
Les investisseurs intensifient leurs positions baissières contre le billet vert, craignant que les rachats obligataires de Scott Bessent n'affaiblissent la devise américaine.
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Scott Bessent a annoncé le 19 août un doublement des rachats d'obligations longues pour stabiliser le marché. Cette mesure a paradoxalement provoqué une chute du dollar.
Remède aux taux, poison pour le dollar. Quelques jours après que nous constations que les 4 milliards de dollars de rachats obligataires de Scott Bessent ne faisaient pas plier les taux américains, un nouveau front s’ouvre sur le marché des changes. Les hedge funds intensifient leurs paris baissiers sur le dollar, dans l’attente des détails complets du plan fiscal du secrétaire au Trésor. Un pari qui, s’il se confirme, viendrait ajouter une pression supplémentaire à celle déjà pesant sur les taux longs, sur un marché des changes qui traite près de 7 500 milliards de dollars chaque jour dans le monde.
Le dollar encaisse sa pire séance en trois semaines
Le calendrier de la chute coïncide presque au jour près avec l’annonce du 19 août. Souvenez-vous. Ce jour-là, Scott Bessent avait annoncé au moins un doublement du montant de ses rachats d’obligations longues, un geste censé rassurer le marché obligataire. L’effet inverse s’est produit sur le dollar, qui a signé sa pire séance en près de trois semaines dans la foulée de l’annonce.
Deux jours plus tard, le 21 août, les données de la DTCC (Depository Trust and Clearing Corporation) montraient que la demande pour des options de vente sur le dollar face à l’euro dépassait de 47% celle des options d’achat, sur des contrats d’au moins 150 millions de dollars chacun. Un déséquilibre net, qui traduit un positionnement baissier assumé plutôt qu’une simple couverture de précaution.
La défiance dépasse le seul billet vert face à l’euro : les options sur le franc suisse affichaient, elles aussi, leur plus forte volatilité implicite en plus de deux semaines, un mouvement similaire touchant la livre sterling et le dollar canadien. Les investisseurs attendent désormais les détails complets du plan fiscal avant de rouvrir leurs positions dans l’autre sens.
Les hedge funds, d’acheteurs à vendeurs en quelques semaines
Le retournement de sentiment est d’autant plus marquant qu’il intervient après une période de positionnement massivement inverse.
Plus tôt dans l’année, les paris spéculatifs longs sur le dollar avaient atteint 48 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis 2015. Ce même camp de traders bascule désormais du côté vendeur, misant sur la poursuite de l’affaiblissement du billet vert tant que les détails complets du plan fiscal de Bessent ne sont pas connus.
Le sujet dépasse la simple mécanique des taux : plus le Trésor multiplie les artifices pour comprimer artificiellement le rendement à dix ans, plus les marchés semblent y lire un aveu de faiblesse budgétaire plutôt qu’une preuve de contrôle.
Une stratégie qui pourrait se mordre la queue
Le risque, pour Bessent, tient à la nature même du problème qu’il tente de résoudre. Faire baisser les taux longs sans faire fuir les détenteurs de dollars relève d’un exercice d’équilibriste que peu de secrétaires au Trésor ont réussi dans l’histoire récente.
La dernière tentative comparable remonte aux années 1980, sous une configuration de dette et de taux bien moins tendue qu’aujourd’hui. Si les rachats obligataires échouent à comprimer durablement les rendements tout en alimentant, en parallèle, la défiance envers la devise elle-même, le scénario du double échec devient plausible.

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