À l'approche de la présidentielle, des responsables de LFI, du RN et des maires dénoncent les difficultés de récolte des 500 parrainages d'élus nécessaires pour présenter une candidature.
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Depuis 1976, chaque candidat à l'élection présidentielle française doit réunir 500 parrainages d'élus. La publicité intégrale des parrains appliquée depuis 2017 suscite des réserves chez certains maires.
Auront-ils ou non les précieux sésames ? A chaque élection présidentielle, c’est la même rengaine. Plusieurs candidats à l’Elysée s’offusquent dans les médias de leurs difficultés à trouver les 500 parrainages, nécessaires pour se lancer dans la course. « C’est une difficulté, c’est un processus compliqué qu’on pourrait changer », a ainsi reconnu Manuel Bompard vendredi sur franceinfo, coordinateur de LFI et bras droit de Jean-Luc Mélenchon. « Cette mesure sur les 500 signatures est une mauvaise procédure. On l’a déjà dit 100 fois. Il faut permettre aux candidats représentatifs et sérieux de pouvoir être candidats », a également fustigé Louis Aliot, le premier vice-président du RN, la veille sur TF1.
« Eviter les mauvaises surprises »
Cette règle, mise en place depuis 1976, prévoit que les candidats à l’Élysée doivent récolter 500 parrainages de maires, parlementaires, conseillers départementaux ou régionaux, sur 30 départements différents. Quelque 42.000 élus sont donc susceptibles d’offrir leur signature. Malgré ce large vivier, la course aux parrainages reste une véritable épreuve, à en croire les candidats. « Ce n’est pas qu’une simple formalité administrative, c’est un vrai sujet dans notre campagne », soupire Edwige Diaz, députée RN et coordinatrice de la collecte pour Marine Le Pen. « C’est chronophage, énergivore et coûteux financièrement. On s’y prend tôt pour s’éviter les mauvaises surprises et pouvoir se concentrer uniquement sur le fond des sujets par la suite », ajoute l’élue de Gironde.
En 2022, Marine Le Pen avait été contrainte de suspendre sa campagne à la fin du mois de février. A quelques jours de la date fatidique du dépôt au Conseil constitutionnel, une quarantaine de signatures manquait à la candidate RN. A l’époque, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour avaient également fait part de leurs inquiétudes pour leur propre campagne. François Bayrou avait alors lancé sa « banque de parrainages », réunissant des élus de tous bords, pour éviter une « anomalie » démocratique en aidant les candidats donnés à plus de « 10 % dans les sondages ».
Une communication de campagne ?
L’affaire semble toutefois bien mieux embarquée cinq ans plus tard. Après des scrutins réussis (européennes, municipales, législatives…), le RN dispose désormais d’un meilleur réseau d’élus pour soutenir la candidature à la présidentielle de Marine Le Pen. « On dispose d’un vivier de 400 élus sur le territoire. On identifie désormais les autres maires susceptibles de nous soutenir, afin d’avoir un matelas de sécurité et éviter d’avoir cette ombre au-dessus de nous », assure Edwige Diaz. Du côté insoumis, Manuel Bompard s’est également montré rassurant. Mais selon franceinfo, les insoumis n’auraient récolté à ce stade que 200 promesses de signatures. « Les maires craignent des représailles, notamment concernant les subventions qu’ils perçoivent du département ou de la région », explique ainsi à franceinfo un député LFI.
Plusieurs responsables politiques critiquent l’évolution de la loi électorale. Depuis la présidentielle 2017, les listes de parrainages sont désormais publiées intégralement (contre 500 parrainages tirés au sort auparavant) et dévoilées tout au long de la campagne. De quoi rendre plus frileux les généreux donateurs. « Les maires se font pourrir la vie », dénonce Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et vice-président de l’Association des maires de France. « Les gens ne font pas toujours la différence entre parrainage et soutien politique, et certains vont s’agacer auprès de leur élu, ''pourquoi tu soutiens untel ?'' », ajoute-t-il.
L’AMF soutient ainsi le retour à l’anonymat pour l’ensemble des parrains. Une proposition de loi portée par le RN avait été déposée en 2023 mais elle est restée lettre morte. « L’anonymat permettrait de soulager les maires et d’éviter le même psychodrame tous les cinq ans, est-ce que Mélenchon et Le Pen auront leurs signatures ? », s’agace Philippe Laurent.
Des candidats éliminés
Si la barre des 500 parrainages semble désormais moins délicate à franchir pour les candidats disposant d’un important maillage d’élus, elle reste toujours un vrai défi pour les autres. Christiane Taubira avait ainsi dû jeter l’éponge à la dernière présidentielle. Malgré sa victoire à la primaire populaire (avec près de 400.000 votants), l’ancienne ministre de la Justice n’était parvenue à récolter que 181 promesses d’élus. Cette année, l’ex Premier ministre Dominique de Villepin, le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand ou l’ex insoumis François Ruffin pourraient aussi avoir des difficultés à faire monter leur cagnotte.
« Cela fait six mois qu’on travaille sur les parrainages. A chaque déplacement de Ruffin, on rencontre les maires, les élus. On est à fond sur le sujet, ça fait partie de la campagne présidentielle », souffle Guillaume Chaussemy, maire de Pont-Chrétien-Chabenet (Indre), qui gère la récolte pour le candidat. « On a 150 promesses, on sait que ce sera de plus en plus difficile, mais je pense qu’on va y arriver », ajoute-t-il. Du côté d’Eric Zemmour, on refuse de communiquer sur le nombre de signatures obtenues. « Ça fait déjà plus d’un an que nous travaillons sur les parrainages, avec une équipe de plusieurs personnes à 100 % dédiées, c’est beaucoup de travail mais nous sommes confiants », indique son entourage.
Si cette course rythme la campagne présidentielle, le nombre de soutiens récoltés n’offre aucune assurance sur le résultat final. En 2022, Valérie Pécresse avait reçu le plus de soutiens (2636 parrainages) mais la présidente de la région Ile-de-France n’avait obtenu que 4,78 % des voix au premier tour quelques semaines plus tard.

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