
Des engins artisanaux ont visé des lignes à très haute tension dans le Brandebourg et près de Cologne, relançant les craintes sur la vulnérabilité des réseaux énergétiques européens.
Des inconnus ont visé des lignes à très haute tension et un poste électrique en Allemagne à l'aide d'engins artisanaux, poussant la justice à ouvrir une enquête antiterroriste sur fond de craintes de sabotage.
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Les autorités allemandes ont ouvert une enquête antiterroriste après des attaques contre des lignes électriques dans le Brandebourg et près de Cologne.
Le mode opératoire pourrait presque sortir d’un film d’espionnage. Dans le Brandebourg, à une centaine de kilomètres de Berlin, des inconnus ont lancé des engins artisanaux vers des lignes à très haute tension. Ces sortes de petites fusées transportaient un matériau conducteur destiné à créer un contact électrique et à provoquer un court-circuit.
Deux courts-circuits ont effectivement été déclenchés. Une partie de la centrale électrique voisine de Jänschwalde a dû être temporairement arrêtée. Plusieurs autres engins qui n’avaient pas atteint leur cible ont été retrouvés sur place. Quelques heures plus tard, un deuxième incident s’est produit à environ 600 kilomètres de là, près de Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne. Un poste électrique a été visé et plusieurs unités de centrales ont temporairement été déconnectées du réseau.
Dans les deux cas, le système électrique a résisté et aucune coupure massive n’a touché la population.
La piste d’un sabotage étranger étudiée
Les autorités allemandes, qui ont annoncé, mercredi 2 septembre, l’ouverture d’une enquête antiterroriste, traitent ces incidents comme des actes de sabotage et examinent plusieurs pistes. Pour l’attaque du Brandebourg, elles n’excluent ni celle de militants d’extrême gauche ni celle d’une opération pilotée depuis l’étranger. Aucun élément ne permet toutefois, à ce stade, d’attribuer ces attaques à la Russie. Mais elles interviennent dans un contexte de fortes tensions autour des opérations dites "hybrides" en Europe. Berlin vient notamment d’accuser Moscou d’être à l’origine d’une tentative d’attaque au drone contre un avion-cargo ukrainien à l’aéroport de Leipzig-Halle. La Russie dément ces accusations.
Les infrastructures énergétiques font partie des installations jugées les plus sensibles : elles sont indispensables au fonctionnement des transports, des télécommunications, des entreprises, des hôpitaux ou encore des services publics. Et surtout, elles sont extrêmement difficiles à protéger dans leur totalité.
En Lituanie, des postes électriques transformés en forteresses
Certains pays européens ont déjà décidé de se préparer très concrètement à cette menace. En Lituanie, le poste électrique d’Alytus, dans le sud du pays, ressemble désormais presque à une forteresse avec sacs de sable, blocs de béton, barbelés, protections contre les drones. Les installations stratégiques sont progressivement renforcées. L’enjeu est particulièrement sensible depuis février 2025. Cette année-là, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont définitivement déconnecté leurs réseaux électriques du système contrôlé par la Russie et la Biélorussie. Les trois pays baltes ont ensuite synchronisé leurs réseaux avec celui de l’Europe continentale.
La connexion passe notamment par la Pologne. La Lituanie fait donc désormais partie du même vaste système électrique interconnecté que l’Allemagne, la France et une grande partie de l’Europe continentale. Vilnius avait décidé dès 2024 de consacrer 150 millions d’euros sur cinq ans à la résilience de son réseau :avec des protections physiques, des dispositifs antidrones, des stocks de pièces stratégiques ou encore des systèmes de batteries capables de prendre rapidement le relais.
Plus de 100 000 kilomètres de lignes en France
Cette vulnérabilité concerne directement la France. Le réseau français de transport d’électricité est même le plus étendu d’Europe. RTE exploite plus de 106 000 kilomètres de lignes à haute et très haute tension et près de 2 900 postes électriques. À cette échelle, impossible de protéger physiquement chaque ligne, chaque pylône ou chaque poste. La France a déjà expérimenté les conséquences très concrètes d’une attaque contre le réseau. En mai 2025, dans les Alpes-Maritimes, plusieurs pieds d’un pylône électrique avaient été sciés tandis qu’un poste électrique avait été incendié. Jusqu’à 160 000 foyers avaient été privés d’électricité.
La panne avait perturbé les trains, les commerces et les télécommunications. Des pharmacies s’étaient par exemple retrouvées dans l’impossibilité d’utiliser normalement leurs outils informatiques. Le Festival de Cannes avait lui aussi été brièvement pertubé.
Plus nous utilisons d’électricité, plus le réseau devient stratégique
La question devient d’autant plus sensible que nos économies reposent de plus en plus sur l’électricité. Voitures électriques, pompes à chaleur, industrie décarbonée, transports, centres de données : l’électrification doit permettre de réduire progressivement notre consommation de pétrole et de gaz. Mais elle crée aussi une dépendance croissante au réseau qui transporte cette électricité. Plus celui-ci devient indispensable au fonctionnement quotidien d’un pays, plus il constitue une infrastructure stratégique et donc une cible potentielle.
La menace n’est d’ailleurs plus seulement physique. Les gestionnaires de réseaux doivent également faire face aux cyberattaques, avec des installations de plus en plus numérisées et interconnectées. La France prépare ainsi pour 2027 un exercice national de gestion de crise autour d’un scénario de "black-out généralisé", afin de tester la capacité des administrations et des infrastructures à fonctionner en cas de coupure électrique majeure. Car les attaques allemandes rappellent une évolution fondamentale des menaces auxquelles les Européens doivent désormais se préparer : déstabiliser un pays ne nécessite pas forcément de frapper une centrale électrique.
Quelques engins artisanaux dirigés contre les bonnes lignes peuvent déjà suffire à perturber une partie de son réseau.
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Exercice national de gestion de crise en France autour d'un black-out en 2027
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