
Cécile Kohler et Jacques Paris, deux professeurs français arrêtés en mai 2022 en Iran, ont été libérés en novembre 2025 après 1 277 jours de détention arbitraire à la prison d'Evin, où ils ont subi isolement, torture psychologique et faux aveux sous pression des services de renseignement iraniens.
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Cécile Kohler et Jacques Paris ont été arrêtés en mai 2022 en Iran alors que leur voyage touristique touchait à sa fin, dans un pays qui n'était pas encore en guerre ouverte avec l'Occident.
Pendant 1 277 jours, ils ont été retenus en otage en Iran. Cécile Kohler et Jacques Paris, un couple de professeurs français, ont été arrêtés en mai 2022 alors que leur voyage touristique touchait à sa fin, dans un pays qui n'était pas encore en guerre. Sans ménagement, ils sont aussitôt conduits à la tristement célèbre prison d'Evin, au nord de Téhéran, où sont détenus les opposants politiques, mais aussi les ressortissants étrangers accusés d'espionnage.
La sinistre section 209 où ils sont incarcérés séparément est le quartier le plus sensible de la prison : un bâtiment où se trouve le centre d'interrogatoire, contrôlé par les services de renseignement iraniens. Les rares échanges autorisés entre eux sont surveillés et enregistrés par leurs geôliers.
Les deux enseignants vont vivre plusieurs mois à l'isolement, privés de tout contact avec l'extérieur, dormant à même le sol sous une lumière crue allumée 24 heures sur 24. Jacques Paris a été placé un temps "dans une toute petite cellule, moins de 4 mètres carrés", sans aucune aération. "Il faisait en permanence plus de 30 degrés et je me mettais à plat ventre pour respirer le mince filet d'air sous la porte", raconte-t-il.
"Déshumaniser totalement le prisonnier"
Outre ces conditions de détention, les pressions psychologiques et les menaces sont constantes. A chaque interrogatoire, Jacques Paris s'entend dire "Pour ta famille, tu es déjà mort", ou encore "On va vous arracher les ongles", "On va vous tuer", témoigne-t-il. Des pratiques connues sous le nom de "torture blanche", déjà décrites par des rescapés des geôles iraniennes. Son but est de "déshumaniser totalement le moindre prisonnier, explique le journaliste Armin Arefi, [de leur] faire croire qu'ils sont seuls, que personne n'est mobilisé pour leur libération et qu'ils vont peut-être mourir, de les mettre dans un état de fragilité psychologique qui ne laisse aucune trace physique sur leur corps, mais qui les bousille mentalement".
Lors d'interrogatoires filmés, parfois pendant six heures par jour, les deux otages français sont harcelés de questions, jusqu'à les "mettre dans une situation d'incertitude, visant à vous faire douter de votre propre mémoire et des faits", explique Jacques Paris. Après plus de trois semaines de ce traitement, poursuit-il, "ils m'ont dit que tout ça, ça ne valait rien, que j'allais être condamné à mort si ça continuait comme ça, et qu'il fallait donc tout recommencer". Entendre la vérité n'est de toute façon pas ce qu'attendent les geôliers : "Vous avez beau parler des faits, eux, ils vont sans cesse vous dire 'non, ce n'est pas vrai, non, vous n'avez pas dit ça, vous n'avez pas fait ça, vous n'étiez pas à cet endroit-là'. Et donc on rentre dans notre cellule et on devient fou", continue Cécile Kohler.
"Ce qui les intéresse, c'est de briser votre esprit. Et d'appliquer la méthode 'Donnez-moi un homme, je lui ferai avouer son crime'. Ils essaient de vous faire admettre que la seule issue pour vous, c'est d'entrer dans leur récit."
Jacques Paris, retenu en otage pendant 1 277 jours en Iran
dans "Envoyé spécial"
Les deux Français doivent finalement entrer dans le récit de leurs tortionnaires et sont contraints à de faux aveux d'espionnage. Six mois après leur arrestation, les premières nouvelles d'eux arrivent sous la forme d'une pseudo-interview, diffusée à la télévision iranienne à une heure de grande écoute. On y entend Jacques Paris affirmer avoir "été recruté par la DGSE", de même que Cécile Kohler, divulguant un nom de code, "Cécile Dirécley" et un objectif : travailler à renverser le gouvernement iranien…
"Vous êtes obligé de vous nier vous-même"
Ces accusations n'ont évidemment aucun rapport avec la réalité. "Moi, témoigne Jacques Paris, je leur disais 'dites-moi ce que je dois dire'. Vous ne pouvez pas imaginer ce qu'on ressent quand on est obligé de faire ça, qu'on n'a pas le choix !" Réalisée à partir d'images de vidéosurveillance, la vidéo de 30 minutes est alors censée étayer les accusations d'espionnage du régime iranien, fragilisé par le puissant mouvement "Femme, vie, liberté" qui a suivi la mort de Mahsa Amini, tuée par la police des mœurs pour un voile mal porté.
La détention arbitraire des deux Français ne prendra fin qu'en novembre 2025. Elle illustre la méthode du régime iranien dite "diplomatie des otages", utilisée pour faire pression sur le pays occidental dont est originaire le citoyen arrêté et accusé d'espionnage ou de menace à la sécurité de l'Etat.
Extrait de "1 277 jours dans les geôles iraniennes", à voir dans "Envoyé spécial" le 15 octobre 2026.
AI outlook — possibilities, not facts
Le gouvernement français demandera des comptes à l'Iran sur les conditions de détention de ses citoyens.
Likely · Within weeks

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