Le Premier ministre réunit son gouvernement pour préparer un budget 2027 s'annonçant périlleux, sur fond de rivalités pour la présidentielle et de menace de censure.
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Difficultés budgétaires récurrentes depuis 2022 et absence de majorité absolue à l'Assemblée nationale.
Le retour de l’infernal casse-tête pour Sébastien Lecornu. Le Premier ministre a réuni ce lundi son gouvernement pour un séminaire de rentrée. Avec un seul sujet au programme, et non des moindres, la préparation du budget 2027. Après un exercice 2026 périlleux et le recours à de multiples 49.3, la tâche s’annonce encore plus délicate. Car les débats budgétaires se feront ces prochains mois dans un contexte de campagne présidentielle explosif. Au point de menacer Sébastien Lecornu et son gouvernement d’une censure ?
Les difficultés budgétaires de l’automne sont désormais une rengaine depuis la réélection d’Emmanuel Macron en 2022. Faute de majorité, aucun Premier ministre n’a réussi à faire adopter un budget sans l’utilisation de l’article 49.3. « La réalité, c’est qu’il y a onze familles politiques à l’Assemblée. Faire adopter un budget dans ces conditions est une chose complexe… », résume Prisca Thévenot, députée Renaissance des Hauts-de-Seine. « Sébastien Lecornu fait du mieux qu’il peut, mais trouver une majorité pour adopter un budget ne tient aujourd’hui que d’un point de vue philosophique », ajoute l’ex-porte-parole du gouvernement Attal.
Une difficulté se rajoute cette année à cette mission quasi-impossible. Pas moins de neuf candidats ou potentiels candidats à la présidentielle seront dans l’hémicycle lors des échanges budgétaires : les chefs de file de Renaissance et du Rassemblement national, Gabriel Attal et Marine Le Pen, l’ex-insoumis François Ruffin, l’écologiste Delphine Batho, quatre candidats à la primaire socialiste, et l’ancien président de la République, François Hollande. « Il faudra s’accorder sur un budget, même minimaliste, pour la stabilité du pays. Mais est-ce que les uns et les autres seront capables de sortir de leurs postures présidentielles et feront passer l’intérêt des Français avant l’intérêt de leur propre écurie ? », interroge Xavier Albertini, député Horizons de la Marne.
Une primaire PS qui chauffe à blanc
Le Premier ministre aimait se présenter l’année passée comme « le jaune d’œuf dans la mayonnaise ». Autrement dit, comme un « liant » entre les différents groupes politiques pour arriver à un compromis. Mais la mayonnaise pourrait cette fois-ci tourner au vinaigre. Car les socialistes, qui avaient topé pour un accord de non-censure l’année dernière, vont bientôt batailler pour remporter leur scrutin interne. Et à l’université de rentrée du Parti socialiste, le week-end dernier, Olivier Faure a donné le ton : « Je ne vois pas comment Gabriel Attal ou Édouard Philippe se mettraient cette année à chercher le moindre compromis avec la gauche. Le suspense, il est faible, vous connaissez la fin, il y aura une censure », a prévenu le Premier secrétaire et candidat à cette primaire, organisée à la mi-octobre.
« Nous jouerons le jeu, mais si la copie présentée par le gouvernement n’est pas acceptable, nous n’aurons pas la main qui tremble », confirme le député socialiste Romain Eskenazi. « Peut-être que le magicien Lecornu y arrivera, mais dans le contexte de campagne présidentielle, il y a le risque que chacun veuille avancer ses pions et campe sur ses positions », ironise l’élu du Val-d’Oise. « La présidentielle va tout compliquer, on l’a déjà vu avec les déclarations tapageuses de Lecornu et Faure. Il y aura cette année encore plus de mauvaise foi et de calculs… », soupire un élu proche de Raphaël Glucksmann.
Le RN en arbitre ?
Le gouvernement a tenté de mettre la pression sur les groupes politiques, rappelant le contexte économique morose, et le risque de dérapage du déficit public, au-delà de l’objectif fixé à 5 % du PIB. « On est actuellement dans le brouillard, avec des vents contraires. Mais le scénario catastrophe n’est bon pour personne. Et ce, quelle que soit couleur du futur gouvernement en 2027 », prévient Xavier Albertini. Le gouvernement chiffre à environ 15 milliards d’euros un « scénario catastrophe » où la France n’aurait pas de budget en fin d’année. Une facture qui ne manquera pas d’atterrir sur le bureau du futur locataire de l’Elysée. « On considère aussi que la dette est un problème, mais si le débat mène encore à la suppression de l’AME [aide médicale d’Etat] pour sauver la France, ce sera sans nous », prévient Eskenazi.
Si les socialistes rejoignent l’ensemble de la gauche sur la censure, le destin de Sébastien Lecornu pourrait dépendre de l’attitude du Rassemblement national. Marine Le Pen, la cheffe des députés RN et quadruple candidate à la présidentielle, risquera-t-elle de provoquer l’instabilité en pleine campagne ? « Le cap pour le pays sera fixé dans huit mois, mais ce budget n’est pas non plus un exercice superflu. Nous aurons des lignes rouges et tout dépendra de l’attitude du gouvernement », prévient le député RN de l’Yonne, Julien Odoul, qui ajoute : « Pour l’instant, celui qui a les cartes en main, c’est Sébastien Lecornu. » Pas certain que son jeu suffise empêcher sa chute.
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