qui vous avez tout vécu… Pourquoi n’est-ce pas lui que vous choisiriez pour sceller une union en bonne et due forme ? C’est ce que propose Clémence Guetté, dans son premier livre, publié cette semaine : Pour une politique de l’amitié (ed. La Découverte).
En opposition, ou complément, c’est selon, du modèle de la famille traditionnelle que la députée insoumise assume de laisser aux « réactionnaires », l’objectif est de donner la possibilité à ceux qui le souhaitent de centrer leurs amitiés dans leur quotidien, en créant notamment un nouveau statut juridique : celui de partenaire social. À la clé, un ensemble de droits et devoirs. Des congés pour aider à l’accueil d’un enfant, un alignement fiscal, mais aussi l’obligation de soutien financier en cas de situation difficile.
« Un bon outil s’il est utilisé à bon escient »
Clémence Guetté affirme vouloir ouvrir le débat, à l’heure où les existences ne se construisent plus « exclusivement » autour du couple et du mariage, confie-t-elle dans un long entretien à Libération. Un constat qu’elle justifie notamment par le nombre de divorces multiplié par trois en 50 ans. Stéphanie Tabois, maîtresse de conférences à l’université de Poitiers y voit une idée en accord avec l’évolution d’une société « qui déplore aujourd’hui un affaiblissement des protections institutionnelles traditionnelles, et d’autre part, où l’on aspire à des relations moins imposées et plus choisies ». La sociologue considère alors que « toute protection et tout accompagnement choisi et reconnu constitue une perspective favorable au vivre ensemble ».
Cette nouvelle forme de contrat civil peut-elle être réellement mise en place juridiquement ? « C’est tout à fait faisable », selon Caroline Mecary, avocate au barreau de Paris. Dans une société où les relations familiales donnent accès à plus de droits et de protections que les autres liens informels, la spécialiste en droit de la famille se veut favorable à « tous les dispositifs qui permettent de s’entraider socialement. » À commencer pour les personnes âgées.
« Cet engagement de "partenariat amical" me semble être un bon outil s’il est utilisé à bon escient, lorsque les retraités ont encore des amis proches », souligne-t-elle. Car l’union amicale donnerait accès à une facilité testamentaire et une baisse d’impôt sur les successions. « Attention aux abus, certes », prévient l’avocate. « Même si dès qu’une règle est mise en place, elle sera forcément, d’une façon ou d’une autre détournée », rappelle-t-elle.
« Un choix politique »
Mais comment prouver juridiquement une amitié ? « On ne peut pas, cependant rien n’y oblige. On ne prouve pas non plus sa relation amoureuse et intime dans le cadre du mariage ou du pacs », assure Caroline Mecary. « Ce qu’il faut, c’est définir correctement les contours de ce nouvel engagement », déclare-t-elle. « Ça reste un choix politique. Si c’est faisable techniquement, est-ce que cela suivra dans la pratique ? Tout le monde ne serait pas prêt à renoncer à un pourcentage conséquent de son salaire pour s’occuper du bébé de quelqu’un d’autre », souligne l’avocate.
Pourtant, certains sont prêts à le faire. Dans le HuffPost, Céleste raconte s’être mariée cet été avec sa meilleure amie Diane. La jeune femme, qui a pour projet d’acheter une maison avec son amie, se dit « favorable à une reconnaissance de l’amitié dans le droit », et argumente : « En cas de fin de vie ou maladie, par exemple, l’ami qui souhaite épauler un proche se confronte à de nombreux obstacles. »
Une conception de l’amitié comme centre et pilier de l’existence, qu’ont explorée ces dernières années plusieurs voix. Le philosophe Geoffroy de Lagasnerie parle de ce lien comme d'« une forme de vie beaucoup plus ouverte, libre, et émancipatrice que la famille, que l’amour, que le couple » et explore ce schéma dans 3. Une aspiration au-dehors.

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