Alain Soral : l'idéologue d'extrême droite et son influence sur les jeunes
Quick Look
- Alain Soral, idéologue d'extrême droite âgé de 68 ans, connaît un regain d'attention après les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites passés de Jordan Bardella.
- Ses vidéos, vues par des centaines de milliers voire des millions de personnes, attirent un public jeune et masculin, mêlant provocation, antiféminisme et antisémitisme.
- Des sociologues et historiens analysent son rôle dans la radicalisation de certains jeunes, notamment via des références partagées sur les réseaux sociaux, tandis que d'autres témoignent de leur prise de distance avec ses idées.
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Why It Matters
Alain Soral, idéologue d'extrême droite, est connu pour ses vidéos antisémites, masculinistess et antisystème. Il a fondé l'association Egalité et Réconciliation (E&R) en 2007 et a été condamné plus d'une vingtaine de fois pour provocation à la haine et contestation de crimes contre l'humanité. Son influence s'étend notamment via YouTube et Facebook, où ses vidéos cumulent des centaines de milliers voire des millions de vues.
Le décor était minimaliste. Un riff de guitare électrique en guise de générique, puis l'idéologue d'extrême droite apparaissait plein écran, vêtu d'un col roulé. Assis sur un canapé rouge, il allait débiter, pendant une heure, parfois deux, sa logorrhée antisystème, masculiniste et antisémite.
Le nom d'Alain Soral, reconnaissable à son crâne chauve, a refait surface lundi 28 septembre, dans la foulée des révélations de Mediapart sur les écrits antisémites que Jordan Bardella aurait tenus du temps de ses débuts au Front national il y a treize ans. D'après le média d'investigation, le président du RN vouait à l'époque "une fascination" aux thèses racistes du Franco-Suisse. "Ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits", a par exemple écrit, selon le site, le président du RN en septembre 2013, évoquant la "soumission de la France à une logique sioniste" ou le fait que "sionisme et domination bancaire so[ie]nt liés (Goldman Sachs, Rothschild, Lehman Brothers…" L'intéressé dément et dénonce des "faux grossiers" publiés par Mediapart.
"Des centaines de milliers, voire des millions de vues" sur ses vidéos
En juin 2012, dans ses vidéos fleuves, souvent sous forme de monologues, Alain Soral vante par exemple des "intelligences supérieures comme la [sienne], fondées sur une virilité morale et physique authentique". Quelques mois plus tard, il dénonce une France "entièrement sous domination juive" et pérore sur la manière dont "le capitalisme mondialisé" se servirait "du féminisme pour imposer sa loi et affaiblir la lutte des classes". Alain Soral a, à ce jour, déjà été condamné plus d'une vingtaine de fois, notamment pour provocation à la haine et contestation de crimes contre l'humanité.
De l'autre côté de la caméra, partout en France, des dizaines de milliers de personnes boivent ses paroles. Une partie de ces adolescents et jeunes adultes vient chercher dans cette cyber-agora à la fois des clés de lecture politiques, de la provocation et des références à partager dans ses outrances, souvent republiées sous la forme de vidéos virales sur YouTube et Facebook. "Jusqu'en 2017, c'est quelqu'un qui fait des centaines de milliers de vues, voire des millions de vues sur des vidéos YouTube longues", rappelle Mathieu Molard, journaliste spécialiste de l'extrême droite à StreetPress, coauteur du livre Le Système Soral : enquête sur un facho business (2015). "Alain Soral, c'est l'un des premiers personnages politiques d'internet."
"Une audience plutôt jeune, plutôt masculine"
Alain Soral, 68 ans aujourd'hui, ponctue ses vidéos d'expressions qui trouvent un prolongement dans l'espace public, une fois la caméra coupée. Ses "Quand même" ou "Faut le savoir, hein" deviennent des gimmicks, des signes de ralliement qu'on se répète à longueur de tweets, des hashtags sur les réseaux sociaux. "Ce sont des espèces de références, poursuit Mathieu Molard. Quand on rejoignait la galaxie Soral, on devenait soi-même un dissident, donc un rebelle du système. Certains se sont construits politiquement comme ça."
Profil, âge, positionnement politique… Le profil du "soralien" dépasse largement les seuls sympathisants du FN. "Je parlerais d'une audience plutôt jeune, plutôt masculine", dresse Mathieu Molard, également auteur du livre Au nom des Blancs (2026).
"Il y avait ce truc un peu cool d'en être. Ça donnait le sentiment de faire partie de la résistance, de quelque chose d'interdit, d'un truc sulfureux, outrancier, qui était très grisant pour les gens."
Mathieu Molard, journaliste
à franceinfo
Seulement deux ans séparent Alex de Jordan Bardella. Mais son parcours est bien différent de celui du président du Rassemblement national. Français d'origine maghrébine, technicien de laboratoire, il a 29 ans et vit dans une cité HLM des Hauts-de-Seine. Adolescent, il croise la route d'Alain Soral sur internet. D'abord par Dieudonné, puis de vidéo en vidéo, attiré par ce personnage "trash, subversif et drôle malgré lui", plus que par ses idées misogynes et antisémites. "Tout est passé par le rire, résume-t-il aujourd'hui, mais aussi par une forme d'antisionisme, pour être honnête".
"C'était un truc avec les potes d'école", se souvient également Sylvain, 28 ans aujourd'hui. "J'ai dû regarder une dizaine de vidéos à tout casser." Désormais ingénieur à Rennes, il ne cache pas sa gêne : "Personnellement, je ne comprenais pas toujours de quoi Alain Soral parlait. Mais j'avais les références qu'il fallait avoir. Un peu comme un film ou une série qu'il fallait avoir vu."
Rassembler des publics a priori éloignés autour d'un ennemi commun
Eric Marlière, sociologue spécialiste des jeunesses populaires et des processus de radicalisation, souligne que le discours de l'idéologue a pu trouver un écho auprès des "diplômés des quartiers prioritaires", mais aussi des jeunes "des espaces périurbains ou des petites classes moyennes en voie de déclassement", réceptifs à son discours antisystème. "Je savais qu'Alain Soral était radical, mais lui, il défendait les Arabes", observe Alex.
Certains pouvaient, résume le professeur des universités à Lille, ne pas être "soraliens" tout en estimant qu'Alain Soral et son entourage "disent des vérités". "II essaie d'allier à la fois un public de base d'extrême droite, avec un public des quartiers populaires, en attirant y compris des gens racisés, des musulmans… Et toujours en disant qu'il ne faut pas se tromper : l'ennemi commun, c'est le juif", décrit encore Mathieu Molard.
Faire converger des publics a priori éloignés autour d'ennemis communs, c'est tout le projet de la "réconciliation" revendiquée par Alain Soral. Il lance en 2007 le site d'Egalité et Réconciliation (E&R), association d'extrême droite, qui cumule des millions de visites. Fin 2014, Alain Soral revendique pas moins de 150 000 visiteurs uniques quotidiennement. Certains des essais qu'il publie se vendent à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires. Le mouvement E&R compte 13 000 adhérents à son pic d'activités autour des années 2010, selon Mediapart. Parmi eux, l'actuel directeur de cabinet de Jordan Bardella, François Paradol, toujours selon le site d'investigation. Dans les années 2000, Alain Soral a aussi son rond de serviette dans certaines émissions à la télévision, chez Thierry Ardisson ou Frédéric Taddeï.
Pour Alex, un épisode en particulier a amplifié la parole d'Alain Soral. A la fin de l'année 2013, Dieudonné est en plein conflit avec Manuel Valls. L'ex-Premier ministre, qui l'accuse d'incitation à la haine raciale et le qualifie de "petit entrepreneur de la haine", s'emploie à faire interdire ses représentations. A mesure que l'ancien partenaire de scène d'Elie Semoun dénonce les interdictions dont il fait l'objet, Alex, qui le regarde alors régulièrement, y voit presque la confirmation du discours antisystème qu'il entend. "Quand tu le suis, tu ne comprends pas trop pourquoi il est interdit, parce que tu ne vois pas le problème, et du coup tu te dis : 'Bah attends, en fait il a peut-être un peu raison.'"
"A l'intersectionnalité des haines"
L'historienne Chrystèle Bayon, qui a consacré plusieurs travaux à Alain Soral, notamment à son antiféminisme, distingue plusieurs phases dans la trajectoire de l'idéologue. "Dans les années 2000, il est clairement sur le créneau de la misogynie, de la virilité", retrace-t-elle, en observant qu'il a également su profiter du mouvement de La Manif pour tous, contre le mariage entre couples de même sexe, en 2012. Avec son rapprochement avec Dieudonné, "à partir des années 2010, il prend vraiment le créneau antisémite". Homophobie, misogynie et racisme se superposent, mais, "selon les moments, une dimension va être plus importante qu'une autre", observe l'historienne, pour qui Alain Soral se place "à l'intersectionnalité des haines", du nom de l'étude qu'elle lui a consacrée.
Alex, lui, finira par en sortir assez rapidement. Avec l'âge et d'autres sources d'information, "tu te rends compte que ça tourne en rond", raconte-t-il. "Tu te dis : 'peut-être que je vais essayer de me faire mon propre avis, et avoir aussi l'avis d'autres gens'", se souvient le trentenaire. "Beaucoup grandissent, ouvrent les yeux et prennent leurs distances", remarque également Mathieu Molard. "Ils se disent : 'bon, cet antisémitisme maladif caricatural,stop !'"
"De fil en aiguille, je me suis mis à lire de la littérature néonazie"
Mais tous ne suivent pas cette trajectoire. Au procès du groupe néonazi WaffenKraft en 2023, Evandre Aubert raconte le rôle joué par l'idéologue dans son parcours : "C'est Alain Soral qui a banalisé ces idées", déclare-t-il à la barre à propos de la théorie raciste du "grand remplacement". De fil en aiguille, "je me suis mis à lire de la littérature néonazie", poursuit-il.
Dans la même affaire, Gauthier Faucon, une vingtaine d'années au moment des faits, est décrit par Le Monde comme "biberonné à Dieudonné et Alain Soral". Le jeune homme s'était notamment photographié au camp d'extermination d'Auschwitz en faisant une "quenelle". Sans permettre d'établir une mécanique générale entre le Franco-Suisse et le passage à la violence, ces deux trajectoires documentent jusqu'où certains membres de son public ont pu cheminer.
Peut-on pour autant parler d'une "génération Soral" ? Eric Marlière se méfie du terme. "Une génération, non, c'est excessif. Mais il a marqué un certain nombre de jeunes qui avaient la sensation de subir une forme de déclassement. Il a pris le tournant d'internet, mis en place une stratégie." Le sociologue décrit chez Alain Soral une "forme de culture punk" : une rhétorique provocatrice, capable de "détonner" face aux discours politiques traditionnels et de donner une forme nouvelle à des idées qui, elles, ne le sont pas.
"Une référence incontournable pour les masculinistes"
Aujourd'hui, l'héritage d'Alain Soral se retrouve surtout, de manière plus diffuse, dans les nouvelles générations de la droite radicale et viriliste en ligne. "Des années 2000 à aujourd'hui, il est une référence incontournable pour les masculinistes", observe Chrystèle Bayon. Des youtubeurs et influenceurs populaires dans les milieux d'extrême droite, comme le Raptor Dissident, Papacito ou Valek, ont à leur tour mêlé provocation, humour, virilisme, antiféminisme et dénonciation du "système", sans pour autant reprendre à l'identique l'idéologie soralienne, ni son antisémitisme décomplexé.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
De nouvelles enquêtes journalistiques seront menées sur l'influence d'Alain Soral et de l'extrême droite en ligne sur les jeunes.
Likely · Within months
Des débats politiques auront lieu concernant la régulation des contenus haineux sur les plateformes comme YouTube et Facebook.
Possible · Within months
Open Questions
- Quel est l'impact réel de l'influence d'Alain Soral sur la radicalisation des jeunes en France ?
- Dans quelle mesure les plateformes comme YouTube et Facebook contribuent-elles à la diffusion de ses idées ?
- Existe-t-il des liens avérés entre l'audience d'Alain Soral et des passages à l'acte violents ou terroristes ?
- Comment les jeunes issus des quartiers populaires perçoivent-ils réellement le discours d'Alain Soral ?





