
La fermeture du détroit d'Ormuz, la prise du port de Mokha par les Houthis et les frappes contre le raffinage russe font exploser les prix du pétrole et des carburants.
Le SP95-E10 et le gazole atteignent des sommets en France, portés par la crise en Iran, la prise du port de Mokha par les Houthis en mer Rouge et les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes.
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La fermeture du détroit d'Ormuz fin février et les frappes de drones ukrainiens sur le raffinage russe perturbent les marchés pétroliers mondiaux.
Le plein, jamais raisonnable. Le SP95-E10 a atteint son plus haut niveau depuis le début du conflit en Iran, autour de 2,10 euros le litre samedi, 2,12 euros chez Turbo ce 10-11 septembre. Le gazole a fait pire, revenu autour de 2,30 euros, son record d’avril 2026. Trois fronts se conjuguent pour l’expliquer, celui d’Iran qui asphyxie le Golfe depuis sept mois, celui des Houthis qui viennent tout juste de s’emparer d’un port clé sur la mer Rouge, et celui que la Russie mène contre ses propres raffineries en flammes.
Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz fin février, le Brent est repassé au-dessus de 100 dollars dès le mois de mars, pour la première fois depuis 2022, avant de culminer à plus de 120 dollars fin avril. Il est ensuite retombé sous ce seuil pendant l’été, autour de 84 dollars en juin-juillet, avant de le repasser le 10 septembre à la suite de la prise du port de Mokha par les Houthis, un second front qui vient s’ajouter à celui d’Ormuz.
Troisième choc, distinct des deux précédents : les frappes de drones ukrainiens ont mis à genoux le raffinage russe. Bloomberg évalue le raffinage russe à son plus bas niveau depuis 24 ans, à environ 3,6 millions de barils par jour en juillet. Les estimations sur la capacité perdue varient. Le centre ukrainien Razumkov l’évalue à 20-25 %, quand le Financial Times parle de plus de 30 % de la capacité réelle et 45 % de la capacité nominale.
Quel que soient les chiffres et leur complexité, le résultat est le même sur le terrain : des pénuries dans la quasi-totalité des régions russes, un manque quotidien évalué à 15 000 à 25 000 tonnes. Pour compenser, la Russie importe désormais de l’essence du Belarus, du Kazakhstan, de l’Inde, de la Turquie et même de Chine. Les livraisons biélorusses auraient été multipliées par 141 en juin, sur un an, alors que la capacité d’export bélarusse plafonne autour de 200 000 tonnes par mois.
Un second front s’est envenimé le 10 septembre. Les rebelles houthis ont capturé Mokha, un port clé yéménite près du détroit de Bab el-Mandeb, par lequel transitent encore environ 6 millions de barils par jour vers l’Asie, soit environ 10 % de l’approvisionnement pétrolier mondial, dont deux tiers en provenance d’Arabie saoudite. Le Brent a bondi de plus de 4 % dans la foulée, à 105,4 dollars, quand le baril avait déjà culminé à 126 dollars fin avril au plus fort de la crise d’Ormuz.
Le détroit n’est pas complètement fermé. Mais le nombre de navires en transit a nettement chuté depuis l’annonce houthie. Passer par le canal de Suez rallonge le trajet vers la Corée du Sud de 24 à 54 jours, et les plus gros pétroliers ne peuvent même pas le franchir à pleine charge. Fin juillet déjà, les Houthis avaient revendiqué des frappes sur deux pétroliers saoudiens, dont l’Encelia, touché en mer Rouge, resserrant un peu plus l’étau sur les exportations du royaume, déjà bridées côté Ormuz.
Les deux verrous se répercutent directement sur le prix du fret. Selon les courtiers maritimes, un supertanker (VLCC) sur la route Moyen-Orient/Chine facture désormais près de 800 000 dollars par jour, et jusqu’à 386 000 dollars par semaine sur la route golfe d’Oman/Asie. Entre le golfe du Mexique et l’Asie, un affrètement complet atteint 29,5 millions de dollars, soit environ 15 dollars par baril rien qu’en transport.
Contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance ajoute plus de trois semaines de mer et des millions de dollars de coût additionnel. Morgan Stanley table, toujours selon bloomberg, sur une hausse de 20 à 30 % des taux d’affrètement biennaux. Les compagnies maritimes, elles, ne s’y trompent pas. Kpler prévoit des revenus quotidiens des VLCC supérieurs à 100 000 dollars jusqu’à l’année prochaine.
Aux États-Unis, le diesel a franchi la barre des 6 dollars le gallon jeudi 10 septembre, un record absolu en hausse de 2,30 dollars sur un an. Il avait déjà battu, début septembre, le record de juin 2022 en atteignant 5,85 dollars le gallon selon l’AAA, contre 5,81 dollars quatre ans plus tôt.
L’association automobile AAA pointe deux facteurs qui s’additionnent : la restriction du trafic à Ormuz et les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, qui privent aussi le marché mondial de diesel exporté. Tant que ces deux facteurs resteront réunis, les prix ne redescendront pas. Dan Jørgensen, le commissaire européen à l’Énergie, évoquait déjà en avril une crise pouvant durer « des mois très difficiles, voire des années ».
Cette flambée ne s’arrête pas aux pompes à essence. En France, l’indice harmonisé des prix a grimpé de 2,7 % sur un an en août, contre 2,4 % sur l’indice national, avec une énergie qui bondit de 16,7 % sur un an, contre 12,6 % en juillet. Le carburant tire toute la courbe.
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Maintien des revenus quotidiens élevés des supertankers VLCC
Likely · Within months

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