Procès de Sahbi Boukraia pour proxénétisme aggravé et traite d'êtres humains
Quick Look
- Sahbi Boukraia, surnommé « Le Rat », est jugé à Paris pour proxénétisme aggravé, traite d'êtres humains et association de malfaiteurs entre 2018 et 2024.
- Il aurait contraint plusieurs jeunes femmes à se prostituer dans le milieu du BDSM, en leur prenant 40 % de leurs gains, parfois jusqu'à 3 000 euros par semaine, tout en les manipulant avec drogues et menaces de révélation à leur famille.
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Why It Matters
Le procès de Sahbi Boukraia s'ouvre au tribunal correctionnel de Paris pour des faits de proxénétisme aggravé, traite d'êtres humains et association de malfaiteurs présumés entre 2018 et 2024 dans le milieu du BDSM.
Au tribunal correctionnel de Paris,
Depuis le box des prévenus, derrière ses lunettes aux branches fines et dorées, les bras croisés dans le dos, Sahbi Boukraia jette des regards insistants vers le banc des plaignantes. Il est même rappelé à l’ordre à plusieurs reprises par la présidente du tribunal, au premier jour de son procès, ce mardi. Ce quarantenaire, père d’un enfant, est mis en examen pour proxénétisme aggravé, traite d’êtres humains et association de malfaiteurs, entre autres.
Plusieurs jeunes femmes lui reprochent de les avoir forcées à se prostituer dans le milieu du BDSM pour des clients, souvent riches, entre 2018 et 2024. Pour lui, sans relations sexuelles « traditionnelles », ce n’était pas de la prostitution. N’empêche qu’il empochait, selon ses mots, 40 % des montants que les filles gagnaient, environ 3.000 euros par semaine. L’une d’entre elles, qui se faisait appeler Olga, affirme dans ses dépositions avoir empoché 40.000 euros en huit mois.
Emprise et manipulation
Le schéma se répète, femme après femme, entre 2018 et 2024. Sahbi Boukraia rencontre une jeune femme, la vingtaine, lui expose son plan pour gagner de l’argent « sans donner son corps ». Il les persuade toutes, parfois même, « en étant manipulateur », concède-t-il. Il offrait la cocaïne, le cannabis, ou l’ecstasy. Un de ses amis le décrit dans le dossier comme quelqu’un qui « fait dans les gonzesses », de « malin » qui « leur mangeait le cerveau, il savait être dans la délicatesse pour arriver à ses fins ». Sahbi Boukraia se faisait d’ailleurs appeler « Le Rat ». C’est avec ce pseudo qu’il est entré en contact avec Samira*, celle qui a porté plainte et déclenché l’enquête.
Se disant « cupide » et se décrivant comme un « bouffeur d’argent », « accro à la cocaïne », c’est le gain le nerf de toute son affaire. C’est l’excuse qu’il trouve pour expliquer pourquoi il a persuadé sa copine de l’époque, Yasmine*, de participer aux séances de domination, « la vodka et la cocaïne arrangeant les choses ». Lui, s’occupait de « filtrer » les clients « pour ne pas recevoir des fous ». Il gérait aussi la location des appartements, le carnet d’adresses, les contacts et conversations avec les clients, la cadence des relations…
Le projet d’un « donjon » vire au cauchemar
Plusieurs adresses sont évoquées, boulevard Haussmann, à Levallois-Perret, à Neuilly-sur-Seine… Jusqu’au projet de « donjon » dans le 15e, à la cité Falguière. « Le Rat » affirme qu’il s’agissait d’un projet commun avec « ses associées », deux des dominatrices qu’il prostituait. Le projet de transformer ce loft en sorte de temple du BDSM parisien, le tout financé par un riche client fidèle, qui sera entendu mercredi par le tribunal.
Pour payer le loyer (et payer la cocaïne), il faut accélérer la cadence. Autrement dit, il faut « enrichir l’écurie », « ne pas être en dessous de quatre en effectifs, et dès qu’une traîne la patte, next », lui écrit son frère, qui comparaît libre. Il lui conseille aussi de remonter le « moral des troupes » mais de veiller à ce « qu’elles ressentent toujours qu’elles ne sont pas indispensables ». Dans le dossier, ces « associées » évoquent cette période comme particulièrement éprouvante notamment avec des horaires de nuit. L’une raconte même avoir été hospitalisée régulièrement pour des kystes ovariens.
« J’avais la main sur le cœur »
Plusieurs éléments rappelés par la présidente montrent que le prévenu a plusieurs fois menacé de révéler les activités de ces femmes à leur famille. Pour les garder sous son aile. « Ce n’est pas une menace, c’est une promesse que je n’ai pas tenue », se défend-il. Une position pour le moins maladroite, comparant son business sexuel à une « entreprise » et lui à un simple patron. « Les filles soyez à l’heure, soyez propres », illustre-t-il en se défendant de n’avoir « jamais mis la pression à qui que ce soit pour travailler, elles étaient libres ».
« J’avais la main sur le cœur, je suis un mec cool », ose-t-il même si « des fois il y avait de l’eau dans le gaz, pour des retards, pour tout un tas de choses comme un travail normal ». Se contredisant d’une phrase à l’autre, tendu en fin de journée, il assure qu’il « regrette », il « s’excuse », il dit qu’avant il le « prenait à la légère ». « J’ai pris conscience qu’elles avaient des relations hard avec des gens tordus », confesse-t-il avant d’éclater, en fin de journée : « Je n’ai pas prostitué de mineures ! Je n’ai violé personne ! »
* Le prénom a été changé
What to Watch
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Le tribunal rendra son jugement dans les semaines à venir.
Very likely · Within weeks
Le riche client fidèle sera entendu mercredi par le tribunal.
Very likely · Within days
Open Questions
- Quel sera le verdict du tribunal ?
- Les biens saisis seront-ils confisqués ?
- Y aura-t-il un appel éventuel ?
- Les victimes recevront-elles des dommages et intérêts ?


