Bitcoin et le mois de septembre : mythe de la saisonnalité et réalité des marchés
Entre statistiques historiques défavorables et arrivée des ETF spot, la rentrée du bitcoin fait l'objet de nombreux débats parmi les investisseurs.
Quick Look
- Historiquement considéré comme le pire mois pour le bitcoin, septembre affiche des performances souvent négatives entre 2013 et 2024.
- Toutefois, l'arrivée des ETF spot et la structure des cycles réduisent l'impact de cette saisonnalité.
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Why It Matters
Septembre a historiquement affiché des baisses pour le bitcoin entre 2013 et 2024, contrastant avec les performances d'octobre.
Septembre, le mois que les détenteurs de bitcoin aimeraient rayer du calendrier. Entre 2013 et 2024, sept des douze mois de septembre se sont soldés par une baisse du BTC, dont six exercices consécutifs dans le rouge de 2017 à 2022. Performance moyenne de la rentrée : environ -3,5 %, la pire ligne du tableau mensuel de Bitcoin.
Assez régulier pour alimenter chaque été le marronnier du « Septembear ». Cette statistique décrit un passé, pas un programme. Une douzaine d’observations sur un actif dont la structure de marché a été bouleversée par l’arrivée des ETF spot américains, cela reste un échantillon de poche. Et les deux derniers millésimes recensés ont pris le contrepied de la légende.
Le détail des rendements mensuels compilés par CoinGlass ne laisse guère de place au doute sur la séquence 2017-2022 : septembre 2017 : -7,4 % ; septembre 2018 : -5,5 % ; septembre 2019 : -13,5 % ; septembre 2020 : -7,5 % ; septembre 2021 : -7 % ; septembre 2022 : -3,1 %.
Six rentrées, six baisses. Puis la série casse net : +3,9 % en 2023, +7,3 % en 2024. Bitcoin n’a d’ailleurs aucune exclusivité sur cette malédiction. Depuis 1928, septembre est le plus mauvais mois du S&P 500, avec une performance moyenne négative d’environ 1 %, et les gérants d’actions traînent ce boulet statistique bien avant que le premier bloc de Bitcoin ne soit miné.
Le plus savoureux se trouve juste après, dans la colonne suivante du tableur. Octobre affiche dix mois positifs sur douze pour le BTC, avec un gain moyen supérieur à 20 %, d’où le surnom d’« Uptober » qui circule chaque automne. Le pire mois de l’année précède immédiatement le meilleur. Difficile d’y voir une loi de la nature quand deux périodes contiguës de trente jours produisent des résultats aussi opposés.
Quelques engrenages bien réels tournent derrière le folklore. Août vide les salles de marché : les carnets d’ordres s’assèchent, les volumes reculent, et un ordre de taille modeste suffit à déplacer le prix. Début septembre, les desks reviennent, rééquilibrent leurs portefeuilles et la volatilité redémarre, dans un sens ou dans l’autre.
Le calendrier institutionnel fait le reste. La Réserve fédérale tient mi-septembre l’une de ses réunions trimestrielles, celle qui s’accompagne d’une mise à jour des projections de taux, un rendez-vous que les actifs risqués digèrent rarement dans l’indifférence. Le troisième vendredi du mois concentre par ailleurs le quadruple witching, l’expiration simultanée de quatre familles de dérivés actions aux États-Unis, doublée de l’échéance trimestrielle des options Bitcoin sur Deribit, régulièrement plusieurs milliards de dollars de nominal.
Ajoutez les clôtures comptables : l’exercice semestriel japonais s’achève le 30 septembre, tandis que de nombreux fonds américains bouclent leur année fiscale le 31 octobre. D’où une pratique très banale dans les semaines précédentes, le tax-loss harvesting, qui consiste à vendre les positions perdantes pour déduire les moins-values de l’impôt. Ces effets calendaires naissent dans la finance traditionnelle et se transmettent au BTC par les flux des ETF et sa corrélation aux valeurs technologiques.
Douze points de données ne constituent pas une preuve, et un tableur suffisamment torturé finit toujours par avouer ce qu’on attend de lui. Surtout, le nom du mois cache probablement une autre variable : la position dans le cycle. Les septembres verts de 2015, 2016 et 2023 sont tombés en phase d’accumulation post-marché baissier, les rouges de 2018, 2019 et 2022 en pleine gueule de bois de sommet. Le cycle de halving explique davantage ces écarts que la page du calendrier.
Depuis janvier 2024 et le lancement des ETF spot américains, l’acheteur marginal du BTC a changé de nature. Des flux hebdomadaires, des portefeuilles modèles chez les conseillers financiers, des rééquilibrages trimestriels programmés : cette demande ne consulte pas l’almanach avant d’appuyer sur le bouton. Même logique du côté des entreprises qui accumulent du bitcoin en trésorerie, Strategy en tête, dont les achats dépendent de leurs levées de fonds et non de la météo saisonnière.
Open Questions
- Les ETF spot vont-ils définitivement effacer l'effet saisonnier de septembre ?







