Sébastien Lecornu face au défi budgétaire de 2027 entre négociations avec le PS et menace de censure du RN
Quick Look
Alors que le gouvernement prépare le budget 2027, Sébastien Lecornu tente d'éviter une loi spéciale en négociant avec le PS tout en anticipant une possible censure du RN, dans un contexte de dégradation financière et de campagne présidentielle imminente.
AI-generated summary
Why It Matters
Le gouvernement prépare le budget 2027 dans un contexte de dégradation financière, sans majorité absolue à l'Assemblée, et sous la pression de la campagne présidentielle de 2027. L'année précédente, Sébastien Lecornu avait obtenu l'adoption du budget grâce à un pacte de non-censure avec le PS.
Dans la torpeur de l'été et de ses températures caniculaires, cette personnalité du gouvernement descend doucement les marches de son ministère. La main sur la rambarde, elle s'arrête, comme prise d'un léger vertige en pensant au marathon budgétaire qui se profile à la rentrée. "Je ne vois pas comment on est sauvés, soupire-t-elle. Ça va être un budget difficile et les socialistes ne sont pas motivés à nous secourir." L'année dernière, Sébastien Lecornu, fraîchement nommé à Matignon après moult rebondissements, était parvenu à faire adopter son budget en janvier. Il avait noué un pacte de non-censure avec le PS en acceptant la suspension de la réforme des retraites.
À lire aussi
Le scénario sera-t-il le même pour les deux textes financiers de 2027 – le projet de loi de finances (PLF) et celui du financement de la Sécurité sociale (PLFSS) – officiellement présentés en Conseil des ministres, jeudi 1er octobre ? Les conditions ne sont pas similaires, même si l'absence de majorité absolue demeure à l'Assemblée. "L'an dernier, ce n'était pas notre copie [mais celle présentée initialement par François Bayrou avant qu'il ne perde la confiance de l'Assemblée], c'était hyper dur. Il y avait une crise politique sans commune mesure, avec des appels à la démission du président qui émanaient jusque des rangs du bloc central, une démission du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, etc. Sébastien Lecornu était seul dans sa barque", observe un conseiller de l'exécutif. En un an, l'ancien ministre des Armées a acquis "l'expérience de l'examen budgétaire" tandis que "les conditions de la discussion sont posées les uns avec les autres".
Dès l'été, il a commencé à envoyer des signaux aux différents politiques et chargé ses ministres de lancer les consultations dans un contexte financier qui s'est considérablement dégradé. Mais l'arithmétique parlementaire est implacable et Sébastien Lecornu n'aura d'autre choix que de recourir, à un moment, aux deux outils constitutionnels à sa discrétion : le 49.3, qui permet de faire adopter un texte sans vote, ou l'ordonnance, qui offre la possibilité au gouvernement, si le Parlement ne s'est pas prononcé dans un délai de soixante-dix jours, de mettre en application le texte initial. Le locataire de Matignon devra aussi prendre en compte la campagne présidentielle qui se dessinera en toile de fond et bouleversera les stratégies des différents camps.
"Tout dépendra de la copie"
Dès le 22 août, Sébastien Lecornu choisit justement de s'appuyer sur la proximité de l'examen du budget avec l'élection suprême pour faire passer un message aux parlementaires dans un courrier qu'il leur envoie. L'adoption d'un budget est nécessaire car "une loi spéciale [qui permet d'assurer la continuité de l'Etat en l'absence de budget, grâce, notamment, à la levée de l'impôt et la reconduction des dépenses publiques votées en 2026] qui s'appliquerait sur plusieurs mois ne constitue pas (...) une solution politique". Mais le successeur d'Emmanuel Macron, écrit-il, aura tout le loisir de revenir sur les choix effectués à l'automne : "Un budget voté pourra en effet être corrigé, réorienté ou modifié rapidement par le prochain président de la République (...). Mais on ne peut pas modifier un budget qui n'a pas été adopté." Un argument qui, dans les couloirs des consultations politiques, ferait mouche, à en croire une source à Bercy : "Le scénario noir d'une loi spéciale qui dure des mois, personne n'en veut et tout le monde veut l'éviter."
A commencer par Marine Le Pen, qui l'exprime publiquement, le 12 septembre, devant les parlementaires RN réunis au Touquet (Pas-de-Calais). "Un budget imparfait opérationnel avant les élections est préférable cette fois à une loi spéciale", lâche-t-elle. Le groupe d'extrême droite, fort de 122 députés, va-t-il choisir la voie de la non-censure ? Très rapidement, les cadres du parti tempèrent. "C'est une position d'ouverture, mais cela ne signifie pas écarter a priori la censure", rappelle le député RN Matthias Renault, assurant qu'ils jugeront "sur pièces". "Tout dépendra de la copie", embraye un proche de Marine Le Pen.
"On ne fera pas n'importe quoi, mais on ne laissera pas passer n'importe quoi."
Un proche de Marine Le Pen
à franceinfo
Le bloc central penche plutôt pour une non-censure de Marine Le Pen et ses troupes. "Une responsable politique qui se voit future cheffe d'Etat ne s'abaisse pas à limoger un Premier ministre, de surcroît une année où elle a besoin de stabilité", veut croire un cadre de Renaissance. Un député de gauche met cependant en garde : "Si le gazole monte à 3 euros le litre, comment le RN pourrait-il ne pas censurer ?" A la crise de la dette et de l'envolée des taux d'emprunt s'ajoute en effet pour le gouvernement la hausse brutale des prix des carburants qui alimente la colère sociale et le contraint à des mesures de soutien.
"C'est un budget d'attente"
"Sur le fond, les déclarations de Marine Le Pen n'ont aucun impact sur la copie budgétaire, assure l'entourage du Premier ministre. Les principaux arbitrages sont déjà rendus depuis bien plus longtemps." Surtout, Sébastien Lecornu poursuit sa méthode, selon cette source : "Il n'y aura pas de négociations avec le RN. Il y a des discussions avec le PS." Le 23 septembre, le chef du gouvernement envoie ainsi une lettre aux parlementaires socialistes. "Le compromis de 2026 a été possible parce que chacun a accepté de faire un pas. Je suis prêt à poursuivre cette démarche avec vous, avec la même franchise et la même volonté d'aboutir", leur écrit-il.
Mais le gouvernement se heurte en ce début d'automne à une nouvelle composante : la primaire de la gauche, qui impose à chaque candidat de jouer sa propre partition. Selon les informations de franceinfo, l'exécutif ne sait pas si en parlant à telle personnalité socialiste, celle-ci emporte le reste du groupe avec elle. Olivier Faure, patron du PS et candidat à la primaire, semble se positionner sur une ligne dure. "Le suspense est faible, pour ne pas dire inexistant", assure-t-il, dès l'université d'été du PS à Blois (Loir-et-Cher), le 28 août. Et d'annoncer : "Il y aura censure."
"C'est difficile de nous positionner en amont, on reste ouverts à la discussion", nuance de son côté, le 16 septembre, la cheffe de file du PS sur le budget, la députée Estelle Mercier, lors de la présentation du contre-budget socialiste. Auprès de franceinfo, elle évoque "un contexte plus tendu, marqué par la présidentielle et le contexte économique dégradé". "Tout le monde se dit que le juge de paix, ce sera la présidentielle. C'est un budget d'attente", balaye un parlementaire socialiste.
"Le temps nécessaire"
Au sein du gouvernement, l'élection de 2027 n'est pas seulement vue comme un paramètre négatif. "L'année dernière, la présidentielle était trop loin. Tout le monde pouvait faire n'importe quoi. Les candidats n'étaient pas rattrapés par le réel", juge une source au sein de l'exécutif. Comme Marine Le Pen, ceux qui croient en leurs chance d'accéder à l'Elysée ne censureront pas, au moins avant d'avoir sécurisé le budget, pour ne pas se retrouver avec une loi spéciale dans les pattes en mai prochain, parie-t-on dans les couloirs du pouvoir. "Cela nous protège aussi d'être éloigné du match de la présidentielle et donc de ne pas être une cible", ajoute une influente ministre.
Mais, dans les rangs des soutiens au gouvernement, on est un peu moins optimiste. "Il faut que l'examen du budget soit plus court que l'année dernière car ça va être une tribune pour l'élection présidentielle", soupire un député Renaissance.
"Le gouvernement gagnerait à réduire la périodicité des débats. Je plaide pour un 49.3 très rapidement, dans les jours qui suivent le début de l'examen à l'Assemblée."
Un député Renaissance
à franceinfo
Sauf que ce n'est pas l'intention de Sébastien Lecornu. Le Premier ministre, qui a annoncé vouloir réaliser 54 milliards d'euros d'économies afin de parvenir à 5% de déficit, entend bien aller au bout de l'examen budgétaire, comme l'année dernière. "Nous ne ferons rien dans la précipitation. Nous prendrons donc le temps nécessaire au débat", a-t-il assuré dans sa lettre aux parlementaires.
Mais cette année, le Premier ministre s'est bien gardé de promettre de ne pas recourir au 49.3, contrairement à l'année dernière. Il avait finalement été contraint de le dégainer. "Il n'y aura ni 49.3, ni ordonnances, et à la fin, il y aura un vote !", a-t-il tout de même tenté dans une interview au Figaro. En réalité, personne n'est dupe : un vote sur le budget à la loyale est impossible. "On veut laisser sa chance à la discussion parlementaire. Après, toutes les issues restent ouvertes, y compris la voie des ordonnances", résume une source dans l'exécutif.
Avec l'épée de la censure qui planera tout au long des débats et qui fait murmurer, dans les allées du pouvoir, le mot "dissolution" à certains. "Si le gouvernement tombe, cela ouvre la voie à la dissolution", assène un membre de l'exécutif. "Le président n'aura aucun problème à dissoudre en cas de censure et c'est pour ça qu'il n'y aura pas censure, notamment du RN. Cela les priverait de dissoudre de nouveau en cas de victoire en mai prochain", assure un député Renaissance. La Constitution interdit, en effet, de procéder à une nouvelle dissolution pendant l'année qui suit la précédente, mais le débat reste ouvert parmi les juristes si un nouveau président de la République a entre-temps accédé au pouvoir.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Le gouvernement aura recours au 49.3 ou aux ordonnances pour faire adopter le budget 2027 en cas de blocage parlementaire.
Likely · Within weeks
Le Rassemblement national ne votera pas la censure du gouvernement tant que le budget ne sera pas adopté, afin d'éviter une loi spéciale prolongée.
Possible · Within months
Open Questions
- Le gouvernement pourra-t-il éviter le recours au 49.3 ou aux ordonnances pour faire adopter le budget ?
- Le Rassemblement national choisira-t-il la voie de la censure malgré les déclarations d'ouverture de certains de ses cadres ?
- Quel sera l'impact de la primaire de la gauche sur les négociations budgétaires avec le PS ?
- Le gouvernement réussira-t-il à atteindre son objectif de 54 milliards d'euros d'économies pour réduire le déficit à 5% ?




