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Bruno Retailleau et ses propositions pour l'école : une vision autoritaire critiquée
Politics
20 Minutes1 hour agoPolitics4 min readFrance

Bruno Retailleau et ses propositions pour l'école : une vision autoritaire critiquée

Le président des Républicains propose la création d'internats disciplinaires, une mesure jugée inefficace et populiste par les spécialistes de l'éducation.

Quick Look

  • Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle, propose des internats disciplinaires pour les élèves difficiles.
  • Les experts en éducation dénoncent une mesure démagogique, inefficace et marquée par une vision autoritaire héritée de tentatives passées.

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Why It Matters

La droite française propose régulièrement des mesures disciplinaires pour l'école, souvent inspirées de modèles anciens ou militaires. Ces initiatives visent à répondre à la délinquance scolaire par l'isolement.

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Candidat à la présidentielle en quête d’élan, Bruno Retailleau, le président des Républicains, a annoncé ce mardi ses propositions pour l’éducation nationale. Il veut « arracher l’école à l’idéologie du pédagogisme », qui a selon lui « affaissé le niveau » des élèves, et créer des « internats disciplinaires » où seront envoyés les élèves les plus difficiles.

Ces nouveaux établissements permettront selon lui de « donner une seconde chance » à ces jeunes, qui seront entourés d’enseignants « avec de la poigne » présents pour leur réapprendre « le respect des règles et des autres ».

Enfermer les élèves en difficulté scolaire et personnelle ensemble, avec pour seule perspective l’autorité et la répression, une idée « démagogique et populiste » pour Philippe Mérieu, spécialiste en sciences de l’éducation et à l’origine de nombreuses réformes pédagogiques majeures en France. Ces idées sont pour lui symboliques de l’obsession de la droite et de l’extrême droite française pour l’éducation autoritaire et répressive.

La droite réinvente ce qu’elle a déjà mis en place

« Cette annonce, qui a avant tout un but politique, et pas social, montre l’incompétence de Bruno Retailleau, assure le pédagogue. Il ignore, ou fait semblant d’ignorer, que ce type d’établissements a déjà existé, et a échoué. »

Philippe Mérieu fait référence à un grand nombre d’établissements, comme les internats de rééducation, les classes-relais, ou encore les internats de réinsertion scolaire, lancés par Nicolas Sarkozy. Tous sont des exemples d’une succession de tentatives françaises de résoudre le problème de l’élève « ingérable » en l’extrayant de l’école ordinaire.

Ces idées finissent même par s’immiscer dans le discours d’autres partis, comme l’idée de Gabriel Attal en 2024 de créer des « stages de rupture », ou quand Ségolène Royal souhaitait développer en 2007 les internats-relais.

Une solution qui ne fonctionne pas

Mais si ces solutions paraissent simples et efficaces, la majorité des spécialistes en sciences de l’éducation et en pédagogie s’accordent pour dire tout l’inverse, avec des décennies d’études pour prouver leur thèse.

Eric Debarbieux, professeur émérite en sciences de l’éducation, spécialiste de la violence et auteur de Zéro Pointé ? Une histoire politique de la violence à l’école, l’assure : en plus de coûter extrêmement cher, ces établissements sont inefficaces pour résoudre les problématiques de décrochage scolaire ou de délinquance. « Individuellement, il peut toujours y avoir un ou deux enfants qui s’en sortent, mais ces établissements fabriquent majoritairement des enfants encore plus durs. » Il observe même des enfants « durs » qui tombent dans une rhétorique masculiniste : « Plus je suis puni, plus je suis un homme ! Un vrai, un dur. »

Un constat d’inefficacité partagé par l’historien de l’éducation Claude Lelièvre qui compare ces établissements à l’éternel fantasme de l’uniforme : « Ce sont des annonces porteuses, qui peuvent être populaires dans l’opinion, mais quand il s’agit de les mettre en œuvre, on se rend compte que cela ne fonctionne pas. » Parce que ces mesures sont populaires, le professeur en sciences de l’éducation Bruno Robbes voit même un « appel aux électeurs conservateurs, notamment du RN », friands de ce genre d’initiatives.

L’école-armée en ligne de mire

Une autre dimension omniprésente dans l’idéologie scolaire de droite est aussi le rapprochement entre école et armée, entre pédagogie et militarisme. « Ils ont cette idée de l’armée, comme de l’école, de répression, de soumission, plus proche du dressage que de l’éducation », regrette Bruno Robbes.

Historiquement, Claude Lelièvre rappelle que l’école de droite a toujours été liée à la « culture du chef » : « Ce sont les Républicains, qui, avant l’extrême droite, ont mis en avant l’uniforme, le renforcement du rôle des chefs d’établissements, le rétablissement de l’autorité… » Il pointe du doigt cette obéissance « des rites », loin de l’obéissance intellectuelle, où l’on cherche à « faire plier l’intelligence ». « Veulent-ils former des citoyens ou des sujets ? » s’interroge l’historien.

L’école, « c’était mieux avant »

La rhétorique autoritaire de la droite portée par Bruno Retailleau est aussi, selon Claude Lelièvre, un appel à la « nostalgie » de son électorat pour une école dont l’institution et les professeurs sont « respectés », mais qui confond selon lui autorité et pouvoir : « Si les maîtres étaient respectés, ils n’auraient pas eu besoin de moyens contondants pour exercer ».

Pour Bruno Robbes, « ces propositions ignorent un événement majeur qui est le scandale de Bétharram, que l’on peut étendre aux polémiques visant le lycée Stanislas ». Il regrette que le camp de Bruno Retailleau ne tire pas des leçons de la violence, ancrée culturellement dans ces établissements, dont ces enfants ont été victimes.

« Ces nostalgiques oublient aussi que dans cette école "à l’ancienne", beaucoup arrêtaient l’école après le CM2, rappelle le professeur. Est-ce qu’un pays développé comme le nôtre peut se le permettre ? »

Bons élèves et mauvais élèves

Ce que pointe Bruno Robbes est une autre obsession de l’école de droite : trier les élèves entre ceux qui sont adaptés aux normes de l’école et les autres. « Ces propositions visent à dégager une petite élite qui se partagera les postes à hautes responsabilités, et laisser les autres se débrouiller », regrette le professeur. Il voit dans les autres propositions de Bruno Retailleau, dont celle d’avancer l’apprentissage à 14 ans, une continuité de cette idéologie de « castes ».

Pour illustrer ce propos, l’historien Claude Lelièvre se souvient d’un discours de Nicolas Sarkozy de 2010 sur l’éducation. Après avoir longuement loué les bienfaits des internats d’excellence, destinés aux élèves prodigieux, le président annonce l’ouverture du premier internat de réinsertion scolaire et assume : « Là, nous sommes dans une dimension totalement disciplinaire, je dirais exclusivement disciplinaire ». La pédagogie est abandonnée pour les élèves en difficulté, quand elle est louée pour les élèves qui réussissent.

En conclusion de son propos, Nicolas Sarkozy délivre l’incarnation de la pensée éducative de la droite : « La République, c’est celle qui doit promouvoir celui qui le mérite et qui doit sanctionner celui qui le mérite ». L’enfant est fait responsable de ses succès comme de ses échecs, sans considération pour les décennies de sociologie et de sciences de l’enseignement qui démontent cette affirmation.

Open Questions

  • Quel serait le coût réel de ces internats disciplinaires ?
  • Comment ces structures éviteraient-elles la stigmatisation des élèves ?

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This article was originally published by 20 Minutes.

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