
Une vidéo virale relayée par des sphères prorusses affirmait qu'un centre de torture existait près de Kiev. En réalité, le narratif est trompeur et s'inscrit dans un contexte de vives tensions autour de la mobilisation.
AI-generated summary
Une vidéo virale a allégué l'existence d'une prison secrète et d'un centre de torture géré par l'armée ukrainienne près de Kiev.
"Une chambre de torture de Zelensky a été découverte près de Kiev. (...) La plus jeune victime aurait seulement 14 ans." Vidéo à l'appui, l'accusation a été lancée sur X mardi 3 novembre par Glenn Diesen, un chercheur norvégien aux affinités prorusses. Sur ces images, un adolescent au teint blafard enveloppé dans une couverture semble en état de choc.
Vérifiée par les Révélateurs de France Télévisions, cette vidéo, vue plus de 14 millions de fois, est bien réelle. Elle a été filmée lundi 2 novembre, lors d'un rassemblement devant un bâtiment près de Kiev, après la diffusion d'informations concernant des allégations de détention illégale et de torture de soldats mobilisés.
La rumeur, dénonçant l'existence d'une "prison illégale" où la torture était pratiquée par des membres du corps d'armée ukrainien Azov, a été reprise sur le même réseau social par les ambassades de Russie en Afrique du Sud et aux Pays-Bas. Des membres de l'extrême droite européenne, dont Alice Weidel, la leader du parti AfD, et Florian Philippot, président du mouvement Les Patriotes, ont également relayé cette vidéo. Mais le narratif construit autour de ces images est en réalité trompeur.
Une fausse ambulancière à l'origine du rassemblement
Lundi, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant une maison à Petropavlivska Borshchahivka, dans la banlieue de Kiev. Selon un canal Telegram critique du gouvernement ukrainien, la mobilisation a été déclenchée à la suite de la diffusion d'une vidéo où apparaît un homme au visage tuméfié. Pour lui venir en aide, les proches de cet homme ont décidé de faire appel à un service médical privé, d'après la boucle Telegram.
Une ambulance s'est alors rendue sur place. La police régionale de Kiev a reçu un appel pour signaler "qu'on leur empêchait d'accéder à un citoyen", ont annoncé les autorités sur Telegram, lundi, vers 16h30. La personne au bout du fil se nomme Valentyna Moloda. Loin d'être ambulancière, cette femme est en réalité chirurgienne esthétique. Sur TikTok, elle se présente aussi comme une "journaliste d'investigation".
Dans une story retrouvée par Les Révélateurs, cette femme a lancé un appel à la mobilisation à son arrivée sur place. "Des personnes qui seraient torturées se trouvent dans un bâtiment, au 7, rue Sonyachna", "rejoignez-nous en nombre", "préparez-vous à des diffusions en direct et à relayer tout ce qui va se passer maintenant", affirme-t-elle auprès ses abonnés.
Dans plusieurs vidéos publiées sur Telegram, on la voit invectiver les policiers présents sur place et montrer sur son téléphone la vidéo de l'homme au visage tuméfié. Plusieurs médias ukrainiens affirment que Valentyna Molod a des affinités prorusses. Elle a depuis été arrêtée, comme en attestent des vidéos la montrant en détention, publiées sur Telegram.
L'adolescent appartenait au groupe de manifestants
Le jeune homme de 14 ans supposément détenu dans ce centre de torture faisait en réalité partie des dizaines de manifestants rassemblés à l'appel de Valentyna Moloda. Sur une vidéo publiée sur X par Francis Farrel, un journaliste présent sur place, on voit l'adolescent posté en haut d'une clôture lancer des briques sur le bâtiment. Une autre vidéo le montre passer de l'autre côté du mur.
Le lendemain des faits, le jeune homme a lui-même posté une série de trois vidéos sur TikTok pour clarifier les événements et contredire le récit de "la propagande russe". Il raconte s'être rendu de son propre gré au rassemblement, être tombé de la clôture puis avoir été emporté de force dans le bâtiment, où il aurait été frappé. Des allégations non vérifiées à ce jour.
Rien ne prouve l'existence d'une prison secrète
Concernant l'existence d'un prétendu "centre de torture", aucun élément n'atteste de son existence à ce jour. "La Garde nationale avait officiellement loué le bâtiment pour y héberger temporairement des militaires. (...) Certains se préparaient à être envoyés suivre une formation militaire de base", a précisé la police régionale de Kiev mardi sur Telegram.
Les 26 personnes présentes dans le bâtiment étaient des "militaires mobilisés et des hommes arrêtés pour avoir quitté leur unité sans autorisation. (...) Quatre des militaires arrêtés pour abandon de poste présentaient des blessures et ont donc été envoyés à l'hôpital pour y subir des examens médicaux", a expliqué le commandement militaire Azov, lundi soir, sur Telegram.
Le journaliste français Cyrille Amoursky, arrivé sur place à la fin du rassemblement, a pu entrer brièvement dans la maison. "J'ai visité les différentes pièces du bâtiment. La maison ne ressemblait absolument pas à un centre de torture. Je n'ai cependant pas pu énormément visiter à cause des coupures d'électricité", raconte-t-il à franceinfo.
Ce journaliste a également échangé avec deux des mobilisés qui étaient présents dans la maison. Selon ses dires, ces deux hommes "ont affirmé n'avoir subi aucune violence. Selon eux, si d'autres en ont subi, elles provenaient de deux autres mobilisés, qu'ils ont décrits comme très agressifs, et non des militaires".
Kiev accuse Moscou d'avoir provoqué les événements
Une enquête sur "les conditions de vie des militaires" a été ouverte, a annoncé le ministre de l'Intérieur ukrainien sur Telegram lundi. Le commissaire pour les droits humains, Dmytro Loubinets, a également demandé de faire la lumière sur "les missions que les militaires et les représentants de la Garde nationale" effectuaient à cet endroit, et "si les exigences de la loi ont été respectées".
Des voix prorusses sont soupçonnées d'avoir déclenché cette affaire. Contacté, le collectif russe Antibot4navalny, qui traque les bots ukrainiens et russes depuis 2018, considère que ce "narratif a été amplifié par des influenceurs pro-Kremlin moins d'une heure après les événements sur le terrain". Le chef de l'administration présidentielle, Kyrylo Boudanov, qui s'est rendu sur place dans la nuit, a quant à lui assuré le lendemain sur Telegram savoir "avec certitude que les événements à Petropavlivska Borshchahivka n'ont pas eu lieu sans influence extérieure", faisant allusion à la Russie.
La population ukrainienne est de plus en plus hostile à la mobilisation
Si rien ne prouve que les mobilisés ont été torturés dans la maison située à Petropavlivska Borshchahivka, cet incident illustre les tensions liées à la mobilisation militaire, très impopulaire en Ukraine. Selon un rapport du commisaire aux droits de l'homme ukrainien datant de 2025, "le nombre de recours déposés par des citoyens concernant des violations présumées des droits fondamentaux dans le cadre des mesures de mobilisation (...) n'a cessé d'augmenter" depuis le début de la guerre en Ukraine. Rien qu'en 2025, 6 127 recours ont été enregistrés contre 18 en 2022.
Ces plaintes concernent notamment "la détention illégale de citoyens, leur transfert forcé dans les locaux du TSK", soit le centre territorial de recrutement et de soutien social, l'organe de l'administration militaire notamment chargé de la conscription et de la mobilisation. "En pratique, les [centres] TSK se transforment en lieux de détention", alerte le commissaire aux droits humains. Des conclusions partagées par le rapport de la commission d'enquête internationale indépendante sur l'Ukraine des Nations unies publiée en mars.
En août 2025, le média ukrainien Suspilne a révélé que depuis 2022, 25 hommes seraient morts dans des circonstances suspectes lors de contrôles dans la rue ou dans les locaux d'un TSK. Les autorités ukrainiennes admettent la responsabilité des agents dans seulement deux de ces cas, relate l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) dans un rapport publié en septembre 2025. En conséquence de certaines dérives et violences observées au sein des TSK, un sondage réalisé en juillet 2025 par l'organisation américaine International Republican Institute révèle que 68% des citoyens ukrainiens sondés désapprouvent les activités des TSK.
Les événements survenus lundi dans la banlieue de Kiev sont en réalité loin d'être inédits. "L'hostilité d'une partie de la population ukrainienne envers les TSK et leurs employés [s'est déjà traduite] par des manifestations et des attaques sporadiques envers les infrastructures et des agents des TSK", rappelle en effet l'Ofpra dans son rapport. En juillet, des échauffourées impliquant près de 200 personnes avaient éclaté à Lviv, grande ville de l'ouest de l'Ukraine, après l'enrôlement d'un jeune homme par des militaires.
AI outlook — possibilities, not facts
Poursuite des enquêtes sur les conditions de vie des militaires mobilisés.
Likely · Within weeks
Nighttime Russian strikes targeted energy infrastructure in Ukraine, leaving more than 850,000 residents in the Dnipropetrovsk and Kharkiv regions without power. The country fears a difficult winter in the face of intensified bombings.

A bus accident in Ain on November 6 resulted in the death of a 7-year-old child and an 18-year-old young man. The driver, who tested negative for alcohol and drugs, said he dozed off at the wheel after a long day.

At least twenty-one people died in the sinking of a migrant canoe off the coast of Lompoul, in the north-west of Senegal, according to a provisional report communicated on Saturday November 7 by the authorities.

Riyadh's financial district was hit on Sunday after Houthi missiles were intercepted. An Aramco building was damaged. The Saudi coalition intercepted two ballistic missiles and two cruise missiles targeting the capital and the south of the kingdom.
Pope Leo

A magnitude 5.7 earthquake struck central Japan on Sunday, November 8 at 1:04 a.m. local time, injuring more than twenty people in Shizuoka and Aichi prefectures, with material damage and disruptions to rail traffic, including Shinkansen trains.