Des millions de barils, un effet incertain sur les prix, l'Ukraine en colère... Quatre questions sur l'accord sur le diesel russe entre Donald Trump et Vladimir Poutine
Le président américain a levé temporairement des sanctions pour permettre l'importation de millions de tonnes de diesel russe, une décision vivement critiquée par l'Ukraine et ses alliés occidentaux.
Quick Look
- Donald Trump a annoncé un accord avec Vladimir Poutine pour importer massivement du diesel russe aux États-Unis.
- Cette levée temporaire des sanctions, visant à réduire les prix à la pompe avant les élections de mi-mandat, suscite l'indignation de Kiev et de l'UE.
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Why It Matters
Les États-Unis ont imposé des sanctions sur les hydrocarbures russes après l'invasion de l'Ukraine en 2022. Donald Trump cherche à réduire les prix du carburant avant les élections de mi-mandat.
On connaît le goût du président américain pour les "deals", mais celui-ci était inattendu. Donald Trump a annoncé, vendredi 9 octobre, avoir négocié avec Vladimir Poutine une livraison massive de diesel russe aux marchés américain et mondial, dans l'espoir de faire baisser les prix à la pompe à quelques semaines des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Cette décision, à rebours de la stratégie de sanctions américaines adoptées contre le Kremlin depuis le début de la guerre en Ukraine, a été qualifiée d'"indigne" par le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Franceinfo répond à quatre questions sur cet accord dévoilé après un échange téléphonique entre les dirigeants russe et américain.
1 Que prévoit cet accord sur le diesel russe ?
Le président des Etats-Unis a publié un message sur Truth Social, vendredi, pour annoncer avoir eu une "discussion très fructueuse" avec Vladimir Poutine. "La Russie va immédiatement fournir plus de 300 000 tonnes de diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes de plus en novembre et 1 000 000 de tonnes immédiatement après. De plus, selon l'état de ses raffineries, la Russie livrera ensuite, dans une courte période de temps, 3 000 000 de tonnes de diesel", a-t-il ajouté. Soit un objectif total de 1,8 million de tonnes de diesel mises en vente cet automne-hiver, et 3 millions supplémentaires à une échéance non précisée. "La partie russe a réaffirmé sa volonté de fournir du pétrole et des produits pétroliers aux marchés américain et mondial", a ensuite déclaré le Kremlin, confirmant les chiffres avancés par Donald Trump.
Dans la foulée, le ministère des Finances américain a publié une licence intitulée "Autorisation des transactions liées à la vente, à la livraison, au déchargement et à l'importation de carburant diesel originaire de la Fédération de Russie". Elle prévoit une exception aux sanctions contre les exportations russes d'hydrocarbures, mises en place depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Le Congrès américain avait d'ailleurs durci en septembre les mesures visant les acheteurs de produits pétroliers russes, afin d'amoindrir la capacité de financement militaire du Kremlin. Elles sont désormais levées pour le diesel, jusqu'au 7 avril 2027.
2 Comment Donald Trump justifie-t-il cet accord ?
Sur son réseau social, le président américain promet que les prix du diesel aux Etats-Unis et dans le monde "vont baisser, avec des chiffres record, et vite". "Des prix plus bas pour les Américains, et en particulier nos grands fermiers, ranchers, et chauffeurs routiers, sont ma plus grande priorité", assure-t-il. Depuis les premières frappes américaines en Iran, en février, les tensions au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz ont fait grimper les prix du carburant. Celui du diesel a doublé aux Etats-Unis, dépassant pour la première fois les 6 dollars le gallon en septembre [environ 1,4 euro le litre], selon les données de la Banque fédérale de réserve de Saint-Louis aux Etats-Unis.
Or le président républicain est en difficulté à l'approche des élections législatives de mi-mandat, les midterms, le 3 novembre. Le Parti républicain redoute de perdre le contrôle du Congrès lors de ces élections, dont le résultat aura un impact sur la deuxième moitié du mandat de Donald Trump. Sans soutien du Parlement, le président américain risquerait de voir certaines de ses nominations bloquées ou les requêtes législatives se multiplier contre lui.
"C'est la même échéance des midterms qui a poussé Donald Trump à soutenir la libération de 100 millions de barils par le G7", rappelle auprès de franceinfo Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières (CGEMP). L'administration Trump a également généralisé l'autorisation de la vente de "diesel rouge", un carburant exonéré de taxes, pour tenter de titrer les prix du diesel vers le bas.
"C'est d'abord une mesure destinée à un électorat très trumpien, celui des régions les plus rurales, où, de manière assez surprenante, les Républicains sont parfois dans des positions difficiles, notamment dans la course au Sénat", explique Corentin Sellin, professeur d'histoire et chroniqueur de la politique américaine pour le média Les Jours, au micro franceinfo. "Dans ces Etats, on a besoin du diesel pour faire tourner les machines agricoles".
3 Quelles sont les réactions aux Etats-Unis et dans le monde ?
L'annonce de ce pacte commercial a suscité l'indignation du président ukrainien. "Vous savez, cela ressemble à un beau cadeau d'anniversaire pour Poutine. C'est absolument horrible", a déclaré Volodymyr Zelensky au média américain Axios, alors que le président russe a eu 74 ans mercredi. "Cela ne fait qu'alimenter Poutine et lui donne la possibilité de mener une guerre encore plus intense", a-t-il aussi déclaré à la presse, regrettant que l'équipe ukrainienne qui se trouvait au même moment en déplacement en Floride ait "simplement servi de façade" pour cet accord avec Moscou.
A Miami, la délégation ukrainienne a rencontré Steve Witkoff, l'émissaire spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, le gendre du président américain, médiateur informel dans ces pourparlers, en présence de représentants européens. Les échanges ont notamment porté sur "des mesures à court terme liées à la préparation à l'hiver (résilience énergétique, exportations de céréales), des garanties de sécurité, ainsi que des dispositifs à plus long terme pour la sécurité de l'Ukraine et de l'Europe", a notamment précisé Steve Witkoff, sans mentionner l'annonce de Donald Trump sur le diesel russe.
L'émissaire du président russe, Kirill Dmitriev, a relayé vendredi sur X l'annonce du département du Trésor, affirmant que "la coopération russo-américaine sur le diesel dans le secteur du diesel et de l'énergie profitera au monde".
"La suspension des sanctions sur le diesel russe fournit à Moscou plus de moyens pour financer la guerre", a déploré Kaja Kallas, cheffe de la diplomation de l'Union européenne, sur X, annonçant que les Vingt-Sept allaient approuver lundi "les plus importantes" sanctions contre la Russie depuis le début du conflit. En France, l'eurodéputée Renaissance Valérie Hayer a dénoncé "une décision très grave". "Le pétrole est la source principale de revenu du Kremlin pour financer son effort de guerre. Et la décision américaine est une injure à la solidarité occidentale sur la politique de sanctions contre le gouvernement russe", a-t-elle ajouté sur X. L'Allemagne se limite à "prendre acte" de la décision américaine et réaffirme son "soutien à l'Ukraine dans sa lutte défensive" comme à la poursuite d'un "travail diplomatique en vue d'une solution de paix", a déclaré un porte-parole du gouvernement allemand.
4 Quel impact cet accord peut-il avoir ?
Selon Donald Trump, la Russie pourrait donc mettre en vente sur le marché dès le mois d'octobre 300 000 tonnes de diesel, soit 2,2 millions de barils, puis un demi-million de tonnes au mois de novembre, soit 3,7 millions de barils. Cela représente environ 74 000 barils par jour au mois d'octobre, et 123 000 en novembre. Or la consommation intérieure américaine de diesel s'est élevée à 2,94 millions de barils par jour en 2025, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). "Ce sont des volumes marginaux, donc cela n'aura pas d'incidence, ou très peu. On sera dans l'épaisseur du trait, avec des prix à la pompe qui peuvent baisser de 4 ou 5% aux Etats-Unis", estime auprès de franceinfo Patrice Geoffron. "Et cela ne concernera que le marché américain, pas le marché mondial". "Les quantités [annoncées par Donald Trump] sont trop faibles pour avoir un impact significatif", abonde sur X Javier Blas, expert énergie du média spécialisé en économie Bloomberg.
A défaut de faire baisser durablement les prix du diesel, cette levée temporaire des sanctions pourrait-elle permettre à la Russie d'engranger des recettes précieuses pour son économie de guerre ? "C'est très difficile à dire, notamment car les frappes ukrainiennes ont porté un coup à la capacité de raffinage de la Russie, avance Patrice Geoffron. Vladimir Poutine a déclaré que ces frappes pesaient à hauteur de 1% du PIB du pays". De nombreuses questions demeurent quant au prix de vente de ce diesel russe, aux éventuels acheteurs et aux capacités de livraison russes.
Ce rapprochement entre Washington et Moscou risque en tout cas de tendre encore un peu plus les relations entre Donald Trump et son homologue ukrainien, d'autant que le président américain a déjà reproché à l'Ukraine de faire grimper le cours du diesel en menant des attaques sur les raffineries russes.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Approbation de nouvelles sanctions par l'UE lundi.
Very likely · Within days
Open Questions
- Quel sera le prix de vente réel du diesel russe ?
- Quelles sont les capacités réelles de livraison de la Russie ?





