Procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu : témoignages sur le passé d'extrême droite des accusés
Quick Look
Lors du procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu, Romain Bouvier et Loïk Le Priol ont décrit leur passé au sein de l'extrême droite, leur lien avec le GUD dissous en 2024, leurs condamnations pour violences en 2015 et leur fascination pour les armes et l'idéologie néonazie, tout en niant certaines accusations portées contre eux.
AI-generated summary
Why It Matters
Romain Bouvier et Loïk Le Priol sont accusés respectivement de tentative d'assassinat et d'assassinat de Federico Martin Aramburu, tué dans la nuit du 19 mars 2022. Ils ont un passé lié au GUD, un groupuscule d'extrême droite dissous en juin 2024 pour idéologie suprémaciste et actions violentes.
Dans le box, comme la veille, les deux principaux accusés ne se parlent pas et échangent à peine un regard. Mais lorsque le président de la cour d'assises de Paris demande à Romain Bouvier de décrire ce qu'il pensait de Loïk Le Priol quand ils étaient de proches amis, soit avant la nuit du 19 mars 2022 durant laquelle Federico Martin Aramburu a été tué, il ne tarit pas d'éloges, teintés de références martiales. "M. Le Priol, je ne m'en suis jamais caché, je le considérais comme un héros de guerre", a assumé Romain Bouvier, mardi 8 septembre, lors de la deuxième journée d'audience de ce procès, consacrée aux enquêtes de personnalités.
Les passés de Romain Bouvier, poursuivi pour tentative d'assassinat, et de Loïk Le Priol, accusé d'assassinat, présentent un dénominateur commun : la violence. Celle-ci transparaît aussi bien dans leurs parcours respectifs que dans le socle de leur relation amicale. Tous deux ont gravité, au début des années 2010, autour du GUD, un groupuscule d'extrême droite dissous par le gouvernement en juin 2024 en raison de son idéologie suprémaciste et de ses actions violentes. Devant la cour, Romain Bouvier, 35 ans, a plusieurs fois tenté de dédiaboliser ce syndicat étudiant qui, à l'époque où il en fréquentait certains membres, "se présentait aux élections du Crous" et était bien vu, selon lui, par "de nombreux profs de la faculté de droit d'Assas", où il étudiait.
Exemplaire de "Mein Kampf" et code néonazi
Lui et Loïk Le Priol ont affirmé qu'ils n'avaient jamais été encartés au GUD et qu'ils n'en partageaient pas les idées. Romain Bouvier a expliqué qu'il s'en était rapproché de manière indirecte car il s'était lié d'amitié avec Edouard Klein, ex-leader du groupuscule. Son propre père, mort en 2008 d'une crise cardiaque, a également fait partie du GUD, a-t-il déclaré devant la cour. Loïk Le Priol, 32 ans, a de son côté admis que si on lui avait demandé, lorsqu'il était plus jeune, s'il faisait partie du GUD, il aurait pu répondre "oui" pour s'en "gargariser".
"A une période de ma vie, j'ai pu être perméable à un certain discours."
Loïk Le Priol, co-accusé
devant la cour d'assises de Paris
En 2016, il a créé une marque de vêtements du nom de "Babtou solide certifié", comme l'a rappelé son enquêtrice de personnalité. Lors de l'audience, un avocat de la défense, Yann Le Bras, lui a demandé les chiffres de son ancien code PIN. Loïk Le Priol a balayé la question et l'avocat a alors répondu à sa place, affirmant que le code comporte le numéro "88", un code secret utilisé par les néonazis qui signifie "Heil Hitler". "On peut tout faire dire aux chiffres", a rétorqué Loïk Le Priol.
En 2015, Romain Bouvier et Loïk Le Priol ont participé au passage à tabac d'Edouard Klein. Ils ont été condamnés en juin 2022 à respectivement trois et deux ans de prison ferme dans ce dossier, après un contrôle judiciaire qu'ils n'ont pas respecté. Celui-ci leur imposait de ne pas se fréquenter et de ne pas porter d'armes, or ils ont enfreint ces deux règles la nuit où Federico Martin Aramburu est mort. A propos des violences commises en réunion sur Edouard Klein, "c'était un déferlement de violences et d'humiliations abjectes, a concédé Romain Bouvier. J'avais une masculinité toxique." Selon lui, l'ancien chef du GUD "violentait ses compagnes", mais "c'était à la justice de s'occuper de ça".
Devant la cour d'assises, Loïk Le Priol a reconnu qu'il avait beaucoup baigné, durant sa jeunesse, dans des soirées alcoolisées et les bagarres qui vont avec, au-delà de l'épisode "Klein", et qu'il remettait en cause cette facette de sa vie, violence comprise. Le président de la cour est revenu sur ses propos glaçants, tels que relatés dans la presse ces derniers jours. A un surveillant de prison, il aurait dit, à propos de la soirée tragique ayant conduit à la mort de Federico Martin Aramburu : "Ce que j'ai préféré, ce sont les quatre dernières bastos que je lui ai mises dans le buffet". Loïk Le Priol conteste avoir tenu cette déclaration et a critiqué une justice "influencée par les médias".
Après s'être justifié de la présence d'un exemplaire de Mein Kampf dans sa bibliothèque (une édition "très rare, en allemand et caractères gothiques" qu'il comptait revendre, explique-t-il), Romain Bouvier, lui, a confirmé sa passion pour les armes. Il en collectionnait certaines, celles du "XIXe siècle en particulier", et pratiquait le tir plusieurs fois par an "dans une propriété privée".
"[Le tir], c’est un intérêt que j’avais mais que je n’aurai plus jamais."
Romain Bouvier, co-accusé
devant la cour d'assises de Paris
Loïk Le Priol, en tant qu'ex-commando de marine, a lui aussi eu l'occasion de manier des armes. "Au début, j'étais pas forcément le meilleur et à la fin, je me suis amélioré", a retracé l'accusé, qui estime que "des milliers de cartouches" sont tirées chaque année par un soldat. "Cela développe des réflexes instinctifs qui vous permettent de vous défendre le jour où vous devez tirer en premier, sauver votre vie ou celles de vos camarades." Lors de la tragique nuit du 19 mars 2022, il a fait feu six fois sur le rugbyman argentin, et Romain Bouvier quatre fois.
"Les balles bourdonnaient"
Alors qu'il rêvait d'une carrière militaire, Loïk Le Priol a été radié de la marine en 2017, deux ans après son rapatriement de Djibouti "en raison d'un état de stress post-traumatique sévère", selon les archives militaires. Depuis son box, le trentenaire a mentionné une mission au Niger, face aux jihadistes, qui l'a particulièrement affecté. "Les balles ne sifflaient pas, elles bourdonnaient, elles étaient tellement proches de la tête qu'on ressentait les vibrations", a-t-il raconté, en restant assez évasif sur les raisons précises de son stress post-traumatique. Puis, sans réel contexte et après de multiples relances, il a déclaré, en larmes, qu'il avait tenu dans ses bras un "enfant déchiqueté".
La guerre en Ukraine "a créé chez lui des réminiscences de son état de stress post-traumatique", a aussi relevé l'enquêtrice de personnalité. Loïk Le Priol, qui a des amis ukrainiens, développe une certaine paranoïa. En terrasse, par exemple, il se place systématiquement "dos au mur" pour avoir le contrôle sur ce qu'il se passe autour de lui. L'Ukraine, c'est d'ailleurs le pays où il avait tenté de se réfugier avant que sa cavale ne prenne fin en Hongrie.
Le président du tribunal a rappelé que Loïk Le Priol avait été impliqué en 2015 dans des violences commises sur une femme à Djibouti. L'une des raisons de sa radiation ? Non, selon l'accusé, qui affirme qu'il s'agissait d'un guet-apens tendu par "des prostituées d'Ethiopie" pour gagner de l'argent. A Djibouti, les soldats sont, d'après lui, perçus comme des "portefeuilles sur pattes". Et si Loïk Le Priol nie avoir eu une relation sexuelle avec elle, le président souligne qu'elle affirme le contraire.
Il a ensuite répondu poliment aux questions du président sur sa relation amoureuse avec Lyson Rochemir, sa petite amie de l'époque, poursuivie dans cette affaire pour "complicité de tentative d'assassinat". "Je ne crois pas que ce soit tenable d'exiger d'une jeune fille qu'elle attende quelqu'un au placard durant des années", a-t-il glissé, conscient que l'issue du procès ne lui sera guère favorable. Loïk Le Priol et Romain Bouvier encourent tous deux la réclusion criminelle à perpétuité.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
La cour d'assises de Paris rendra son verdict dans les semaines à venir.
Very likely · Within weeks
Romain Bouvier et Loïk Le Priol seront condamnés à une peine de réclusion criminelle.
Likely · Within weeks
Open Questions
- Quel était le mobile exact de l'assassinat de Federico Martin Aramburu ?
- Les accusations de propos tenés par Loïk Le Priol en prison concernant les « quatre dernières bastos » sont-elles avérées ?
- Quel rôle a joué Lyson Rochemir dans les faits ?






