
Pour fidéliser leur clientèle, les salles de sport diversifient leurs offres en intégrant des zones d'entraînement hybride inspirées par le succès de compétitions comme l'Hyrox.
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Le secteur des salles de sport fait face à un taux de renouvellement important, poussant les gérants à diversifier leurs services pour fidéliser les adhérents.
Des bonnes résolutions déjà oubliées ? Le mois d'octobre débute à peine et il commence à être difficile pour certains de continuer d'aller faire sa séance de musculation. L'automne débutant rime parfois (souvent ?), avec résiliation de l'abonnement. "Il y a un renouvellement quand même assez important, avec presque un client sur deux qui ne reste pas une année sur l'autre selon les salles, donc il faut chercher à le fidéliser", explique le sociologue et économiste Guillaume Vallet, auteur de La Fabrique du Muscle, paru aux éditions L'Echappée.
Pour les gérants des salles de sport, cette fidélisation du client est le nerf de la guerre. En plus des traditionnelles machines de musculation, il faut donc proposer des nouveautés. "Dans cette volonté de diversifier l'offre et de maintenir cette clientèle, vous avez eu une évolution plutôt récente des salles vers une pluralité de services pour certaines d'entre elles", poursuit le sociologue qui pratique le bodybuilding depuis des dizaines d'années.
Ces salles peuvent notamment s'appuyer sur l'enthousiasme créé récemment par l'Hyrox. Cette compétition, créée en Allemagne en 2017, connaît un succès fulgurant. Il s'agit d'une course à pied de 8 km découpées en huit boucles entrecoupées d'épreuves de fitness appelées stations. Les athlètes enchaînent donc skierg, poussée et traction de traîneau, burpees avec saut en longueur, rameur, marche avec des poids, fentes lestées et wall balls. Chaque station est précédée par une course d'un kilomètre. Le format est toujours le même, quelle que soit la ville où a lieu l'événement, et se déroule à l'intérieur d'un bâtiment.
Ce modèle simple s'exporte facilement partout dans le monde, rassemblant de plus en plus de participants. Une recherche du "dépassement de soi" que l'on retrouve dans d'autres compétitions apparues récemment, comme l'ATHX, le Deka Fit ou encore le Deadly Dozen. Comme l'Hyrox, ces sports proposent aux pratiquants de sortir des salles de musculation et de mettre en application leurs compétences en adéquation avec le terme du moment : "l'athlète hybride".
"Quand une pratique se massifie, comme la musculation ces dix dernières années, il y a toujours des personnes qui cherchent à finalement casser un petit peu cette routine et à inventer, d'une certaine manière, des nouvelles pratiques."
Les salles proposent donc au sein de leurs établissements de plus en plus des zones d'entraînement qui différent de celles réunissant les machines de musculation ou de cardio. "La première nouveauté, c'est le développement de ce qu'on appelle les zones hybride training, nous explique Fabien Rouget, porte-parole de Basic Fit. Dans ces espaces, on peut travailler une gamme beaucoup plus large d'équipements tels que les skiergs, des sandbags ou des petits poids pour faire vivre ces zones, qui sont de plus en plus utilisées."
Ces zones qui ne sont pas vraiment nouvelles, mais connaissent un essor particulier ces derniers mois dans les salles de sport. "Chez nous, on les appelait zones de Cross Training, puisque c'était la tendance du CrossFit qui dominait, se souvient Florent Williamson, responsable concept France International Fitness Park. Le but était de démocratiser cette pratique et que nos clients puissent aussi avoir accès à un endroit pour faire des 'muscles up', des tractions, des arrachés, etc."
Selon Florent Williamson, Fitness Park a été associé à l'Hyrox dès leurs premiers évènements en France : "Quand on a vu ces courses qui commençaient à se déployer en Allemagne, on a estimé que cela correspondait à notre ADN. On se dépasse, on fait des compétitions et on teste son fitness lors des évènements. On a pris le pari mais on ne pensait pas que ce serait aussi puissant." Aujourd'hui, le groupe "a affilié 180 salles sur son réseau français sur 320".
Chez Basic Fit, "il y a une demande de plus en plus importante", constate Fabien Rouget, "beaucoup de nos membres actuels pratiquent ces courses". "Il y a une réelle certitude, poursuit-il, les gens restent membres dans les clubs quand ils atteignent leurs objectifs et qu'ils sont aidés à les réaliser. Aujourd'hui, notre but c'est d'apporter encore ce soutien." À terme, "les 900 clubs seront équipés du nouveau concept d'hybrid training, renseigne-t-il.
"Notre but est de devenir la référence de la préparation d'entraînement pour tous les athlètes. On développe donc aujourd'hui énormément ces zones, qu'on appelle de 'l'hybrid training', chez Basic Fit."
Chez Fitness Park, cela a permis au groupe d'élargir sa clientèle en termes d'âge. "Notre cœur de cible c'est vraiment 20-25 ans chez Fitness Park, mais l'Hyrox attire aussi une population plus âgée. On va avoir les 30-40 ans car si on veut participer, ce sont des courses qui coûtent relativement cher c'est 120-130 euros la place", renseigne Florent Williamson.
La production du muscle ne s'inscrit pas seulement dans une recherche esthétique "mais aussi dans un muscle qui se veut endurant, en mouvement et réactif", explique le sociologue Guillaume Vallet. Le succès de ces courses hybrides ou à obstacles rejoint, dans une certaine mesure, celui des salles d'escalade. Pour Guillaume Vallet, cette évolution sportive se place dans ce qu'il nomme "un capitalisme des vulnérabilités" : "Chacune ou chacun est amené à se préparer, en particulier en passant par le corps, à faire face à des vulnérabilités qui pourraient survenir. Dans le type d'exercices qui sont proposés au sein de ce monde, vous allez retrouver des façons de produire du muscle qui vont y répondre."
Pour le sociologue, la pratique de ces sports s'inscrit dans une logique de distinction non seulement par l'origine sociale des aussi pratiquants mais aussi "à travers l'activité" en elle-même. "On va avoir d'une part des réactions physiologiques et une reconnaissance des autres qui est parfois au cœur de la volonté d'aller plus loin." À l'image d'un entrepreneur "qui prend des risques mais qui peut obtenir un certain profit", en l'occurrence, "la reconnaissance sociale via les réseaux sociaux ou les interactions dans la salle".
Cette mise en scène de la "fabrique du muscle", a toujours existé indique le chercheur même si elle restait "très circonstanciée en France, car cela concernait un petit groupe d'individus, qui étaient d'ailleurs plutôt marginalisés et mal vus pendant très longtemps, ce qui n'était pas le cas aux États-Unis". Ce n'est d'ailleurs pas outre-Atlantique, temple du bodybuilding, que les nouveaux concepts apparaissent, mais davantage chez nos voisins européens.
"Quand on va chercher l'inspiration aux Etats-Unis, c'est surtout sur l'aménagement des salles, le choix des machines, là où ils sont très performants alors qu'ils le sont peut être un peu moins sur le domaine de l'hybride où c'est moins leur cœur de cible."
Poursuivant cette quête du "mieux vieillir", le futur des salles de sport pourrait concerner davantage le domaine de la santé. "On travaille sur des endroits dans nos clubs qui s'appellent Recovery zone où on va pouvoir y faire de la cryothérapie, de l'hydromassage", explique Florent Williamson.
Ce qui ne surprend pas Guillaume Vallet : "On va vers des sociétés plus immatérielles, de service, mais justement on a besoin de rester ancré à quelque chose qu'on vit au quotidien. Le corps, c'est cette ressource ultime qui est à notre disposition et qu'on va pouvoir chercher à valoriser au mieux. Tous ces éléments sont à la croisée de la demande de production du muscle, et incitent de plus en plus à se tourner vers soi et à considérer le corps comme une voie de salut."

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