Séoul et Pyongyang ont annoncé des tests de missiles hypersoniques, relançant les interrogations sur la prolifération de ces armes manœuvrantes.
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Les armes hypersoniques sont définies par leur vitesse supérieure à Mach 5 et leur capacité de manœuvre, rendant leur interception difficile.
Les deux Corée ont chacune annoncé avoir procédé à des tests de nouveaux missiles à capacité hypersoniques ces derniers jours. Voici ce que l’on sait sur ces essais, et sur le développement d’armes hypersoniques dans le monde.
Quels sont ces essais qui ont été menés en Corée du Nord et Corée du Sud ces derniers jours ?
Séoul a procédé le 8 octobre au tir d’essai de sa première arme hypersonique, le Hyunmoo-5, a annoncé la présidence sud-coréenne. « Le président Lee Jae Myung a assisté cet après-midi au premier tir d’essai d’un véhicule planant hypersonique (HGV) – actuellement en phase de recherche et développement à l’aide de technologies nationales », a déclaré le bureau du président sud-coréen, dans un communiqué. Cette annonce intervient après que la Corée du Nord a annoncé, le 20 septembre, avoir procédé à un tir de missile Hwasong-11-KN23, qui serait doté d’une charge militaire portée par un planeur hypersonique. Pyongyang a également procédé le 3 octobre au test d’un missile embarquant l’IA, ce qui lui permettrait de changer de trajectoire à basse altitude, sans que l’on sache s’il s’agissait d’un missile hypersonique ou pas.
C’est quoi exactement un missile hypersonique ?
On qualifie d’hypersoniques les engins capables d’atteindre une vitesse d’au moins cinq fois celle du son, Mach 5, soit plus de 6.100 km/h, et surtout équipés d’une capacité manœuvrante. Ils peuvent aussi parcourir plusieurs milliers de kilomètres. « Il existe deux types de missiles hypersoniques, explique à 20 Minutes Etienne Marcuz, analyste sur les armements stratégiques. Il y a d’abord le planeur hypersonique (HGV), emporté par un missile balistique classique, l’ogive étant remplacée par un planeur qui se détache, et doté d’une très forte capacité de manœuvre sur une majeure partie de sa trajectoire – de l’ordre de 75 %. Il y a ensuite le missile de croisière hypersonique (HCM) qui est lui, équipé d’un superstatoréacteur [système de propulsion par réaction] lui permettant de maintenir une vitesse de croisière [d’un minimum de Mach 5] constante sur la majeure partie de son vol, là où le planeur va perdre progressivement en vitesse, et en altitude. »
Qui détient aujourd’hui la technologie hypersonique ?
La Chine « serait la seule à détenir une réelle capacité opérationnelle, avec les planeurs DF-17 et DF-27 » estime Etienne Marcuz. Elle détiendrait aussi un missile de croisière hypersonique, le CJ-1000, « mais on ne l’a jamais vu » relève le spécialiste. « La Russie revendique également des capacités hypersoniques, notamment via les missiles Zircon et Kinjal, mais qui seraient plutôt des missiles balistiques manœuvrant. En revanche, il subsiste un mystère autour de leur planeur hypersonique Avangard, dont la performance n’a jamais été démontrée publiquement. L’Iran revendique aussi détenir un missile hypersonique, mais on serait, là encore, plutôt sur un missile balistique manœuvrant ». Difficile de déterminer en revanche si la Corée du Nord possède bien cette technologie, ou est en passe de l’acquérir. Elle y travaille en tout cas.
Parmi les autres nations qui y travaillent, les Etats-Unis semblent les plus avancés, puisqu’ils sont « en train de mettre en service une arme, le Dark Eagle, un missile sol-sol de plus de 3.000 km de portée », poursuit Etienne Marcuz. « Et la France fait partie du cercle très fermé de pays développant ce type d’armes, puisqu’elle a testé le planeur hypersonique V-Max, qui a été un succès, et travaille sur le missile ASN4G, le futur missile nucléaire aéroporté, annoncé pour 2035. » Un démonstrateur de ce missile, Themis, a récemment été testé.
Quel intérêt par rapport au missile balistique ?
Le principal intérêt du missile hypersonique n’est pas sa vitesse, souvent inférieure à un missile balistique, mais « sa capacité de manœuvre, ce qui le rend très difficile à intercepter pour la défense adverse » souligne Etienne Marcuz. « C’est donc un vecteur intéressant, notamment pour la dissuasion nucléaire, quand vous voulez être certain que votre arme passera face à la défense adverse, notamment sur de courtes portées (environ 1.000 km), les missiles balistiques intercontinentaux restant eux-mêmes très difficiles à intercepter. »
Pourquoi est-ce si complexe à développer ?
Essentiellement en raison des matériaux, « qui doivent résister à des températures de plusieurs milliers de degrés durant six à sept minutes minimum » pointe le spécialiste. « C’est encore plus vrai quand le missile manœuvre, puisqu’il est alors équipé de pièces mouvantes, le rendant encore plus vulnérable au plasma. »

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