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Une nouvelle vague de chaleur touche le sud de la France fin août 2026, avec des températures record jusqu'à 38°C et un mégafeu en Gironde, conséquence du réchauffement climatique. Six Français sur dix estiment que l'écologie influencera leur vote en 2027.
La revoilà. L'été touche à sa fin mais la canicule n'a pas dit son dernier mot. Depuis mercredi 2 septembre, de fortes chaleurs touchent à nouveau le sud de la France, avec des températures allant jusqu'à 38 degrés. Selon les relevés de Météo-France, qui permettent de remonter jusqu'en 1900, cet été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré. Ces températures record, conséquence du réchauffement climatique, ont aussi accentué deux autres phénomènes : une sécheresse exceptionnelle et une saison des incendies historique marquée par le mégafeu en Gironde.
De quoi marquer durablement l'opinion publique et, par ricochet, la campagne présidentielle qui bat son plein depuis la rentrée ? D’après un sondage d’opinion du think tank Destin Commun, publié le 26 août, six Français sur dix assurent que les propositions des candidats en matière d'écologie joueront un rôle important dans leur vote en 2027. Le spécialiste de l'écologie politique Daniel Boy rappelle néanmoins que "jamais l'écologie n'a été un thème dominant d'une campagne électorale".
Les événements climatiques ont souvent eu "un impact léger et bref" sur l'opinion publique, poursuit-il, citant par exemple les incendies et les inondations de 2022. Néanmoins, ce qu'il s'est passé cet été "n'est pas comparable à la canicule de 2003 où l'on parlait de l'effet de serre, sans le cadre de référence qu'est le réchauffement climatique." "Cette fois, on sait ce qui ce passe", que ce soit dans les médias ou dans la sphère politique.
"Quarante ans de promesses fumeuses"
Les candidats à la présidentielle le savent et aucun n'a fait l'impasse sur le sujet cet été. Tout en restant chacun dans son couloir. Marine Tondelier, la patronne et candidate des Ecologistes, a notamment exhorté le Premier ministre à réunir les responsables politiques pour préparer "le nouveau régime climatique" et proposél'instauration d'un congé climatique. Avec un mantra répété : son parti n'a cessé de tirer la sonnette d'alarme depuis des années sur le sujet et de proposer des solutions en matière d'adaptation et d'atténuation du réchauffement.
"Cela fait quarante ans qu'on alerte aux côtés des scientifiques", appuie l'entourage de Marine Tondelier, qui dénonce "quarante ans de promesses fumeuses" des gouvernements successifs, telles que "la croissance va ruisseler ou la technologie va tout régler". "Et on en est où ? Des étés invivables, des sécheresses qui mettent notre agriculture à genoux, des factures des ménages qui explosent du fait de nos dépendances [aux énergies] fossiles. Nous, on ne découvre rien", ajoute-t-on de même source.
"Nous n'avons pas modifié notre programme car il a été construit autour de l'urgence écologique bien avant l'été apocalyptique que nous venons de vivre."
L'entourage de Marine Tondelier
à franceinfo
Les Ecologistes sont désormais loin d'être les seuls à tenir cette ligne. "Depuis 2017, La France insoumise a cassé le monopole des Ecologistes, puisque Jean-Luc Mélenchon a axé ses campagnes sur le réchauffement climatique. C'est monsieur Plus. Il veut quand même mettre dans la Constitution l'interdiction de dépenser plus que ce que la nature peut nous donner", souligne Daniel Boy. Le candidat insoumis s'est lui aussi démultiplié cet été sur l'enjeu climatique, parlant d'"une ère totalement nouvelle" pour "la civilisation humaine" face à laquelle "il est vital de tout changer".
Exhortant à "la planification" écologique, Jean-Luc Mélenchon a mis en avant son concept "d'éco-régions", de nouveaux territoires qui devront "organiser et prévoir tout ce qui concerne l'eau, l'air, la fertilité de la terre, la santé publique", tandis que son groupe parlementaire a présenté, fin juin, une actualisation de son plan canicule. Sans bouleverser la philosophie globale de son projet, le parti d'extrême gauche a ajouté de nouvelles mesures à son programme, notamment sur la lutte contre les incendies : instauration d'une surveillance satellitaire, d'une filière française de bombardiers d'eau, ou encore d'une conscription citoyenne en appui à la sécurité civile. "C'est l'avantage d'avoir un programme écologique depuis dix ans", vante le député LFI Hadrien Clouet.
Raphaël Glucksmann, le patron de Place publique, candidat à la primaire socialiste, compte moins d'années "d'alerte" au compteur. Mais, l'eurodéputé s'est lui aussi exprimé à plusieurs reprises cet été avec un axe majeur : l'instauration d'une "République écologique". "Je serai le président de la transformation écologique. La clé de voûte sera la sortie des énergies fossiles", a-t-il développé dans une interview au Monde le 26 août, listant ses principales mesures : "développement rapide des énergies renouvelables, électrification des usages, leasing social sur les voitures électriques, rénovation thermique des bâtiments, agroécologie, politique du train".
Thomas Pellerin-Carlin, référent de la partie écologie du programme du candidat social-démocrate, assure n'être "pas surpris par l'ampleur des impacts du dérèglement climatique cet été" puisque l'"on porte notre projet de révolution écologique depuis 2024". Par conséquent, comme les autres partis de gauche, "nous n'avons pas eu besoin d'adapter notre programme à la suite de ces catastrophes, mais nous avons dû le faire pour répondre aux nouvelles décisions" du Parlement. Dans son viseur : la loi urgence agricole promulguée récemment, qui contient la réintroduction dérogatoire de pesticides interdits.
"Ils font la guerre à la clim'"
Depuis quelques années, les clivages partisans se sont exacerbés sur l'écologie, un champ autrefois délaissé par la droite traditionnelle. Ce n'est plus le cas. Bruno Retailleau, le candidat et patron des Républicains, assume un discours résolument offensif contre la gauche et les écologistes, accusés de proposer une vision fondée sur "la décroissance". "Nous savions que les incendies seraient plus nombreux : ils attaquent les pare-feu, les coupes, le débroussaillement, dénonce-t-il. Nous savions que nos agriculteurs manqueraient d'eau : ils leur interdisent de la stocker l'hiver, quand elle déborde. Nous savions que les canicules reviendraient : ils font la guerre à la clim."
Assurant n'avoir "pas modifié" son programme à l'aune de cet été, l'ancien ministre de l'Intérieur fixe "un cap précis : atténuer et adapter". Et de développer : "Atténuer, c'est faire reculer les énergies fossiles de 57% à 43% de notre consommation d'ici 2035 (...) Pour ça, il faut faire baisser le prix de l'électricité, pas l'augmenter ! Adapter, c'est stocker l'eau, climatiser nos hôpitaux et nos écoles, rendre à nos agriculteurs et à nos forestiers le droit de se protéger. Ni décroissance ni privation."
"Mon projet pour l'écologie, que je dévoilerai bientôt, n'est pas une réaction à l'été. C'est un travail avec des experts, des scientifiques, et c'est aussi l'expérience d'un élu de terrain."
Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle
à franceinfo
Du côté d'Edouard Philippe aussi, on attaque la gauche et "ses concepts". "C'est parfait les 'éco-régions' et la République écologique, mais les Français ne veulent plus de concepts mais des climatiseurs dans les écoles et savoir comment on va faire face à l'érosion du trait de côte", fustige l'entourage du maire du Havre. "L'été que l'on a vécu a démontré l'insuffisance de notre préparation face au changement climatique. Ce qui nous a vraiment percuté, c'est l'aspect mégafeux", poursuit la même source. Le candidat Horizons prévoit de muscler ses mesures pour renforcer le modèle français de sécurité civile.
Comme les autres, Gabriel Attal "n'a évidemment pas attendu ce tragique été" pour proposer ses mesures, assure l'entourage du candidat Renaissance. "Lors de cette campagne permanente qu'il a faite cet été, il a enrichi ses annonces de l'année dernière, comme sur la géothermie ou ses propositions sur l'eau", développe-t-on. L'ex-locataire de Matignon veut notamment créer un ministère de l'Eau dès son accession à l'Elysée. "Est-ce que l'on redimensionne nos mesures par rapport à cet été ? Pas forcément, mais on complète en permanence, poursuit l'entourage de Gabriel Attal. Et vu l'été que l'on vient de passer, ça va être un thème extrêmement important."
"Des incohérences partout"
Est-ce aussi l'avis du Rassemblement national ? Ni l'entourage de Marine Le Pen ni plusieurs cadres du parti n'ont répondu à nos nombreuses sollicitations. "Le programme n'est pas encore présenté, donc je ne peux pas vous en parler pour le moment", a simplement botté en touche le député RN Julien Odoul. Le mouvement d'extrême droite, autrefois taxé de climatosceptique, ne "l'est plus", observe Daniel Boy, "parce que c'est devenu difficile en France aujourd'hui". La candidate du RN, qui fait largement la course en tête dans les intentions de vote, a elle aussi fustigé cet été "l'idéologie décroissante" pour prôner "le bon sens".
Sur le plan des idées, le parti de Jordan Bardella a essentiellement mis en avantson grand plan de climatisation. Le député RN Jean-Philippe Tanguy a également défendu auprès de franceinfo la ligne d'une écologie tournéevers l'innovation. "On croit que la technologie va nous sortir de cette affaire. Avec la sobriété, évidemment, mais une sobriété choisie", dit-il.
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