
Jugé pour avoir animé un groupe masculiniste violent où des mineures étaient torturées en ligne, Rohan Rane comparaît à huis clos malgré les objections des parties civiles.
Le procès de Rohan Rane, accusé d'avoir dirigé un groupe masculiniste violent imposant des tortures à des mineures en ligne, s'est ouvert sous le signe du huis clos total, invoquant la protection des victimes et les craintes d'intimidation du FBI.
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L'affaire a débuté grâce à un signalement d'une ONG américaine de protection de l'enfance et à une enquête du FBI concernant des actes de torture en ligne.
Les motifs invoqués par la présidente de la cour d’assises et l’avocat général ce lundi matin pour justifier le huis clos sont nombreux. L’accusé, Rohan Rane, est jugé pour avoir animé un groupe de discussion masculiniste où des jeunes filles, pour la plupart mineures, étaient forcées à se livrer à des actes sexuels en ligne et à se mutiler. La magistrate a d’abord estimé que la publicité des débats serait «dangereuse pour les mœurs» en raison de la diffusion prévue de vidéos de scènes de tortures et d’humiliation des victimes au cours des débats.
«Ce sont des jeunes filles de 13-14 ans qui ont subi des sévices extrêmement graves. Il ne s’agit pas de dire que la justice doit rester calfeutrée dans ces murs, mais il en va de leur intérêt personnel», a soutenu l’avocat général. À cela s’ajoute une requête émanant directement des États-Unis, le FBI étant à l’origine des investigations. L’affaire a été déclenchée par un signalement d’une organisation américaine de protection de l’enfance ayant découvert sur le web des images d’une enfant de 12 ans torse dénudé, qu’un interlocuteur incitait à se scarifier en gravant sur son corps le nom «Rohan».
La capacité de nuisance de cet Indien de 29 ans venu s’installer en France pour ses études, semble s’étendre au-delà du box des accusés : ses affidés, notamment actifs aux États-Unis, «ont déjà cherché à intimider des victimes et des témoins» et menacé des procureurs américains en charge des procédures outre-Atlantique, selon l’arrêt lu par la présidente. «Je pense que les craintes formulées par les autorités américaines ont pesé lourd dans la décision de huis clos total», confirme Me Marquetty. L’avocat général a d’ailleurs recommandé de ne pas la fragiliser la «coopération absolument exemplaire avec les États-Unis» en bravant leur requête de huis clos.
Un dossier aux «enjeux pédagogiques»
Les avocats des parties civiles ont malgré tout défendu la nécessaire publicité des débats car, selon Me Hippolyte Marquetty, le dossier Rohan Rane est «particulier. Il fait figure de pionnier dans ce type d’agissements». Exposer les discussions qui vont animer le procès pourrait avoir des «vertus pédagogiques pour la société», estime le pénaliste. Et d’ajouter : «La plupart des victimes ont envie de faire savoir» ce qu’elles ont vécu pour alerter sur les dangers des groupes criminels qui sévissent sur Internet. Cinq parties civiles, toutes américaines, sont à ce jour constituées mais elles sont en réalité bien plus nombreuses, des États-Unis aux Pays-Bas, en passant par la Grande-Bretagne ou l’Estonie.
Elles sont tombées entre les griffes de ce groupe d’hommes jeunes, allemand, néo-zélandais, américains, pétris de racisme et d’antisémitisme, d’esthétique nazie, de valeurs ultraconservatrices, de haine contre les féministes et la communauté LGBT+. Rohan Rane est dépeint comme leur chef de file et le «donneur d’ordre principal» sur les vidéos. «Les faits concernés par cette affaire, encore trop peu connus du grand public, méritent un éclairage médiatique afin de sensibiliser aux risques numériques en matière d’exploitation sexuelle des enfants», abonde auprès du Figaro Anna Rodriguez, de l’association Ecpat. Prononcer le huis clos, «c’est aussi renforcer le poids et la capacité de pression de cette mouvance en ligne», considère-t-elle.
En dépit de ces arguments, décision a donc été prise de faire sortir le public et la presse de la salle pour toute la durée du procès. «Nous sommes déçus de ce choix au regard de la responsabilité de l’accusé dans l’émergence de l’extrémisme violent nihiliste, mais également de la plateforme Discord dans la diffusion des contenus et des serveurs que nous aurions aimé pouvoir davantage visibiliser», conclut la porte-parole de l’Ecpat. Jugé notamment pour torture ou actes de barbarie sur mineurs, extorsion en bande organisée ou encore diffusion de contenus pédopornographiques, Rohan Rane encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu ce vendredi.
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Le verdict du procès de Rohan Rane sera rendu ce vendredi.
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