
Trois décès liés au virus West Nile sont recensés en région parisienne. Faute de traitement ou de vaccin, les experts alertent sur une exposition croissante de l'Europe face aux arbovirus.
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Le virus du Nil occidental est un arbovirus transmis par les moustiques du genre Culex, qui touche de plus en plus l'Europe et la France.
Trois décès liés au virus "West Nile" sont recensés en région parisienne : un "chiffre important", alerte le virologue Yannick Simonin. Alors qu’il n’existe à ce stade ni traitement ni vaccin, et que l’Europe est de plus en plus exposée aux virus transmis par les moustiques, comment se protéger ?
Le virus du Nil occidental ou virus "West Nile", provoque des morts en région parisienne. Dans son dernier bilan, au 28 septembre, Santé publique France (SPF) annonce que "23 cas humains autochtones d’infection (...) ont été identifiés en Île-de-France, dont 13 formes neuro-invasives et trois personnes décédées".
"En 2026, des cas aviaires et équins d’infections (...) ont également été identifiés dans la région", précise l’agence. SPF rappelle enfin que "l’été 2025 avait été marqué par l’émergence du West Nile en Île-de-France".
"Déjà trois morts, c’est un chiffre important par rapport à la circulation historique du virus et le nombre de décès associés. La saison de circulation du virus n’est pas terminée et peut se poursuivre jusqu’au mois de novembre. Les premiers cas identifiés d’infection en région parisienne datent seulement de l’an dernier", réagit Yannick Simonin, professeur de virologie à l’université de Montpellier.
Le virus est à l’origine de 145 cas humains depuis fin juin au niveau national, selon SPF. Un chiffre inédit : le précédent record avait été établi l’an dernier, avec 62 cas et les cinq premiers morts jamais enregistrés en France.
"Ce qu’on détecte, ce n’est que le sommet de l’iceberg. Il y a potentiellement dix fois plus de cas réels non identifiés, la circulation est largement sous-évaluée", souligne Yannick Simonin. "80 % des personnes infectées ne manifestent pas de symptômes. Et beaucoup de personnes atteintes de syndromes pseudo-grippaux, comme des maux de tête ou de la fièvre, ne vont pas forcément consulter un médecin. Et même lorsqu’on consulte, le virus n’est pas forcément diagnostiqué", poursuit-il.
Le virus transmis par les moustiques "qui provoque le plus de décès en Europe"
Les cas détectés font souvent suite à des dons du sang, ainsi qu’à des formes sévères du virus. "Sa particularité, c’est d'atteindre le cerveau pour les cas graves : il est classé comme virus neurotrope. Il peut provoquer des encéphalites, des inflammations du tissu cérébral ; et des méningites, des inflammations des méninges", les membranes qui protègent le cerveau, détaille le virologue, auteur de Virus : la menace invisible (éditions Hygée).
"La très grande majorité des décès sont liés à ces atteintes du cerveau. Aujourd’hui, il n’y a pas de traitement spécifique pour agir au niveau du cerveau, afin d'éliminer le virus ou soigner la maladie", poursuit-il.
Le virus du Nil occidental est un arbovirus transmis par des insectes, principalement des moustiques. "Contrairement au chikungunya, il n’est pas transmis par les moustiques-tigres, mais par les moustiques communs, du genre Culex, présents sur l’ensemble du territoire. Ils piquent le soir et la nuit. Les moustiques se contaminent sur des oiseaux infectés : soit des oiseaux migrateurs qui reviennent d’Afrique, soit des oiseaux infectés localement, en Europe", explique Yannick Simonin.
"Pour se prémunir, on peut utiliser des moustiquaires et certains répulsifs. On peut aussi essayer d’éliminer les eaux stagnantes, dans les terrasses et les jardins par exemple, pour éviter la ponte", conseille-t-il. À noter que si les chevaux peuvent également être infectés par les moustiques, le virus n'est pas transmissible entre humains.
Régulièrement détecté dans le Sud, avant de toucher la Nouvelle-Aquitaine depuis 2022 et l’Île-de-France depuis 2025, "le virus a actuellement une dynamique de circulation assez forte au niveau européen". "Pour l’heure, on compte un peu moins de 80 décès en Europe, une grande partie des cas identifiés sont en Italie. Parmi les virus transmis par les moustiques, c’est celui qui provoque le plus de décès en Europe", indique le virologue.
Un virus "probablement très largement favorisé par le changement climatique"
"Ça s’explique justement par la capacité du virus à atteindre le cerveau et provoquer des formes neurologiques sévères. C’est compliqué d’agir à ce niveau-là. On estime qu’environ 1 % des cas liés au virus peuvent aboutir à des décès, selon les différentes études publiées. Des programmes de recherche s'attellent à développer des traitements et des vaccins, pour protéger les personnes les plus fragiles : les personnes âgées, les personnes immunodéprimées, et les personnes avec des comorbidités, par exemple du diabète ou de l’hypertension", explique le professeur de virologie.
"On va avoir de plus en plus de cas en Europe", prévient Yannick Simonin, qui met en avant "plusieurs leviers d’actions au niveau institutionnel". Suivi, réseau de surveillance… "Il faut chercher à mieux comprendre quelles espèces aviaires importent le virus en Île-de-France, et quels oiseaux le maintiennent dans le territoire. On a peu d’informations là-dessus, on a besoin de compléter nos données", pointe-t-il.
Record des cas de dengue en France en 2022, record des cas de chikungunya en 2025, record des cas de virus West Nile cette année… C’est le signe qu’il se passe quelque chose d’important
Yannick Simonin, virologue
Le virologue précise que "le virus du Nil occidental est probablement très largement favorisé par le changement climatique, qui va impacter sa propagation, plus que pour d’autres virus". "Jusqu’à certains niveaux, les températures plus élevées ainsi que les orages favorisent la ponte des moustiques. Le changement climatique impacte aussi le réservoir aviaire. C’est plus compliqué à appréhender, mais les comportements des oiseaux et les couloirs de migration peuvent être influencés", détaille-t-il.
Yannick Simonin évoque un "basculement" actuel face aux virus transmis par les moustiques. "En 2022, pour ces virus, on a compté en France plus de cas d'infection que le cumul de tout ce qu’on avait identifié les années précédentes", rappelle le professeur de virologie. "Record des cas de dengue en France en 2022, record des cas de chikungunya en 2025, record des cas de virus West Nile cette année… C’est le signe qu’il se passe quelque chose d’important", ajoute-t-il.
"C’est une tendance globale, on est de plus en plus exposé à des virus qu’on considérait comme exotiques il y a encore quelques années. Il faut se préparer à affronter de nouveaux types de maladie, avec des programmes de diagnostic, de prise en charge et de surveillance", alerte le virologue.
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Hausse future des cas de virus West Nile en Europe
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