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BackDe la cité au casting international : le parcours hors norme de l'acteur Hakim Djaziri, à l'affiche de la saison 5 de "Fauda"
De la cité au casting international : le parcours hors norme de l'acteur Hakim Djaziri, à l'affiche de la saison 5 de "Fauda"
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De la cité au casting international : le parcours hors norme de l'acteur Hakim Djaziri, à l'affiche de la saison 5 de "Fauda"

Ancien adolescent radicalisé, pongiste olympique et aujourd'hui acteur recherché, Hakim Djaziri se confie sur son rôle dans la série "Fauda" et son combat pour la nuance.

Quick Look

  • À 45 ans, l'acteur et dramaturge Hakim Djaziri incarne un commandant du Hamas dans la saison 5 de la série "Fauda".
  • Ancien réfugié algérien passé par la radicalisation avant d'être sauvé par le théâtre, il défend l'art comme espace de paix et de nuance.

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Why It Matters

Hakim Djaziri, fuyant la décennie noire en Algérie durant son enfance, a connu la délinquance avant de se tourner vers le théâtre et le sport de haut niveau.

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Quand on rencontre Hakim Djaziri pour la première fois, c'est d'emblée son grand sourire et ses yeux rieurs qui vous accrochent. Il est en pleine séance photo sur la très belle place Edouard-VII, à Paris, et prend ce nouveau rôle de star montante avec sérieux, sans lui-même se prendre vraiment au sérieux. À 45 ans, l'acteur, homme de théâtre, dramaturge, mais aussi pongiste de haut niveau, a déjà roulé sa bosse, et connaît le caractère parfois éphémère du succès. Aujourd'hui, pourtant, il ne boude pas son plaisir pour faire la promotion d'une série dont il était un fan de la première heure, bien avant d'en devenir l'un des protagonistes principaux. La saison 5 de Fauda est diffusée à partir du 8 septembre sur Netflix.

Comment cela s'est-il fait ? "Le casting n'a pas été long, explique-t-il, et quand on m'a annoncé que c'était moi, j'ai été rempli de fierté, car c'est d'abord une série extrêmement réussie, que ce soit au niveau du scénario, du rythme, de la musique ou des acteurs…" De la fierté, mêlée cependant d'appréhension, car Fauda n'est pas n'importe quelle série. Elle raconte depuis plus de dix ans le conflit israélo-palestinien en suivant les opérations d'une unité d'élite de l'armée israélienne. Un sujet brûlant, devenu totalement casse-gueule en Europe après le 7 octobre et la guerre à Gaza qui se déroule depuis.

Alors quand il a annoncé à ses proches sa participation au tournage, qui plus est comme l'un des acteurs principales de la saison, les réactions ont parfois été virulentes. S'il savait qu'il allait, comme il le dit, "s'embarquer dans quelque chose qui allait peut-être lui causer du tort", il n'imaginait pas la violence verbale dont il allait être la cible, d'une "brutalité absolue" : "Il y a des gens qui m'ont dit qu'ils ne comprenaient pas comment je pouvais collaborer à une série de propagande. Ils m'ont mis dans une case : j'avais choisi mon camp."

Et pourtant, tout dans le parcours d'Hakim Djaziri prouve le contraire. Car lui, aujourd'hui apôtre de la nuance et de l'art qui rassemble, aurait pu tourner très mal : il en a une conscience aiguë lorsqu'il se raconte, avec un flot de paroles très fluide, de celles qui montrent la distance prise, et le chemin accompli vers la sérénité.

Une famille algérienne qui a fui la "décennie noire"

Né en Algérie au début des années 1980, il se souvient des années heureuses de son enfance, dans une grande maison, une famille élargie qui l'entoure, des oncles, des tantes, des cousins, avec lesquels il grandit à Alger, et des parents – père haut fonctionnaire, mère psychologue – aimants. Tout change au tournant des années 1990 : l'interruption du processus démocratique pour éviter l'arrivée des islamistes au pouvoir provoque une guerre civile, qui fera plus de 150 000 morts en dix ans.

La famille d'Hakim fait partie des cibles, et à l'alerte de trop, ses parents décident de déménager en catastrophe à Paris : "J'avais 13 ans, et pour moi, ce n'étaient que des vacances. Jamais je n'aurais imaginé que c'était définitif. J'étais le seul à arborer un grand sourire à l'aéroport en partant."

La France, pour l'adolescent, c'est le "Club Dorothée" qu'il voit à la télé, le Nutella et le Big Mac, ces produits marqueurs de l'Occident qui le faisaient saliver. Pour ses parents, le choc est rude. Eux qui pensaient que l'Hexagone ressemblait partout aux rues de la capitale se retrouvent logés en urgence dans la cité des 3 000 à Aulnay-sous-Bois, une "zone ghetto, qui concentrait un nombre de problèmes sociaux incalculable", se remémore Hakim Djaziri.

"J'ai adopté la violence comme mode de communication, car c'est ce que les autres faisaient."

Hakim Djaziri à franceinfo Culture

Pour nourrir sa famille, le père fait des marchés, la mère des ménages. "L'ironie, c'est qu'on a fui la violence en Algérie pour la retrouver en France. À l'époque, cette cité-là était très dure." Au collège, il ne porte pas les mêmes vêtements que les autres, parle difficilement français, et subit en conséquence un harcèlement inouï de la part de ses camarades. Il sent alors qu'il n'a que deux options : être une victime, ou devenir violent et s'imposer par la force. Il choisit la deuxième : "C'est comme ça que la dérive a commencé", commente-t-il sobrement. À 16 ans, viré du lycée, l'adolescent bourré de ressentiment passe ses journées à tenir les murs dans la cité.

La rue prend le relais. Plus de repères : "Je n'avais pas de prise sur la plongée que j'étais en train d'accomplir." Violence, petite délinquance, et puis un jour, la rencontre avec "ces mecs-là, exactement les mêmes que ceux qu'on avait fui en Algérie." Sinistre paradoxe qui plonge sa famille dans un profond désarroi. Il trouve dans la fréquentation de ces radicaux des "réponses préfabriquées à des questions existentielles : pourquoi mes parents subissent ça ? Pourquoi la France nous fait ça ?" Les explications simples des islamistes, "ne cherche pas, tu es né musulman, et tu es dans un pays ennemi", l'apaisent. L'isolement, la rupture sociale, la solitude, sont rompus par l'entrée dans un collectif qui attise sa colère et l'encadre.

Une improbable rencontre avec le théâtre

Dans la vie, tout est question de rencontres, de mains tendues et de mains saisies. De hasards, aussi. Lorsqu'un soir, errant loin de sa cité, il aperçoit de la lumière passer à travers une baie vitrée, avec des gens qui bougent sur une scène derrière, "des gens de mon âge", il se cache dans un bosquet pour épier. La scène, c'est celle du théâtre Jacques-Prévert, à Aulnay, un lieu dans lequel il n'a cessé de revenir depuis ce soir-là.

"Au début, je les maudissais parce que je pensais qu'ils faisaient un truc interdit, je pensais qu'ils allaient cramer en enfer. C'est ce qu'on m'avait enseigné." Mais très vite, la stupeur prend le relais : "Je me rends compte que je suis en train de vibrer avec eux. Je vis ce que l'on vit, je partage leurs émotions. C'était nouveau." Happé "comme un aimant", il ne sait toujours pas expliquer ce qui s'est passé à ce moment-là, vingt-cinq ans après.

"Les applaudissements du public ont été une espèce d’électrochoc incroyable."

Hakim Djaziri à franceinfo Culture

Deux jours plus tard, il s'inscrit au cours, et va vivre dans la schizophrénie pendant les mois qui vont suivre. Chez les radicaux, on maudit les arts pervertis de l’Occident : "C’est tout à fait logique, explique l'acteur, l’idée est de garder l’individu sous contrôle, de l’isoler le plus possible, et l’art est aux antipodes de ça." Mais le jeudi soir, Hakim revit. Fin de l'année, spectacle : transporté par les applaudissements du public, le jeune homme a trouvé sa vocation. "J'avais l'impression de me réveiller d'un cauchemar, vous savez comme ceux qui semblent ultra-réels et dont on sort en se disant : "Mon Dieu, c'était juste un cauchemar !"

Il quittera tout brutalement, pour aller trouver un professeur de théâtre à Paris. Le début d'un parcours semé d'embûches, mais qu'il ne lâchera jamais. "Ça a été long, fastidieux, dur, on m'a fermé beaucoup de portes : "Pas assez connu", "trop rebeu", avec tous les stéréotypes qui vont avec…" Alors après ses études, Hakim Djaziri s'épanouit au théâtre en écrivant ses propres pièces, qui rencontrent le succès… Parallèlement, il intègre l'équipe algérienne de… ping-pong, avec laquelle il va faire le tour du monde, et même participer aux Jeux olympiques de 2004 à Athènes. Mais, dans un coin de sa tête, il rêve toujours qu'on lui donne un jour l'opportunité d'incarner "plein de personnages" à l'écran.

Lorsqu'il passe le casting pour la saison 5 de Fauda, il sait que le rôle est pour lui, mais il n'ose y croire. L'équipe cherche un acteur pour incarner un Palestinien qui parle français : Saïd el-Khatibi est un commandant du Hamas qui dirige une cellule européenne depuis Marseille. Pour son précédent rôle, celui d'un personnage en phase terminale de cancer, Hakim Djaziri était devenu très maigre, l'inverse d'un combattant. Et puis, il ne parle pas anglais, ce qui pose problème pour le tournage, très international, et son arabe est algérien : "Rien à voir avec l'arabe du Moyen-Orient, il fallait que je l'apprenne."

Mais sa motivation bouleverse l'un des réalisateurs auquel il confie : "Il n'y a personne qui peut mieux interpréter ton personnage que moi. Je le connais par cœur, je sais exactement quelle est sa psychologie, sa façon de voir le monde, son idéologie, ses motivations… Il n'a aucun secret pour moi." En deux mois, l'acteur va gagner 15 kg, avec un coach sportif et un programme alimentaire spécial, apprendre l'anglais qu'il parle désormais couramment, ainsi que l'arabe du Moyen-Orient. Mais pour coller à un léger accent algérien qui demeure, les scénaristes de Fauda modifient son personnage : de Gaza, son histoire passera donc par Alger, avant d'arriver à Marseille. Cela tombe bien : Hakim Djaziri n'a pas du tout l'accent marseillais.

Un tournage lourd et bouleversant

Le tournage ? Il s'est déroulé entre Budapest pour les scènes françaises, et Israël pour les scènes syriennes, jordaniennes et israéliennes bien sûr. "J'y suis resté deux mois entre mai et juillet, c'était une joyeuse cacophonie", sourit le Franco-Algérien. "Pour être tout à fait honnête, je n'ai jamais expérimenté un tournage comme celui-là. On savait qu'on était en train de parler de quelque chose qui était un gros traumatisme, qui était viscéral. En Israël, chacun connaît quelqu'un qui a perdu quelqu'un. Pour contrebalancer, il fallait être les plus bienveillants possibles les uns avec les autres."

D'autant que les créateurs de Fauda, Lior Raz et Avi Issacharoff, ont décidé d'intégrer les événements du 7 octobre dans le scénario, après un intense débat. Scénario entièrement réécrit donc, pour insérer la réalité dans la fiction, une réalité qui avait dépassé en violence toutes les fictions imaginées jusqu'alors.

Quand Hakim débarque sur le tournage, il rejoint une équipe qui se connaît depuis dix ans, et qui va donc interpréter des événements qui ont bouleversé leurs vies. Et ce qui le bouleverse lui, c'est la diversité qu'il y trouve : "L'équipe est à moitié formée d'Arabes musulmans et de Juifs, qui fabriquent cet objet artistique depuis plus de dix ans. Je ne sais pas pourquoi les gens ne veulent pas voir ça."

Depuis Fauda, les choses se sont emballées : un mois après, Hakim Djaziri partait en tournage pour la saison 3 de la série SAS Rogue Heroes, créée par Steven Knight (Peaky Blinders). Quatre mois entre Londres, la Belgique et le nord de la France, à côtoyer Jack O'Connell, Dominic West, Stephen Woolfenden, "ce qui se fait de mieux dans le métier : leur façon de travailler est incroyable". En ce moment, il tourne une série américaine, Testament, produite par Netflix, où il incarne un notable juif, un homme extrêmement vertueux, en totale opposition avec le personnage de Fauda. Il enchaînera ensuite avec la saison 2 de Plaine orientale…

Lorsqu'on lui demande quels sont ses petits plaisirs, il nous dit qu'il veut arrêter la cigarette, et que son plus grand plaisir est de voyager avec sa fille de 10 ans, et de lui montrer le monde. De voir des documentaires aussi, qu'il regarde à la chaîne… Ouverture toujours…

Cela fait maintenant quarante minutes qu'on se parle à bâtons rompus. Avant de se quitter, je lui demande, comme à mon habitude, si j'ai oublié une question. L'acteur pourrait s'en tenir à la promotion, mais l'homme veut enfoncer le clou, et termine sur un monologue passionné : "Certains me disent : "Mais vous êtes fou ! C'est inconscient ! Vous vivez en France, vous allez être montré du doigt, vous allez vous mettre tout le monde à dos !" Mais ma position est très simple : j'ai un rapport à l'art qui est viscéral. Il n'y a aucune raison que je n'aille pas faire mon travail avec des Israéliens de la même manière que je l'aurais fait avec n'importe quelle autre production. Je suis même persuadé que c'est un symbole de paix, un message positif, optimiste, de dire que malgré tout ce qui nous sépare, dans ces endroits-là, on peut encore vivre ensemble, et s'il vous plaît les gens, essayez un peu d'ouvrir vos esprits et de regarder ce qui est beau là-dedans. Que ce soit en Palestine, en Ukraine, en Israël ou au Yémen, je n'ai pas l'indignation sélective, je souffre de manière égale. Arrêtons de faire croire que le monde est binaire, car il est fait de nuance. Personne n'est porteur de la vérité ou de la morale ultime, car elle est universelle. Oui, vous pouvez ne pas être d'accord avec moi, mais vous n'avez pas le droit de me juger, car j'ai juste fait mon travail du mieux que j'ai pu."

Open Questions

  • Quelles seront les réactions du public lors de la diffusion de la saison 5 de Fauda ?

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This article was originally published by France Info.

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