La terre, au cœur de la révolution viticole en Provence
Durant des années, à coups de pesticides et de labours, la terre a été négligée, abîmée, dépouillée de sa vie intime, de tous ces êtres vivants qui participent à sa bonne santé, à la nôtre et aux qualités gustatives des vins. En Provence et ailleurs, elle s’est craquelée sous les pics de chaleur, s’est érodée sous les coups de boutoir de pluies diluviennes. Et pourtant, voici qu’elle revient au premier plan. Elle est celle que les vignerons protègent, celle que l’on enherbe, que l’on évite de labourer pour ne pas la tasser et détruire ses habitants.
Viticulture biologique, biodynamique, régénérative, agroforesterie : autant de nouvelles pistes respectueuses de la vigne et de son environnement. Une viticulture qui réhabilite le sol, le soigne. Le poétise. «Il y a une odeur de terre mouillée qui est comme une joie», écrivait Colette, l’amoureuse des jardins et de sa treille provençale, plus qu’aucune autre. «La Terre ne ment pas», professait Zola. Elle ne ment plus, corrigerait-on.
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«La beauté sous nos pieds»
Si le sol était abordé au milieu des années 1990, «il ne faisait même pas partie des matières étudiées dans le tronc commun. C’était une problématique pointue réservée aux spécialistes et qui se limitait aux aspects physico-chimiques», se souvient l’œnologue Laurence Berlemont. Début 2000, la terre est certes un objet d’étude mais toujours sur le même angle «axé sur son aspect physique, sa granulométrie, sa capacité chimique d’échange, de rétention d’eau». En revanche, «son écosystème était largement passé à la trappe», reconnaît Mathieu Meyer, directeur de Château Galoupet. Pas mieux durant ses études d’œnologie à Montpellier, où le «focus se portait sur la plante, son système racinaire, les précurseurs aromatiques, la physiologie, mais rien sur l’interaction avec le sol».
Dans sa fable d’anticipation, Le Chant du sol (Seuil) parue au printemps, l’ancien ministre Julien Denormandie met en scène son ancienne école, le château de style Louis XIII, les douves et le parc de 290 hectares. Des lieux d’études prestigieux, que cet ingénieur passionné de forêt depuis sa plus tendre enfance a quittés pour poursuivre sa formation dans le corps du génie rural. Loin de lui l’idée de remettre en cause l’excellence de l’enseignement à «Grignon». Mais «avec le recul», il s’interroge sur la place scientifique, que le sol y prenait au détriment d’une approche globale. Pour le haut fonctionnaire, la terre, qu’elle soit agricole ou forestière, n’est pas seulement un substrat ou un simple support de production. Elle est un «véritable personnage, à partir duquel tout est lié». L’approcher nécessite une «prise en compte globale, holistique et écosystémique». Car que serait un sous-sol dénué de ses strates d’argile, de graves ou de calcaire qui participent à la magnificence viticole ? Que serait le vin, «ce corps vivant où se tiennent en équilibre les «esprits» les plus divers, les esprits volants et les esprits pondérés, conjonction d’un ciel et d’un terroir», disait le philosophe et épistémologue Gaston Bachelard.
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