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En 2013, en Afghanistan, les travailleuses de l'entreprise informatique de Roya Mahboob à Herat étaient payées en espèces, ce qui les exposait au vol et au risque de voir leur salaire repris par des proches masculins. Les contraintes culturelles et la faible bancarisation rendaient l'accès aux comptes bancaires théorique, tandis que les systèmes de paiement occidentaux ne fonctionnaient pas dans le pays en conflit.
Douze mots pour emporter ses économies. En 2013, Roya Mahboob – à qui nous avions consacré un portrait en 2023 – dirige une entreprise informatique à Herat, en Afghanistan, dont la plupart des salariés sont des femmes. Les payer en espèces expose tout le monde au danger et ne leur garantit même pas de conserver leur salaire. Elle décide alors de leur verser une partie de leur rémunération en bitcoin.
Treize ans plus tard, la cofondatrice du Digital Citizen Fund revient sur cette expérience dans une tribune personnelle publié par le Wall Street Journal. Son récit ne présente pas Bitcoin comme une solution parfaite, mais comme un outil utilisable lorsque les banques et les réseaux de paiement deviennent inaccessibles.
Bitcoin : Un salaire que les Afghanes pouvaient conserver
Chaque jour de paie l’inquiétait, raconte Roya Mahboob dans les colonnes du WSJ. Transporter une importante somme en espèces dans les rues de Herat l’exposait au vol. Une fois l’argent distribué, ses salariées affrontaient un autre risque : leur père, leur mari ou leur frère pouvait reprendre leur rémunération.
Le problème a pris de l’ampleur lorsque son entreprise s’est associée à une société de médias new-yorkaise pour créer une plateforme rémunérant les articles et les vidéos produits par des Afghanes. Plusieurs centaines de contributrices ont progressivement rejoint le projet.
Et même si les femmes afghanes pouvaient légalement ouvrir un compte bancaire, les contraintes culturelles et la faible bancarisation du pays rendaient cette possibilité largement théorique. Les applications occidentales de paiement ne fonctionnaient pas davantage dans ce pays ravagé par les conflits depuis des décennies.
Roya Mahboob connaissait déjà le hawala, ce réseau traditionnel de courtiers qui permet de déplacer de l’argent sans passer par une banque. Bitcoin lui semblait suivre une logique comparable, mais sans dépendre d’un intermédiaire chargé de valider et de régler chaque transfert.
Son équipe a donc appris aux contributrices à créer un wallet avant de commencer les paiements en BTC. Pour certaines, il s’agissait du premier revenu reçu directement, qu’elles pouvaient économiser et utiliser sans demander d’autorisation.
L’expérience a néanmoins montré les limites du dispositif. Après le sommet atteint par le bitcoin en 2013, son cours a fortement chuté. Des concurrents ont alors accusé l’entreprise de tromper ses salariées. Elle affirme avoir compensé certaines d’entre elles selon la valeur antérieure de leur rémunération, au prix d’un coût important pour sa société. La volatilité constituait alors le principal (et le seul ?) défaut de cet outil.
Afghanistan : Douze mots pour franchir une frontière
Une collaboratrice en a cependant mesuré l’intérêt quelques années plus tard. Menacée, elle a quitté l’Afghanistan en 2016 et traversé l’Iran puis la Turquie avant d’atteindre l’Allemagne. Elle a perdu l’essentiel de ses biens pendant son exil, mais a conservé l’accès à ses bitcoins grâce aux douze mots de récupération de son wallet. Ses fonds n’étaient pas transportés dans son téléphone : cette phrase lui permettait juste d’en reprendre le contrôle depuis un nouvel appareil.
La chute de Kaboul en août 2021 a évidemment confirmé la fragilité des autres moyens de paiement. Les banques ont limité les retraits, les espèces sont devenues rares et les transferts internationaux ont été perturbés. Les propres parents de Roya Mahboob ont rencontré des difficultés pour accéder à leur épargne. On avait alors constaté une hausse de l’intérêt des Afghans pour les cryptomonnaies face au blocage du système bancaire.
Son travail reste pourtant centré sur l’éducation. Le Digital Citizen Fund propose désormais des cours clandestins et une plateforme d’apprentissage baptisée Afghan Dreamers Academy. L’organisation développe également des centres de formation technologique en Afghanistan et au-delà.
AI outlook — possibilities, not facts
L'intérêt pour les cryptomonnaies en Afghanistan augmentera lors des prochaines périodes de restriction bancaire ou de crise politique.
Likely · Within months

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