Zazie se confie sur son nouvel album « Volatil » et les maux de notre époque
À l’occasion de la sortie de son douzième album studio, la chanteuse évoque les thèmes sombres de ses chansons, l'intelligence artificielle, les violences faites aux femmes et son engagement pour les sinistrés.
Quick Look
À l'occasion de la sortie de son douzième album « Volatil », la chanteuse Zazie se confie sur les sujets graves de ses chansons, de la violence du monde à la maladie d'Alzheimer, tout en abordant l'intelligence artificielle et l'actualité.
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Why It Matters
Zazie sort son douzième album studio intitulé Volatil le 2 octobre.
«Vous trouvez qu’il est dépressif, cet album ? », nous demande Zazie que l’on retrouve à la terrasse de son café de prédilection dans le 20e arrondissement. On lui répond que non, ce n’est pas l’impression que nous a faite Volatil, son douzième opus studio qui sort le 2 octobre. Si les sujets abordés dans certaines chansons, de la violence du monde à la maladie d’Alzheimer, sont sérieux et sensibles, la plupart des orchestrations, souvent rock, pop ou électro, créent un contraste qui incite à se déhancher. C’est ce qu’elle préconise dans Une ordonnance, le morceau qui ouvre le disque : « Pour ne pas qu’ils pleurent, nos cœurs, il faut qu’ils dansent, pour ne pas que la peur mène la danse »…
Votre regard désabusé et interrogatif sur le monde et ses violences persiste dans cet album. Il y a vingt ans, vous chantiez « J’étais là ». Écririez-vous la même chanson aujourd’hui ?
Je pense que je pourrais malheureusement écrire exactement la même. Elle partait de quelque chose de plus intime mais, à l’époque, l’idée de regarder le monde comme une impressionniste était déjà là. Je m’interrogeais : est-ce qu’on agit suffisamment contre ce qui ne va pas ? Pas trop. Pas assez. Je suis aujourd’hui moins en colère avec moi-même par rapport à ça. Je viens d’un univers judéo-chrétien, assez poli, où il y a les bonnes causes, etc. Je participe à plein de choses, aux Restos du cœur, à l’Amref [une ONG africaine de santé publique]… On a toujours envie de faire mieux, mais je serais un peu moins défaitiste sur le « Je n’ai rien fait ». Si les chansons que j’écris font du bien à quelqu’un, c’est déjà pas mal et utile à la société. Je fais ça, c’est pas tout, mais c’est pas rien.
« C’est toujours la même histoire, que je répète encore… », chantez-vous. Les années passent et rien ne change ?
Je trouve que la petite histoire, comme la grande, se répète. J’ai mes récurrences de névroses ou de thèmes que j’aime, mais l’humanité est un peu en boucle dans quelque chose d’assez anxiogène.
Dans de précédentes interviews, vous me disiez que vous avez eu du mal à imposer « Je suis un homme » ou « Cyclo » comme singles auprès de votre maison de disques. Vous avez aussi dû batailler sur cet album ?
Ma maison de disques m’a dit qu’il y avait beaucoup de chansons qui pouvaient sortir en deuxième single, mais qu’elle ne voyait pas quel morceau lancer en premier. J’ai boudé deux jours, puis j’ai pondu Peu importe. Quinze jours après, je la leur ai livrée et ils l’ont trouvée très bien. Mais on n’a pas tellement bataillé. Je fais en sorte de faire se côtoyer des chansons comme La même histoire et des morceaux plus « formatés » pour la radio, c’est-à-dire qui font moins de trois minutes. Je préfère m’auto-éditer, que de me faire taillader la chanson par les radios, ce qui m’est arrivé à l’époque avec Larsen et ça m’avait complètement traumatisée. Il y avait une coupe passant de « sourd » à « on devient larsen », ce qui ne veut rien dire. Là, j’ai voulu que La même histoire sorte, avec un clip, pour montrer l’aspect plus austère de l’album. Ce morceau est trop long pour aller en radio et je n’avais aucune intention de couper le moindre couplet. Donc on le fait exister comme ça.
Dans « Zazie. A », vous parlez de l’intelligence artificielle. Elle vous inquiète ?
J’y parle de l’IA générative. Quand on fait de la musique, on emploie des logiciels qui sont vachement intéressants, mais c’est nous qui les générons. [Christophe] Willem, sur ses réseaux, avait demandé à une IA de concevoir une chanson à sa manière et ça avait sorti un morceau avec sa voix. La tête qu’il fait en l’écoutant est à mourir de rire. Mais on a encore, Dieu merci, une petite marge parce que la musique est faite d’accidents, de reliefs, de failles… Ce que l’IA ne prévoit pas. Et puis cette chanson c’est une réflexion sur les réseaux soucieux. Je m’en méfie énormément.
C’est-à-dire ?
Ils peuvent être un magnifique outil pour communiquer. Quand le clip de La même histoire est sorti, je suis allée lire les commentaires pour voir si les gens étaient contents ou pas. J’ai été rassurée mais il y avait aussi des « Elle est tapée », « Qu’est-ce qu’elle a fait à ses cheveux ? ». C’est fou. J’ai 62 ans, je viens d’une génération où on pouvait dire ce qu’on pensait mais on pensait à ce qu’on disait avant. Là, il y a des gens qui sont énervés, frustrés, envieux, jaloux, et qui se lâchent. Je trouve ça assez triste, parce que ce n’est pas du tout la vraie vie. La plupart le font d’une manière anonyme, c’est affligeant.
Le choix de garder vos cheveux gris a effectivement beaucoup été commenté. Vous l’évoquez d’ailleurs dans une chanson..
Pour les photos de l’album, le photographe m’envoyait les images en me proposant 15 % de retouches, 20 %, 30 %… Systématiquement, je prenais la première. Je suis sûre de vouloir assumer quelque chose, quitte à me taper des réflexions. Si les gens disent : « Oh la la, elle est vieille », c’est juste. Ben oui, j’ai un certain âge, ce n’est pas un gros mot.
Une de vos chansons s’intitule « La Nostalgie ». Est-ce une émotion que vous éprouvez régulièrement ?
Pas tellement. Je peux certes dire « C’était mieux avant » mais parce que je fais partie d’une génération qui a vécu une adolescence sans portable, sans Internet. J’ai été cependant l’une des premières artistes à faire un site parce que je trouvais ça intéressant, donc je ne suis pas contre l’évolution. Pour cette chanson, je suis partie d’une histoire très intime, sur la manière de vieillir. Je suis plutôt mélancolique. La mélancolie, c’est une tendresse exercée envers soi. Je préfère être triste qu’angoissée. La nostalgie, c’est regarder dans le passé, se dire qu’on ne vit plus de choses bien. La chanson raconte que, dans l’Alzheimer, il y a peut-être une partie délibérée, une envie d’oublier ce qu’on voit ou ce qu’on ne vit plus.
Vous êtes d’accord si je dis que cette chanson, qui parle de votre mère, est la plus intime de votre répertoire ?
Il y a eu des chansons bien plus intimes. Comme Je ne sais pas qui parlait de quelque chose qui m’était arrivé avec un amoureux à l’époque. Pour La Nostalgie, je suis partie de ce qui se passait dans ma famille, mais pas que. La mère que je décris n’est pas tout à fait la mienne. La mienne est joyeuse, elle perd la tête, elle a 93 ans, elle est en pleine forme, elle court dans la rue…
Vous y chantez, « la nostalgie, maman, c’est quand la peur mène la danse », comme un écho aux paroles d'« Une ordonnance »…
Au début, je m’étais marrée et j’avais glissé pleins de petites références d’une chanson à l’autre. Dire la même chose, mais à un autre endroit. J’en ai enlevé parce que les gens auraient pu croire que je fais mal mon boulot. J’en ai quand même gardé quelques-unes, disant le contraire de ce que je dis avant. C’est ça aussi qui est génial en matière de création. Le lundi, on peut dire un truc et le mardi, exactement l’inverse. On n’a pas tout le temps une même pensée sur un même sujet. On n’est pas toujours dans le même état. Cet album, c’est six mois d’écriture, un an de travail. Je n’ai pas trop de fonds de tiroir mais il y a aussi quelques chansons que j’ai récupérées et que j’ai écrites il y a longtemps.
Comme par exemple ?
Où la vie va. Ou Naïve, qui est une chanson que j’ai écrite il y a vingt ans pour une chanteuse à la tonalité était très haute. Elle ne me l’a pas prise. J’ai laissé cette chanson de côté et, régulièrement, des gens qui l’avaient entendue me la demandaient. Souvent des chanteurs, parce qu’elle est quand même un peu technique. Mais ça ne s’est pas fait. Alors je me suis dit que j’allais essayer, en la baissant un peu. C’est toujours mon clavier d’il y a vingt ans. On a ajouté des cordes et j’ai réactualisé le texte pour qu’il me corresponde.
« Y’a plus de saison » est l’un des sommets de l’album. Elle mène sur des fausses pistes. On pense qu’il est question du changement climatique mais son vrai sujet ce sont l’emprise, les violences faites aux femmes…
Je me suis demandé comment parler de ce sujet. J’avoue que l’affaire Pelicot m’a heurtée à bien des endroits, sur le courage de cette femme, comme sur l’horreur de ce qu’elle a vécu. Comment faire une chanson de plus sur ça ? Je t’accuse de Suzane, par exemple, est une très belle chanson, qui aborde ce que ces femmes ont vécu. Moi, je n’ai pas vécu ça. J’ai évidemment vécu des petits slaloms où on fait un peu gaffe et où on se fait agresser, mais pas à ce point-là. Je me suis dit que j’allais passer par la nature pour arriver au contre-nature. Pour pas mal de ces femmes qui parlent de la violence conjugale, il y a eu un glissement de terrain qu’elles n’ont pas vu venir. Elles se retrouvent dans une situation où soit elles se barrent, soit elles en meurent. Ce qui m’intéressait, c’est ce côté très atmosphérique, très météorologique, d’une relation toxique. Parce que c’est ce qui arrive avant qu’on n’en parle dans les faits divers.
Vous vous êtes exprimée au printemps au sujet de l’affaire Patrick Bruel, en disant qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Il y a eu d’autres accusations depuis. Il a annulé sa tournée. C’était la décision à prendre, selon vous ?
D’abord, pour remettre l’église au milieu du village, j’avais commencé par dire que je n’ai été témoin d’aucun agissement de ce genre. Sinon, il m’aurait entendu bien avant et j’en aurais parlé. Patrick Bruel est un grand séducteur, il n’est pas le seul. Mais quand il y a autant de femmes qui disent quelque chose, il faut les écouter. La justice va s’occuper de ça. De la même manière qu’il a décidé assez rapidement de ne pas faire partie des Restos du cœur pour ne pas mettre en danger Les Enfoirés, je pense que, pour apaiser les choses, il a eu raison de prendre cette décision. Après, je ne suis pas forcément pour, si on prend l’exemple d’un Gérard Depardieu, se dire qu’on va enlever toute la cinématographie du monsieur parce que c’est un salaud. Sinon, on enlève Louis-Ferdinand Céline, Richard Wagner, etc. Je pense qu’il faut prendre le temps de l’apaisement pour laisser la justice se faire. Ce qu’il faut comprendre aussi, c’est que c’est une décision qui est forcément compliquée parce qu’il y a soixante-dix personnes qui mangent grâce à une tournée comme ça.
Vous avez participé fin août à Bordeaux au concert de solidarité pour les victimes des incendies…
J’étais en Grèce quand j’ai vu ce qu’il se passait en France. J’ai pensé à Pascal [Obispo] qui habite dans le Sud-Ouest. Je lui ai demandé si ça allait et il m’a répondu qu’il était en train de faire à manger à trente gendarmes qui venaient de monter un poste pour organiser les infrastructures… Et puis je voyais les images, c’était atroce. En même temps, il y avait un élan des gens sur place. Dans cette horreur, il y a cette belle réaction de solidarité, parce qu’il le fallait, il n’y avait pas le choix. Quand Pascal m’a parlé de faire un concert, j’ai répondu que si c’était télévisé, ce devait être national, qu’il fallait évoquer la Gironde mais aussi les Landes, le Var…
On misait sur 500.000 euros récoltés. Entre la billetterie, le merchandising, les dons, on a dépassé les 2 millions… Ça ne va pas suffire. Ça veut dire que chaque personne sinistrée aura moins de 1.000 euros de notre part. Mais il est important de leur dire qu’on ne les oublie pas. Car je pense que le pire pour ces gens, c’est ce qu’ils ont vécu mais aussi ce qui va leur arriver maintenant, si tout le monde les oublie.
« Pour ne pas qu’ils pleurent, nos cœurs, il faut qu’ils dansent »… A ce concert de solidarité, votre « ordonnance » a été respectée…
C’était incroyable. Les gens ont dansé. J’ai rarement vu ça. Le public des Enfoirés est extraordinaire parce qu’il participe, mais c’est une grosse machine bien rodée. Là, le public accueillait la singularité de chaque artiste avec tendresse. Jeanne Mas, David et Jonathan, Axel Bauer, moi… Dans la loge, j’étais avec Jeanne Mas et Natasha St-Pier. On n’a rien à voir les unes avec les autres, mais c’était délicieux.
Ce soir-là, tout le monde était d’accord, y compris les personnalités un peu fortes. Il y avait un truc plus fort que nous. Les ego étaient mis au vestiaire. Il y avait comme un petit état de grâce parce que le public et nous savions pourquoi on était là.
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Sortie de l'album Volatil
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