Malgré la libération des stocks stratégiques, les disparités de prix entre stations et le coût élevé du carburant suscitent la frustration des usagers en Ille-et-Vilaine.
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Le gouvernement a annoncé une baisse du prix du gazole de 12 à 18 centimes par litre à compter du 1er novembre via la libération de stocks stratégiques.
Les affichettes sont discrètes mais elles sont nombreuses. Aux abords de la station essence Leclerc de Saint-Grégoire, près de Rennes (Ille-et-Vilaine), le message est clair. « Gazole : Ici, on répercute une baisse de 21 centimes par litre TTC, liée au déstockage des réserves stratégiques. » En ce lundi matin de novembre, les automobilistes sont assez nombreux à patienter pour profiter de ce prix abaissé sur le diesel, qui s’affiche désormais à 2,19 euros. Dans la file, Estelle attend. « Avant, j’allais chez Total, parce qu’ils avaient bloqué le prix à 2,25 euros. » Si elle admet « ne pas rouler énormément », la jeune femme reconnaît que cette flambée du coût du carburant pèse sur son budget. « Quand on doit aller chez des amis qui habitent loin, on y réfléchit à deux fois. »
Cela fait plusieurs jours qu’elle modère ses déplacements en attendant la fameuse baisse des prix. « J’ai poussé jusqu’à la réserve pour attendre la baisse du gazole. Je vais économiser quelques euros, c’est déjà ça. Mais ce qui m’étonne, c’est que tout le monde n’a pas le même prix. C’est un peu chiant », glisse l’automobiliste avant de faire le plein de sa berline grise.
Estelle dit vrai. Malgré les promesses du gouvernement de baisser le prix du gazole de 12 à 18 centimes par litre à compter du 1er novembre grâce à la libération des stocks stratégiques, la réalité est parfois tout autre.
Selon le ministre du Commerce Serge Papin, « plus de la moitié » des stations-service avaient appliqué cette baisse dès ce matin. Dans la station TotalEnergies de l’avenue Charles Tillon, le gazole est toujours à 2,25 euros. Il y a pire. À la station Super U du centre commercial Grand Quartier, le diesel est toujours affiché à 2,40 euros. La fameuse remise tant attendue n’a pas été appliquée. « On se moque des gens, franchement. Quand on nous dit que le prix du baril va augmenter, on voit tout de suite la différence. Mais quand il faut baisser, là, on ne voit rien. Le gouvernement voulait juste vendre ses voitures électriques », tempête Yohann. S’il est venu faire le plein ici, c’est parce qu’il a la carte carburant de U de son tout nouveau boulot.
« On nous prend pour des imbéciles »
Pour venir travailler, Yohann parcourt 40 km chaque jour avec sa voiture personnelle. Sa femme en fait à peine moins. « On lâche plus de 200 euros d’essence chacun rien que pour venir bosser. C’est une folie. » Lui, l’ancien « Gilet jaune » était descendu dans la rue quand le gazole était monté à 1,50 euro le litre. Six ans plus tard, le litre a bondi de 60 %. « Là, c’est tellement la cata, on se fait bouffer. Tous les copains m’en parlent. » Alors la réduction de quelques centimes, elle le fait doucement rire.
Et il n’est pas le seul. « Le gouvernement nous prend pour des imbéciles. Ça fait des mois qu’ils auraient dû baisser les prix. Je ne sais pas si on retrouvera un prix à moins de deux euros », s’inquiète Suzanne (prénom d’emprunt), assise sur le siège passager. « Vous imaginez qu’on paye 2,40 euros pour un litre de diesel. Mais c’est juste énorme », s’agace Fabrice. Face à cette crise à durée indéterminée, le jeune retraité a trouvé la solution. Il fait tourner son vieux Berlingo essence avec une partie de bioéthanol. « Je n’ai rien reprogrammé dans le moteur et ça roule comme ça depuis quatre ans », glisse-t-il dans un sourire.
Dans les rangs des automobilistes, cette baisse des prix est finalement loin d’être applaudie. Car tout le monde sait que le fléchissement est temporaire. Et surtout parce que tout le monde attend un retour à des prix décents. « Quand j’étais étudiante à La Rochelle, je devais tout le temps prendre ma voiture. Je passais toute ma bourse dedans. Ça fait 250 à 300 euros par mois. Là, vous me parlez d’une baisse, mais moi, je ne la vois pas », explique Inès.
Parce que la jeune femme roule à l’essence, elle ne profitera aucunement de la libération des fameux stocks. Pas plus que Carla, qui était de passage en Bretagne pour le week-end. « J’ai déjà mis 75 euros pour aller voir mes parents à Saint-Malo ce week-end. Et là, il faut déjà que j’en remette pour rentrer jusqu’à Angers. Ce n’est plus possible », explique la jeune femme avant de remonter dans sa Peugeot 308. Si le gouvernement espérait éteindre la contestation des automobilistes avec sa mesure, il lui faudra faire beaucoup plus.

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