Concurrence accrue, direction instable, finances dans le rouge... Pourquoi Gifi, placée en redressement judiciaire, se retrouve en grande difficulté
L'enseigne de près de 500 magasins et 6 000 employés en France traverse une crise financière profonde
Quick Look
- Le groupe Gifi, près de 500 magasins et 6 000 employés en France, a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse le 2 novembre.
- Une période d'observation de six mois est ouverte, avec une audience le 8 janvier pour évaluer la viabilité financière de l'enseigne, fragilisée par la concurrence, un ERP défaillant et une direction instable.
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Why It Matters
Gifi, enseigne fondée en 1981, emploie 6 000 personnes dans près de 500 magasins en France. Le groupe a connu une success-story durant des décennies avant de faire face à une concurrence accrue d'Action, Normal et des plateformes chinoises comme Temu. Un nouveau système d'information intégré (ERP) mis en place en 2023 a perturbé la gestion des achats, des stocks et des approvisionnements. Le groupe a eu quatre directeurs généraux en deux ans, le dernier étant Patrick Puy, nommé en octobre.
Sur les présentoirs d'un Gifi parisien, trônent encore, mardi 2 novembre, les décorations aussi clinquantes qu'effrayantes d'Halloween, qui seront bientôt remplacées par les guirlandes et autres babioles de Noël. Mais l'heure n'est pas à la fête dans les rayons et parmi les équipes. Le groupe Gifi, dont les près de 500 magasins emploient 6 000 personnes en France, a été placé, quelques heures plus tôt, en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse.
"On ne fera pas de commentaire", lâche l'un des employés présents dans le magasin parisien. Un silence encouragé en haut lieu. "La direction enjoint l'ensemble des salariés à ne pas communiquer", rapporte Pierre Laforre, délégué syndical CFDT au sein de Gifi, auprès de franceinfo.
Dans le détail, le tribunal a ordonné une période d'observation de six mois, pour cette enseigne populaire fondée en 1981. Une audience devra notamment se tenir le 8 janvier pour "déterminer si l'entreprise dispose des capacités financières suffisantes à sa poursuite d'activité", selon la décision de justice, consultée par l'AFP.
Un marché devenu très concurrentiel
Ce placement en redressement judiciaire, réalisé à l'initiative de Gifi, entérine une situation difficile subie par une enseigne qui avait pourtant connu, durant des décennies, une véritable success-story en permettant à des consommateurs de "se faire plaisir à bas coût", analyse Philippe Moati, professeur d'économie à l'université Paris Cité, cofondateur de l'observatoire Obsoco. Un marché "en croissance", certes, du fait d""une pauvreté qui s'accroît dans le pays", mais désormais soumis à une forte concurrence.
"Longtemps, Gifi a été presque seul sur ce marché. Puis, subitement, ses concurrents ont fleuri. L'enseigne Action a très vite maillé le territoire, avec une cote d'amour impressionnante."
Philippe Moati, économiste
à franceinfo
Et l'expert de citer également la concurrence "moins spectaculaire", mais significative, de l'enseigne Normal. Le développement de plateformes chinoises comme Temu a encore participé à mettre en difficulté les magasins.
"Une gestion chaotique"
A ces explications conjoncturelles, s'ajoutent des considérations techniques plus étonnantes. Le groupe s'est doté, en 2023, d'un nouveau système d'information intégré (ERP) qui devait permettre de gérer l'ensemble des magasins et "d'améliorer la performance", explique l'économiste. Or, la mise en place de ce nouveau système d'information intégré "a fortement perturbé le pilotage des achats, la gestion des stocks et des approvisionnements des magasins, avec des répercussions directes et durables sur le chiffre d'affaires du groupe", déplore le tribunal de commerce de Toulouse.
Le groupe, déjà fragilisé, a encore souffert d'une direction vacillante. Les syndicats évoquaient déjà l'année dernière d""une gestion chaotique" qui a commencé en 2017 avec "des magasins déficitaires et des entrepôts obsolètes". Gifi s'est doté d'un nouveau directeur général à quatre reprises en deux ans, la dernière nomination en date remontant au mois d'octobre avec l'arrivée de Patrick Puy, spécialiste de la restructuration des grands groupes, qui a notamment mené le démantèlement de Vivarte.
Dans ce genre de situation, "les changements dépriment les troupes et celui qui arrive procède souvent, pour se démarquer, à une inflexion de la politique instaurée par son prédécesseur", analyse Philippe Moati. L'ensemble de ces facteurs ont fait plonger les finances dans l'abysse. L'excédent brut d'exploitation, qui permet de jauger la rentabilité, attendu à 9 millions d'euros pour 2025, est ressorti négatif, à -100 millions d'euros en 2025, toujours d'après le tribunal.
"Une ambiance de Titanic"
Le groupe avait pourtant multiplié les tentatives pour assainir ses finances, avec des procédures de conciliation judiciaire pour renégocier sa dette. En 2025, l'enseigne avait même décidé de réduire de 5% ses effectifs, avant d'interrompre ce plan social. Gifi a par ailleurs entrepris de vendre 32 magasins sur 500 à l'enseigne Grand Frais pour renflouer les caisses, une opération déjà effective dans une vingtaine de magasins, selon nos informations.
D'après le tribunal de commerce de Toulouse, le groupe a aussi souffert "des conditions météorologiques défavorables à compter d'avril 2024 [qui ont] pénalisé les ventes de produits saisonniers". Une piste d'explication jugée peu crédible au sein de l'enseigne. "Je ne pense pas que les magasins Gifi aient connu un microclimat qui aurait épargné ses concurrents", raille une source en interne.
L'heure est à présent à sauver les meubles, avec l'espoir qu'un repreneur se positionne dans les semaines à venir. Et cette source interne de conclure:"Gifi est devenu socialement un champ de ruine, avec une ambiance de Titanic."
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Un repreneur se positionnera pour racheter Gifi dans les semaines à venir
Possible · Within weeks
L'audience du 8 janvier déterminera si Gifi peut poursuivre son activité
Very likely · Within months
Open Questions
- Quel repreneur pourrait se positionner pour racheter Gifi ?
- Combien de magasins fermeront si aucune reprise n'intervient ?
- Quel sera le sort des 6 000 employés si l'entreprise cesse son activité ?
- La période d'observation de six mois aboutira-t-elle à une continuation ou une liquidation ?







